Complices

Quand tu m’as demandé un matin dans la voiture, à cause des paroles d’une chanson (pas n’importe laquelle, celle-ci, la nôtre <3), ce que ça voulait dire « complices », je t’ai répondu « c’est Gros Chat et moi, c’est ta soeur et toi ». Tu m’as regardée, la bouche entrouverte, en pleine réflexion. L’Agrume a dit « c’est moi ta soeur » en riant, les yeux plissés comme un mini-BN et elle t’a tendu la main depuis son siège auto.

Tu as renchéri, évidement, je ne te donnais pas une vraie explication. Alors comme j’avais une définition du Presque-Larousse en tête mais qu’elle me semblait peu concrète, je t’ai donné des exemples.

« C’est quand ta soeur et toi avez les mêmes idées de bêtises en même temps, c’est quand tu l’aides à grimper sur une chaise pour escalader alors que c’est interdit, quand tu la regardes droit dans les yeux en passant ta main dans ses cheveux,  c’est quand vous éclatez de rire simultanément barbouillés de chocolat de la tête au pied, quand elle te chatouille sur le canapé, quand tu lui lis un livre avec tendresse, quand tu lui poses la couverture dessus pour ne pas qu’elle ait froid, c’est quand vous avez réclamé à dormir ensemble, quand elle te rejoint dans ton lit en cachette et que certains soirs vous préférez vous raconter vos journées plutôt que de dormir.

C’est quand Gros Chat me regarde et qu’en une seconde je comprends tout, c’est quand il devine mes pensées et m’épaule au quotidien, c’est quand il prend le relais pour vous lever le matin parce que je suis trop fatiguée, quand on ne dit rien mais qu’on se parle quand même, c’est quand de concert on réalise qu’on a envie de prendre l’apéro, c’est quand on rit ensemble pour des choses futiles, quand je glisse mon menton dans son cou pile là où ça le chatouille, c’est quand il pose sa tête sur mes genoux pour regarder la télé, quand on lit côte à côte sur le canapé en se lançant de temps à autres des regards amoureux et qu’on avance main dans la main.

Tu comprends mon Poupoudoux ?
– Oui j’ai compris. Et toi aussi maman tu es ma complice ?
– Oui pour toujours mon grand, pour toujours. »

I have a dream

Je ne vais pas parler de politique sur ce blog même si la déception est grande pour moi. J’ai des convictions, des attentes et je crois profondément en l’humanité. L’Humain est bon. Quel qu’il soit. Du moins c’est ce que je crois et que je continuerai de croire malgré tout. Comme le petit prince je ne détesterai pas toutes les roses parce qu’une seule m’a piquée.
Je fais quand même un bilan ces temps-ci. En parallèle de nos voyages avec Gros Chat. 
Nous avons vadrouillé un petit peu. En 1 an et demi nous sommes allés en Hollande, en Belgique, en Espagne et en Angleterre (et c’est pas fini, je t’écris actuellement depuis l’auberge de jeunesse dans laquelle nous logeons à Londres-je ne m’ennuie pas je te rassure, on fait une pause dans leurs fauteuils trop confortables regarde).Lors de toutes nos escapades nous avons été fascinés par la bonté des gens. 

À Amsterdam, les chauffeurs de tram nous indiquaient où descendre et prenaient le temps de nous expliquer comment nous rendre à tel ou tel endroit. 

En Espagne, les gérants du camping nous ont aidé à faire le tour des lieux et à fouiller un peu partout parce que j’avais perdu ma montre. 

À Bruxelles, notre hôte air bnb a été formidable de conseils sur les lieux incontournables. Il nous a notamment conseillé une brasserie qui est devenu notre QG et où les serveurs sont venus à plusieurs reprise discuter avec nous. Nous avons parlé de notre région, de notre voyage, comme si nous étions de vieux amis. 

À Liverpool, nous voyant perdus, un monsieur s’est arrêté pour nous aider à trouver notre route. J’ai vu des supporters en rang d’oignons, tous mélangés, attendre sagement le bus qui les ramenait en centre ville. Pas de bousculades. Pas de gruge pour monter d’abord. Nous avons sympathisé et parlé football avec notre voisin de table après le match et il a déployé des trésors de patience pour se faire comprendre, articulant et trouvant des mots simples pour se mettre à notre portée.

À Londres, nous avons toujours été bien reçus à tous les endroits où nous sommes allés. Que ce soit pour le logement, la restauration ou les visites. Nous avons toujours eu autour de nous des gens qui ont eu un mot gentil, qui nous ont spontanément proposé leur aide. 

Les seules personnes irrespectueuses à l’auberge de jeunesse dans laquelle nous logeons ? Des Frenchies. Ceux qui parlent fort à 5:30 du matin et réveillent tout le monde ? Des Français (et ceux qui me connaissent savent que je parle fort, mais je suis surpassée et de loin). Ceux qui ont fait sonner leur alarme de sirène de bateau 5 fois le matin réveillant 20 personnes dans le dortoir ? Français. Ceux qui ne savent pas rester dans une file d’attente sans gruger ? Frenchies again. Je te laisse deviner qui on entend râler tout le temps partout où on va…

Les gars faut pas s’étonner d’être parmi les touristes les plus détestés ! On est infecte !  

Bien sûr on n’est pas tous comme cela ! Bien sûr je côtoie des Français géniaux, ouverts d’esprit, bons et généreux. Mais pourquoi cette réputation nous colle-t-elle à la peau ? Parce qu’en règle générale on n’est pas sympathiques, on se fou de tout. Il n’y a qu’à voir comme on est à la traîne en matière d’écologie par exemple. On s’en fou on ne trie qu’un faible pourcentage de nos déchets. Par jemenfoutisme par négligence ou par égoïsme. Et en matière de bonheur ? On est à la traîne aussi. On est nul en vivre ensemble et on ne fait que râler, ça n’aide pas, pas vrai ? 

Et si on se ressaisissait ? Si on arrêtait de regarder notre nombril ? 

Si on ouvrait un peu plus nos cœurs, si on changeait notre comportement ? Si à l’image de certains pays nous commencions à être heureux ensemble ? 

Combien de fois ai-je galéré avec ma valise dans le métro parisien sans qu’on me vienne en aide. Combien de fois ai-je vu des gens seuls garés sur des places « familles ». Combien de fois m’a-t-on pris ma place dans une file d’attente. Combien de fois ai-je eu des altercations avec des gens qui manquaient de civisme… ça me rappelle une histoire. 

Avec le Gros Chat nous étions à Bordeaux. Nous venions d’acheter un sandwich et nous cherchions une place pour nous assoir un peu. Nous repérons un banc. À une extrémité du banc, un monsieur. En plein milieu une vieille dame. Je m’avance poliment et naïvement :

« Bonjour Madame, est-ce que s’il vous plaît vous pourriez vous décaler pour que nous puissions nous assoir ensemble avec mon ami ?

– Mais enfin mais non, j’étais là avant vous ! Mais c’est pas vrai ça. J’ai pas envie de bouger j’étais tranquille !

– Je ne vous demande pas de partir juste de vous décaler un peu s’il vous plaît.

– (elle nous agresse carrément) Alors ça c’est pas banal, j’étais la avant et je ne vais pas m’assoir à côté du monsieur que je ne connais même pas ! »

Je te passe la leçon de morale du Gros Chat qui n’a pas pu s’empêcher de lui dire qu’on apprend le respect et la gentillesse aux plus jeunes mais que les anciens feraient bien d’en faire autant. 

On en est là. On ne s’assoit pas à côté d’étrangers. On reste le plus éloignés possible des autres dans le bus. On nous jette des regards désapprobateurs si on sourit parce que c’est suspect. 

Alors avec les dénouements politiques d’hier et notre vécu de ces jours-ci, on a beaucoup discuté avec Chat. Et on s’est dit que nous on ne voulait pas être comme cela. 

On continuera d’inculquer des valeurs de partage aux enfants. De cultiver nos différences et de leur faire accepter celles des autres. On continuera de croire profondément en la bonté, de developper la conscience écologique de notre famille, à aider les autres, à revenir à des choses simples, où personne n’a le dessus sur personne, où on véhicule du positif et où partager des moments ensemble sera toujours le plus important. 

Peace and green.

Charly Colibri 

Ceux qui rêvaient

Tous les matins tu me demandes si c’est aujourd’hui le grand jour. Et tous les matins je t’explique qu’il va falloir patienter encore un peu. Parce que même si tu es une petite fille formidable tu es trop petite. Tous les matins, tu soupires et tu me demandes quand est-ce que tu vas pouvoir. Alors je te réponds « bientôt ». Tu rêves d’aller à l’école. Ça te fascine et tu n’es jamais plus heureuse que quand tu passes la porte pour aller déposer ton frère. Tu ne rêves pas d’être une princesse, tu veux être maîtresse d’école. Du haut de tes deux ans tu es déjà si déterminée.

Tu rêves et tu avances, chaque jour un peu plus.

Et toi mon grand, tu rêves d’ailleurs. Comme tu le dis si bien, si ta tête et si grosse c’est parce qu’il y a plein de rêves dedans. Tu portes tes rêves toute la journée, ils sont si grands que je peux les voir. Tu rêves de revenir à la plage. Tu le dis sans arrêt. Tu voudrais qu’on t’amène à Lacanau pour voir l’océan qui t’a fait si peur la dernière fois. Est-ce que tu veux vaincre cette peur ou juste jouer dans le sable ? Je ne sais pas. Mais je t’entends, quand tu joues, attacher ta soeur sur la voiture-coffre-à-jouets et lui dire « viens on s’en va, ici il pleut. On va à la plage ! »

Et ta soeur te suit. Elle te suivrait partout. 

Vous êtes trop petits pour que je vous dise Allez, Vivez, Devenez. Je voudrais toujours vous protéger, garder cette connexion profonde avec vous. Mais je vous le souhaite mes enfants. Continuez de grandir mes petits chats, vous faites ça si bien.

Maman n’a plus de bébé à la maison.
Elle a désormais deux grands rêveurs, comme elle. 

Alors ensemble on va rêver,
à l’océan qui efface les vilaines traces des journées trop difficiles,
avec les milliers de grains de sable chaud je nous ferai une île,
je sourirai de vos bouilles décoiffées par les vents forts,
on se blottira au chaud tous les trois dans ses bras d’or,
On attendra l’éternité.

Lâcher prise

Ce jour-là j’ai crié trop fort, encore plus fort que d’habitude, un peu plus fort que je n’aurais dû. Voulant aller au bout des choses, j’ai réprimandé, j’ai puni, je suis sortie de mes gonds, j’ai crié. « Si je ne réagis pas ils vont me bouffer » je pensais dans ma tête, paniquée. Bouffée par un gnome de même pas 4 ans et une demi-portion qui n’a pas 2 ans non plus. Puis j’ai compris. J’ai compris que j’allais me faire un putain d’ulcère à force de m’angoisser pour rien et m’éclater une corde vocale à force de crier comme une possédée.

Mais j’avais réussi, mes enfants m’écoutaient !

Mon entourage me prenait certainement pour une hystérique, mes voisins n’allaient pas tarder à me signaler à la DDASS mais on m’avait dit qu’il ne fallait rien lâcher sinon j’étais foutue ! Je n’avais tellement rien lâché que je ne passais plus de vrais bons moments avec mes enfants, que j’étais agacée d’aller les chercher après le travail et que l’idée de les emmener en week-end me donnait la nausée. J’étais fatiguée. C’était contre ma nature de m’entêter, d’être sans arrêt dans l’opposition.

Alors j’ai lâché prise.

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J’ai campé et campe encore sur les grands principes : la politesse, l’écoute, l’entre-aide et la gentillesse. Mais j’ai arrêté de me battre contre des moulins à vent. Mon fils ne veut pas mettre son haut de pyjama depuis des semaines, il préfère dormir avec un t-shirt. What ever ? Il n’a pas froid, qu’est-ce qui a pu me rendre dingue à ce point que son haut et son bas ne soient pas assortis. Moi qui ne suis pas foutue d’assortir mes sous-vêtements ou de porter les mêmes chaussettes. Et ma fille adore me suivre aux toilettes. Tant pis. Je vais pas me donner des cheveux blancs pour ça. Je vais pas répéter lui 110 fois de sortir ses doigts du nez (même quand ce n’est pas le sien). Ça lui passera. On n’a jamais vu une jeune femme de 20 ans curer le nez des passants dans la rue. Je ne vais pas me mettre en colère parce que mon fils veut dormir avec une petite lumière. Mais bon sang que je suis ridicule ! Oui ça fait mal à ma facture, peut-être. Même pas sur puisque ce sont des ampoules de veilleuse. Mais il a PEUR. C’est irrationnel. J’étais comme lui, je ne vais quand même pas lui jeter la pierre !

Qu’est-ce qui est vraiment important finalement ?

On m’a taxée de bourreau. « Arrête de stresser tu es trop stricte. Laisse-les faire c’est des gamins. Si tu es pas sage on t’enverra à Chouquette elle va s’occuper de toi. » On m’a taxée de laxiste « Mais tu les laisses faire n’importe quoi ! Chez toi c’est la fête du slip ! Tu vas quand même pas les laisser grimper là-dessus ? Ils mangent n’importe quoi chez toi ! » Vous savez quoi ? MERDE. Je vais m’écouter un peu, au lieu de faire ce qui est censé être bien d’après Madame Michaud ou la tante de la cousine de son grand-père.

Chacun avec ses filtres personnels positionne le curseur différemment. Selon ses propres principes, son passé, l’éducation qu’il a reçue, ses envies, sa fatigue, son humeur. 

Oui parfois c’est difficile, et peut-être que pour certains mes enfants sont mal élevés, ben tu sais quoi. Je m’en fou !