un autre jour pour faire comme si

C’est bientôt la fête des mères. Je ne suis pas spécialement attachée à ce genre d’événements. Je suis davantage bouleversée par le quotidien que peuvent m’offrir mes enfants que par une date qui n’est jamais la même chaque année. Mais quand même, cette année je n’aurai pas mes enfants ce jour là. C’est le week-end de garde de leur père. Je sais que ce sera difficile.

mains

Au fond ce n’est rien de grave, mon fils pourra m’offrir son cadeau confectionné à l’école le vendredi soir, ou plus tard quand il le voudra. Il m’en parle depuis des semaines déjà… C’est important pour lui, je le sens bien. Je ne sais même pas si ma fille fera quoi que ce soit avec la nounou. Ce ne sont pas les cadeaux l’important de toutes façons.

Je sais que ce qui va me toucher c’est que la fête des mères se fait d’habitude « en famille », avec ma propre mère, fière que je sois devenue maman à mon tour. Mais ses petits-enfants ne seront pas là.
Alors on choisira un autre jour, pour faire comme si c’était la fête des mères. Comme il nous faudra choisir un autre jour pour faire comme si c’était Noël, puisque là non plus, mes enfants ne seront pas présents.

Pendant que d’autres familles fêteront cet événement à l’unisson, au restaurant, autour d’un pique-nique ou simplement à la maison; pendant que des milliers de mamans exiberont leurs cadeaux de fête des mères sur les réseaux sociaux comme j’aurais pu le faire… je chercherai un autre jour pour rattraper le coup (comme d’autres mamans dans mon cas certainement, pour qui j’aurai une pensée… ).

Rien de dramatique pourtant. Ça ne m’empêchera pas d’être mère et ça ne changera rien à ma vie que j’aime telle qu’elle est. Mais ce jour là je ne pourrai pas m’empêcher de penser au jour où je suis devenue maman, aux naissances de mes enfants et je porterai ces souvenirs dans mon coeur pour que ma journée soit belle malgré leur absence…

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La mère parfaite

Je la croise tous les matins. Sa fille est dans la classe de Petit Chouquette. Elle est toujours parfaite. Tirée à quatre épingles. Elle porte le même parfum que ma grand-mère. L’air du temps de Nina Ricci. Et des mocassins en toute saison. Maquillée mais pas trop. Elle n’a pas de cernes ou elle les cache divinement bien ? Apprêtée comme un dimanche de messe des rameaux (sapée comme jamais tavu mais dans une école privée la messe ça parle davantage)(oui mon fils est dans le privé. Non je ne suis pas croyante), elle rayonne.

Elle a trois mômes. Toujours au moins un dans les bras. Mais elle n’a pas l’air stressé. Elle sourit tout le temps. Elle ne court pas. Tu l’as vu le sketch de Florence Foresti sur les mamans calmes ? Ben c’est la même. « Elle crie jamais elle court jamais. » Sa fille n’a jamais les cheveux en bataille, un pull avec une tâche de chocolat du matin ou des mikeys au coin du nez, comme mon fils.

« Vous avez vu les photos de carnaval sont en ligne ? Je me suis connectée hier en fin d’après-midi elles n’y étaient pas et puis hier soir elles y étaient ! (rire trop mignon quoi qu’un peu pincé de la mère parfaite) Ils sont tellement mignon ! Le votre est A-do-rable !
– (moi en train d’essayer de moucher mon fils a-do-rable) Oh génial, merci, j’irai voir ça… »

J’ai vu les photos 1 mois après. 

Pour « la rencontre ponctuelle des parents où on t’offre le thé et le café mais où tu dois payer les gâteaux » elle a cuisiné des milliards de trucs et puis elle a dit « j’ai fait deux trois bricoles ». Je suis arrivée dans la cours de l’école, la gueule enfarinée le vendredi à 16h30…sans rien. J’avais oublié. Complètement. Et je n’avais pas de sous pour acheter des gâteaux à mon fils parce que j’avais aussi oublié mon sac à main.

Un jour, pendant que j’incarnais le diable en fumant ma cigarette non loin de l’école (mais à l’écart des poussettes, des enfants, des vieux et de ceux qui me jettent des regards désapprobateurs-parce que je suis civilisée bien qu’accro à la nicotine) je l’ai entendue discuter avec d’autres mères. Elle fait ses petits pots maison pour le dernier. J’ai fait ça aussi dans une autre vie où j’avais le temps. Et en plus elle les fait avec les légumes bio du jardin. « Parce que ceux du super-marché ne sont pas terribles quand même ». Merde. Moi je les aime bien les légumes du drive. Et les pots Blédina ben ils sont cool quand même hein. Et ses enfants sont tous inscrits à des trucs géniaux après l’école. Et elle fait du sport. Et elle va chez le coiffeur. Putain comment elle fait…

Et je me rends compte de tout ce que je n’ai pas le temps de faire. 

Je ne fais plus les petits pots maison. Je ne me maquille plus certains jours parce que j’oublie tellement je suis fatiguée. Parfois je n’ai pas le temps de me doucher, je préfère aller me coucher pour gratter le plus de sommeil possible. Un soir sur deux j’oublie de manger. Je réalise le lendemain midi seulement que je ne me suis pas alimentée depuis 24h. Je ne cuisine plus de super pâtisseries pour ma petite famille. Je n’ai pas mis les pieds dans un super marché depuis des mois, je n’ai pas le temps, le drive c’est tellement plus pratique. J’ai ma liste pré enregistrée je n’ai plus qu’à cliquer. Du coup il manque souvent la moitié des choses dont j’avais besoin. Parce que je suis étourdie. Et on mange souvent la même chose parce que je n’ai pas eu le temps de prévoir les menus de la semaine comme je faisais avant. Quand j’ai un trou où je suis seule (ce qui n’arrive pratiquement jamais), je ne vais plus courir. Non. Je fais le ménage, je range la maison, je change les draps, je plie mon linge. Parce que j’ai beau procrastiner pour ça aussi, quand il n’y a plus rien dans les armoires et un peu trop de gâteaux écrasés par terre, il faut bien faire quelque chose.

J’ai beau être organisée, il subsiste des choses que je ne peux plus faire. Si je veux profiter de mes enfants et de mon amoureux je suis obligée de prioriser. Si je veux dormir je ne peux pas regarder cette super série trop géniale que j’adore. Si je veux jouer avec mes enfants avant qu’ils aillent se coucher je ne peux pas faire à manger un super truc pour eux. J’essaye de me rattraper le week-end. Quand je ne bosse pas.

C’est pas pour faire ma Causette que je le dis. C’est parce que c’est vrai.

Je suis la tête dans le guidon, je mets des barrières pour ne pas me laisser déborder par le travail. Et pourtant je manque de temps. Je n’envie pas la maman parfaite. Je ne la connais pas. Peut-être qu’elle ne travaille pas. peut-être qu’elle est encore mieux organisée que moi. Peut-être qu’elle a des nounous chez elle, une femme de ménage. Peut-être qu’elle est insomniaque. Peut-être qu’elle n’est même pas heureuse.

Je voudrais juste des journées de 30 heures.

Pouvoir snifer encore un peu mes enfants avant de les coucher. Mais aussi pouvoir dîner en amoureux. Pouvoir aller faire du sport, amener mes enfants faire des activités, aller au cinéma, faire de la pâtisserie à nouveau, lire, regarder des séries, partir en voyage, téléphoner à mes copines, aller boire des verres avec mes potes, aller à la plage…

Et écrire des articles sans les laisser traîner 3 plombes dans mes brouillons. 

Lettre à la nouvelle maman solo

T’avais pas envie de l’entendre et pourtant c’était vrai. « Tout arrive pour une raison » qu’elle disait.

Toi t’avais juste envie de crever. Ne voir personne. Même pas tes mômes. Tu t’es souvent surprise à penser qu’ils étaient une erreur. Que tout était tellement merdique que t’arriverais pas à les élever seule. Jamais tu te serais permise de te dire que tu t’en remettrais un jour. Pas assez bien, pas assez forte, pas faite pour être seule.

Tu passes par mille étapes. Les mêmes que pour un deuil. Pas mille en fait, 7.
Le choc, le déni, la colère et le marchandage, la tristesse, la résignation, l’acceptation, la reconstruction.
Souvent tu fais un pas en avant trois pas en arrière dans ces étapes. T’auras mal comme jamais t’as eu mal. Mais c’est normal. Des fois tu te retrouveras bloquée à une étape, tu ne pourras plus en bouger. Souvent c’est la colère ou la tristesse. Parfois les deux mélangées. Ça te fait souffrir et ça te met en colère. Ça te met tellement en colère que ça te fait souffrir. L’acceptation c’est le plus difficile. Ça te renvoie aux étapes précédentes. Tu retombes dans la colère, la tristesse. Des fois tu essayes de négocier avec toi même, c’est bon rien à foutre je vais me reconstruire, c’est bon j’y suis là. Mais non. Non tu n’y es pas. Non tu n’en as pas encore assez chier. Pour certains ça va plus vite que pour d’autres. Il paraît qu’il faut 3 mois statistiquement. Ça a été mon cas. Ce n’est pas celui de tout le monde.

Et pourtant. Et pourtant c’est arrivé plus vite que prévu. Parce que la vie reprend toujours le dessus. Tu n’as pas idée, à quel point c’est dur, tant que tu ne l’as pas vécu. Non tu n’as pas idée. Un moment ça va, la minute d’après tu te remets à douter. Puis il y a de plus en plus de moments où ça va. Et un jour tu réalises que tu as franchi toutes ces putain d’étapes. Tu es en train de te reconstruite ça y est ! Tu ne t’en étais pas rendu compte, ça s’est fait naturellement. Tu as pris du temps pour toi. Du temps pour te connaître et t’apprécier. De toutes façons tu ne pourras jamais laisser les autres t’aimer si tu ne t’aimes pas un minimum toi même. Tu t’étais oubliée. Maintenant tu sais qui tu es toi, en tant qu’individu à part entière. Ça aide pour la confiance en soi. Tu réalises que tu peux le faire. Tu peux avancer seule, tu peux élever tes gamins, bosser, t’occuper de ta maison. Bien sûr tu as besoin d’aide. Même si tu n’en as pas toujours envie tu acceptes les mains qu’on te tend.

Puis tu fais les bonnes rencontres. Des rencontres ou des retrouvailles. Des gens que tu ne soupçonnais pas et qui sont là, qui veillent sur toi. Des gens avec un coeur gros comme le monde. Et puis tu as tes enfants. Tu vas regretter de les avoir faits et c’est normal. Tu te diras aussi que tu ne les as pas fait avec la bonne personne. C’est normal aussi. Puis tu réaliseras qu’ils te tirent vers le haut. Qu’ils sont ton meilleur moteur pour avancer. Tu vas les aimer comme jamais tu les as aimés.

Au début ça va être dur souvent. Puis de plus en plus doux.

Deux poids, deux mesures

Aujourd’hui je voudrais pousser un coup de gueule qui me reste en travers de la gorge depuis des mois. Un putain de coup de gueule au sujet de la justice française et de ce qu’elle appelle des droits et des devoirs.

Si tu as bien suivi, le papa des chouquettes et moi nous sommes séparés. J’en parle peu ouvertement. Je laisse entrevoir mais ne dénonce pas. J’évoque mais je n’annonce pas. Par pudeur certainement et pour ne pas mettre mal à l’aise ceux qui nous connaissent et qui me lise. J’hésite toujours à poster des articles trop personnels pour ces raisons. Mais après tout puisque je n’ai rien à me reprocher et que j’ai pris la bonne résolution de me moquer éperdument de ce que les gens pensent de moi, je vais donc ouvrir les vannes et balancer une bonne fois pour toutes ce qui me tracasse depuis longtemps. Je ne vais pas écrire pour qu’on me plaigne, pour cracher sur le père de mes enfants, non. Je vais écrire pour toutes ces personnes qui vivent la même situation (et qui sont aussi des papas parfois). Portée aussi par le billet de Cranemou qui me parle et me donne envie de parler à mon tour.

Le père des enfants et moi sommes passés devant un juge des affaires familiales pour déterminer de façon officielle la garde des enfants, fixer la pension alimentaire etc.
Si tu ne sais pas comment ça marche, en fait tu te retrouves dans un bureau avec le ou la juge des affaires familiales, ton ex, les avocats respectifs des deux parties et un greffier.
Les avocats portent les robes avec l’écharpe blanche comme dans les films mais personne ne criera « objection » à aucun moment.
Donc là on te redébale toute la phase merdique de ta vie, la séparation, qui est parti, pourquoi et comment,  et celui ou celle qui a subi, subit à nouveau d’entendre ressasser ce qu’il ou elle préférerait oublier. Bref c’est un moment bien pénible, éprouvant psychologiquement mais essentiel pour que les choses soient légales. Chacun expose ce qu’il souhaite pour la garde des enfants et le montant qu’il espère verser ou encaisser pour la pension.

Et à ce moment là, on t’explique bien comment ça se passe la garde des enfants. Dans mon cas, les enfants ont leur résidence principale chez moi. Leur père bénéficie donc d’un « droit de visite et d’hébergement » un week-end sur trois (à sa demande, il ne veut pas plus) et de la moitié des vacances scolaires.

MAIS ATTENTION. Ce qui est formidable avec la justice française c’est que le seul devoir qu’à le père c’est de verser la pension alimentaire. Il n’est pas obligé de prendre ses enfants sur les périodes indiquées par la juge. Il en a le droit et non le devoir. Le fameux « droit de visite et d’hébergement ». Ce qui est absolument formidable ! Il a donc ses enfants au gré de ses envies. C’est juste un putain de droit de voir ses enfants, il n’est pas obligé de s’en occuper. Il a le « droit » d’assumer, OU PAS.

Donc si le week-end de garde (1 sur 3 hein c’est pas beaucoup !) où j’ai besoin de souffler, de faire des choses pour moi, de partir en week-end, de me lever après 6h (ou même de ranger la maison, de voir enfin le fond de la panière de linge, enfin des trucs super coolurges qui font rêver)… mais que leur père ne vient pas les chercher à l’heure convenue, je me mets tout ça bien profond et je ne peux RIEN faire.
Je ne peux que fermer ma gueule et continuer d’assumer parce que je suis la mère. Ah si pardon, s’il ne vient pas dans l’heure chercher les enfants lors de son week-end de garde (1 sur 3 bordel de merde), on considère qu’il a renoncé à son droit et donc je ne suis pas dans l’obligation de lui laisser les enfants s’il se pointe plus tard.
Ok et je fais quoi ? Je le laisse derrière la porte comme ça les enfants voient bien que je les empêche de voir leur père ? Je pars avec mes mômes sous le bras ? Et pour aller où ? Je peux aussi aller chez les flics déposer une main courante. Avec mes enfants. Histoire de bien les traumatiser. Mais si moi je décide de ne pas lui confier les enfants pour une raison ou pour une autre je suis passible de sanction. 1 an d’emprisonnement 15 000€ d’amende. Si lui ne vient pas les chercher non. Personne ne va lui faire la leçon comme quoi il a deux enfants dont ce serait pas mal qu’il s’occupe.
Il reconnaît ses enfants, ils portent son nom, mais n’a pas l’obligation de prendre soin d’eux physiquement, du moment qu’il nous file des sous c’est suffisant.

« Mais enfin vous devez bien comprendre qu’on ne peut pas l’obliger à voir ses enfants ? »

Ah oui oui je le comprends tout à fait…

QU’ON SE LE DISE ! DU MOMENT QU’ON VERSE UNE PENSION ON PEUT ABANDONNER SES MÔMES SANS SOUCIS, YA PAS D’OBLIGATIONS !!!!! 

Alors c’est ça le message de la justice française ?

Et si moi je faisais comme lui ?

Si je plaquais tout ?

Si moi ça me pétais au casque de ne pas vouloir m’occuper de mes enfants ?

Si je n’avais pas voulu de leur garde ?

Je serais la pire des connasses, parce que je les ai portés, qu’ils sont mes tripes et que je ne veux plus m’en occuper. Parce que c’est pire quand c’est la mère.

Les gens vont me regarder de travers parce que j’ai confié mes enfants pour pouvoir sortir boire des verres avec mes amis et me lanceront des pierres si j’ai le malheur de rentrer bourrée, parce que je suis une mère. Mais lui, qui va le regarder de travers quand il ne viendra pas chercher ses enfants pour les vacances ? Qui va se soucier qu’il ne profite pas de son droit ? Qui va se demander comment gère la mère qui manque de sommeil et qui n’a plus le temps de rien ?

Alors oui la plupart des personnes qui ne bénéficient QUE d’un droit de visite et d’hébergement, qui se battent pour avoir leurs enfants, trouveront que ce n’est pas assez, qu’on les prive de voir grandir leurs mômes le reste du temps. Mais il y a aussi les papas pour qui c’est une CONTRAINTE de voir leurs petits. Et ceux-là, personne ne viendra les secouer et leur rappeler leurs responsabilités.

Deux poids, deux mesures.

Et sinon dans les devoirs, au lieu de verser la pension on ne pourrait pas verser de l’amour ? De l’attention, des balades le dimanche après-midi et des câlins sur le canapé ? Ça devrait pas être ça le seul et unique devoir finalement ?