Ceux qui rêvaient

Tous les matins tu me demandes si c’est aujourd’hui le grand jour. Et tous les matins je t’explique qu’il va falloir patienter encore un peu. Parce que même si tu es une petite fille formidable tu es trop petite. Tous les matins, tu soupires et tu me demandes quand est-ce que tu vas pouvoir. Alors je te réponds « bientôt ». Tu rêves d’aller à l’école. Ça te fascine et tu n’es jamais plus heureuse que quand tu passes la porte pour aller déposer ton frère. Tu ne rêves pas d’être une princesse, tu veux être maîtresse d’école. Du haut de tes deux ans tu es déjà si déterminée.

Tu rêves et tu avances, chaque jour un peu plus.

Et toi mon grand, tu rêves d’ailleurs. Comme tu le dis si bien, si ta tête et si grosse c’est parce qu’il y a plein de rêves dedans. Tu portes tes rêves toute la journée, ils sont si grands que je peux les voir. Tu rêves de revenir à la plage. Tu le dis sans arrêt. Tu voudrais qu’on t’amène à Lacanau pour voir l’océan qui t’a fait si peur la dernière fois. Est-ce que tu veux vaincre cette peur ou juste jouer dans le sable ? Je ne sais pas. Mais je t’entends, quand tu joues, attacher ta soeur sur la voiture-coffre-à-jouets et lui dire « viens on s’en va, ici il pleut. On va à la plage ! »

Et ta soeur te suit. Elle te suivrait partout. 

Vous êtes trop petits pour que je vous dise Allez, Vivez, Devenez. Je voudrais toujours vous protéger, garder cette connexion profonde avec vous. Mais je vous le souhaite mes enfants. Continuez de grandir mes petits chats, vous faites ça si bien.

Maman n’a plus de bébé à la maison.
Elle a désormais deux grands rêveurs, comme elle. 

Alors ensemble on va rêver,
à l’océan qui efface les vilaines traces des journées trop difficiles,
avec les milliers de grains de sable chaud je nous ferai une île,
je sourirai de vos bouilles décoiffées par les vents forts,
on se blottira au chaud tous les trois dans ses bras d’or,
On attendra l’éternité.

Lâcher prise

Ce jour-là j’ai crié trop fort, encore plus fort que d’habitude, un peu plus fort que je n’aurais dû. Voulant aller au bout des choses, j’ai réprimandé, j’ai puni, je suis sortie de mes gonds, j’ai crié. « Si je ne réagis pas ils vont me bouffer » je pensais dans ma tête, paniquée. Bouffée par un gnome de même pas 4 ans et une demi-portion qui n’a pas 2 ans non plus. Puis j’ai compris. J’ai compris que j’allais me faire un putain d’ulcère à force de m’angoisser pour rien et m’éclater une corde vocale à force de crier comme une possédée.

Mais j’avais réussi, mes enfants m’écoutaient !

Mon entourage me prenait certainement pour une hystérique, mes voisins n’allaient pas tarder à me signaler à la DDASS mais on m’avait dit qu’il ne fallait rien lâcher sinon j’étais foutue ! Je n’avais tellement rien lâché que je ne passais plus de vrais bons moments avec mes enfants, que j’étais agacée d’aller les chercher après le travail et que l’idée de les emmener en week-end me donnait la nausée. J’étais fatiguée. C’était contre ma nature de m’entêter, d’être sans arrêt dans l’opposition.

Alors j’ai lâché prise.

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J’ai campé et campe encore sur les grands principes : la politesse, l’écoute, l’entre-aide et la gentillesse. Mais j’ai arrêté de me battre contre des moulins à vent. Mon fils ne veut pas mettre son haut de pyjama depuis des semaines, il préfère dormir avec un t-shirt. What ever ? Il n’a pas froid, qu’est-ce qui a pu me rendre dingue à ce point que son haut et son bas ne soient pas assortis. Moi qui ne suis pas foutue d’assortir mes sous-vêtements ou de porter les mêmes chaussettes. Et ma fille adore me suivre aux toilettes. Tant pis. Je vais pas me donner des cheveux blancs pour ça. Je vais pas répéter lui 110 fois de sortir ses doigts du nez (même quand ce n’est pas le sien). Ça lui passera. On n’a jamais vu une jeune femme de 20 ans curer le nez des passants dans la rue. Je ne vais pas me mettre en colère parce que mon fils veut dormir avec une petite lumière. Mais bon sang que je suis ridicule ! Oui ça fait mal à ma facture, peut-être. Même pas sur puisque ce sont des ampoules de veilleuse. Mais il a PEUR. C’est irrationnel. J’étais comme lui, je ne vais quand même pas lui jeter la pierre !

Qu’est-ce qui est vraiment important finalement ?

On m’a taxée de bourreau. « Arrête de stresser tu es trop stricte. Laisse-les faire c’est des gamins. Si tu es pas sage on t’enverra à Chouquette elle va s’occuper de toi. » On m’a taxée de laxiste « Mais tu les laisses faire n’importe quoi ! Chez toi c’est la fête du slip ! Tu vas quand même pas les laisser grimper là-dessus ? Ils mangent n’importe quoi chez toi ! » Vous savez quoi ? MERDE. Je vais m’écouter un peu, au lieu de faire ce qui est censé être bien d’après Madame Michaud ou la tante de la cousine de son grand-père.

Chacun avec ses filtres personnels positionne le curseur différemment. Selon ses propres principes, son passé, l’éducation qu’il a reçue, ses envies, sa fatigue, son humeur. 

Oui parfois c’est difficile, et peut-être que pour certains mes enfants sont mal élevés, ben tu sais quoi. Je m’en fou ! 

La demande

Je n’y étais pas du tout préparée. Il m’a fait sa demande au milieu des allées du marché de Noël. Il faisait froid, il avait les yeux qui brillent et moi le sourire grâce aux décorations de Noël.

J’étais abasourdie. Je pensais qu’il savait que j’étais contre. Je suis peut-être la seule femme à l’être. Ce n’est pas mon truc. Cela demande trop de préparation. Trop de prises de tête.

Les nanas qui font ça sont toutes les mêmes. Elles ont la classe. Elles font ça bien.

Je ne m’étais pas du tout faite à l’idée. Je n’avais jamais envisagé ça avec lui. Trop de responsabilités je ne suis pas faite pour ça.

Mais j’ai accepté. Parce que c’était lui. Parce que c’était moi. Parce que je suis tellement amoureuse de lui. Parce qu’il m’a fait ses yeux de chat.

Bref. Il m’a demandé de lui faire… des crêpes. Et j’ai dit oui !

Renouer avec l’essentiel

Hier soir, comme trop souvent, j’étais absorbée par le travail. Sur mon téléphone, en train de checker un énième message de client. J’étais agacée. Agacée d’être dérangée alors que c’était entièrement ma faute. Si seulement je laissais ces messages où ils étaient. Si j’arrivais à ne pas répondre.

Les enfants jouaient à mes pieds, mais j’étais ailleurs. Puis ma fille a bondi sur mes genoux. Avec la grâce d’une catcheuse et la douceur d’un 38 tonnes lancé à pleine vitesse. Elle m’a prise dans ses bras, a plongé ses yeux dans les miens et elle m’a pondu la phrase la plus construite qu’elle ait prononcée jusqu’ici :

« Maman pose le téléphone, je veux un câlin. »

21 mois. 21 mois et elle a tout compris. Je me suis sentie sotte. C’est ma fille qui me fait la leçon. Ce petit bout qui me montre l’essentiel que j’oublie souvent. Parce qu’à être trop connectée je me déconnecte.

Je ne l’ai pas réalisé tout de suite. Le reste de la soirée a été difficile. Comme souvent veille de partir en week-end sans maman, ils sont très en demande, plus énervés que d’ordinaire. Et comme souvent en fin de semaine, je suis fatiguée. Moins patiente. Je m’énerve, je me surprends à penser ou à dire que j’ai besoin d’être seule, de dormir, parce que je n’ai pas le temps de souffler.

Mais je manque de temps parce que je ne l’emploie pas pour les bonnes choses. Absorbée par les contraintes quotidiennes, je (on ?) passe à côté de ce qui importe vraiment.

Alors j’ai décidé de prendre le temps. Tant pis pour la pile de linge, tant pis pour le sol pas toujours nickel, les gâteaux écrasés sur le canapé. Tant pis pour le message auquel je n’aurai pas répondu de suite. Tant pis pour le courrier qui n’est pas parti à temps. L’essentiel est là sous mes yeux . Je ne peux pas passer à côté.

Hier soir j’ai sorti mon écharpe de portage. Je l’avais laissée dans un placard depuis des semaines, voire des mois. J’ai pris ma fille contre moi et je l’ai bercée contre mon coeur. Pendant quelques instants je l’ai vue se laisser aller, elle souriait, les yeux dans le vague, blottie contre ma poitrine. Comme quand elle était bébé.

Ils apprennent avec moi, mais j’apprends aussi tellement grâce à eux. 

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