Témoignage : « Je suis donneuse d’ovocytes ».

Bonjour Vanessa, peux-tu te présenter et nous présenter ta famille ?

Bonjour, je suis Vanessa, j’ai 32 ans, un mari et une petite fille de 3 ans ½, bientôt quatre ! Elle s’appelle Pénélope et est en Petite Section de Maternelle, à Niort. Bien que mon mari et moi soyons bruns tous les deux, Pénélope est blonde aux yeux bleus ! La génétique, des fois…
Sinon, dans la vie, je suis ingénieur informatique et je suis membre de l’équipe du site web EasyCup, site informationnel sur la coupe menstruelle. Il est gratuit et non commercial. Il est surtout très chronophage ! J’aime bien écrire aussi. J’ai fini une saga de 6 tomes autour de la coupe menstruelle, justement, partant du postulat qu’EasyCup était une société de services autour de la coupe. Je me suis bien amusée !

 

Être maman pour toi qu’est-ce que cela signifie ?

Déjà, je n’ai pas fait exprès. Mon mari et moi avons une excellente fertilité. Nous avons conçu Pénélope durant le seul rapport non protégé que nous avons eu. J’avais perdu un bébé à 2 mois de grossesse auparavant. J’avais juste envie d’élever un enfant avec l’homme que j’aime… Cela me semblait le meilleur projet du monde : avoir un être moitié à moi, moitié à lui. J’étais loin de me douter que l’allaitement ferait si mal, que mon bébé régurgiterait autant, et plus tard, serait aussi capricieux… Mais bon, c’est toujours le même bonheur de la retrouver tous les soirs !

 

Comment as-tu entendu parler du don d’ovocytes ?

Je crois que j’ai toujours connu ça… Une de mes cupines a dû avoir recours à un donneur de sperme pour avoir un bébé. Alors, je me suis dit, pourquoi pas ? Aussi, une cupine d’EasyCup (le forum), avait indiqué ça dans sa signature. Cela a dû s’installer inconsciemment dans mon esprit. Et ça a germé…

 

Pourquoi et comment as-tu fait le choix d’être donneuse ? (quel cheminement as-tu eu dans ta réflexion, qu’en a pensé ton conjoint etc)

C’était après une « très mauvaise » action de ma part… J’avais fait du mal, et je voulais faire du bien, comme pour compenser, réduire un minimum ma dette envers ceux que j’ai heurtés, en faisant du bien à autrui. De plus, mon mari et moi n’aurons pas d’autres enfants, et je sais que j’ovule très fortement. Alors, autant en faire profiter quelqu’un avant que je ne sois trop vieille !

Ensuite, je me suis renseignée sur les aspects pratiques (droit du travail, contraception…) afin de voir si cela était possible. J’en ai parlé à mon gynécologue qui m’a montré comment cela marchait, et m’a dit que je pouvais garder mon DIU. J’étais rassurée. Il m’a envoyée à l’hôpital de Tours.

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Peux-tu nous parler des démarches ?

J’ai écrit sur un site spécialisé sur le don d’ovocytes, une demande d’information. Le Dr qui s’occupe de la coordination du don m’a contactée par e-mail. J’ai demandé quelques infos (je souffre d’hyperoestrogénie depuis qq années, je voulais savoir si cela risquait de compromettre le don. Idem pour le DIU). Ensuite, le médecin m’a donné un rendez-vous, c’était fin janvier 2014.

A ce premier rendez-vous, j’ai commencé par une échographie (elle devait avoir lieu pendant les règles), pour estimer la réserve ovarienne (le nombre de follicules) et l’accessibilité des ovaires. L’un d’eux était postérieur, cela aurait pu poser problème pour le don.

Ensuite, nous avons eu un rendez-vous avec le Dr qui coordonne le don, qui nous a tout expliqué. La fois suivante, c’était le rendez-vous avec la généticienne (il fallait préparer l’arbre généalogique, hyper détaillé, avec toutes les pathologies de la famille). Puis avec la psychologue, qui a voulu savoir si le don était librement consenti. J’ai aussi eu droit à une belle prise de sang (5 tubes) pour faire le caryotype.

La fois suivante, c’était la mise en route du traitement (stimulation ovarienne). Le médecin a expliqué le protocole (œstrogènes jusqu’à la fin du cycle, puis démarrage des injections après les règles). J’ai aussi vu l’anesthésiste : étant donné le positionnement de mon ovaire, j’étais obligée d’avoir une rachianesthésie ou une AG. J’ai opté pour la rachi.

Il est bon à savoir que le droit du travail permet aux salariées de s’absenter pour les consultations de suivi du don, il faut juste un mot de l’hôpital.

 

En pratique comment ça se passe ?

Après la dernière consultation, il faut prendre les rendez-vous pour le suivi de la stim. Ça dure une semaine, il faut 3 surveillances (échographie + prise de sang) en 5 jours. J’ai eu beaucoup de mal à faire ça à Niort : personne n’avait le temps de me recevoir à si courte échéance. En plus, j’étais en test sur un projet important au boulot, donc pas possible de m’arrêter ! Argh !

Enfin, j’ai réussi à faire un mix entre cabinet d’échographie et laboratoire.

Les piqures au début sont sous forme de « stylo » comme les diabétiques. Cela ne fait pas spécialement mal, je les faisais moi-même… Ensuite, on passe à 2 piqures par jour (une pour la stim, une pour bloquer le pic d’ovulation). Le lundi, mercredi, vendredi, une écho et une prise de sang, que les labos devaient faxer en urgence à Tours. En début d’après-midi, je devais appeler les sages-femmes pour connaître la suite du traitement (quelle dose m’injecter le soir-même et le lendemain).

Les piqures ne m’ont pas fait mal, mais les échographies étaient terribles. Les radiologues étaient aussi délicats qu’un chien affamé à qui on file un bout de barbaque. Tous étaient étonnés que je fasse une stim en gardant mon stérilet, ils n’étaient pas du tout familiers avec la notion de don d’ovocytes, il fallait expliquer.

Les produits coûtaient extrêmement cher, mais j’étais prise en charge à 100% (ALD pendant 6 mois).

Il faut aussi avoir eu au moins un enfant vivant, avoir moins de 38 ans pour donner. Et pas de MST, bien entendu !

48 heures avant la ponction, il faut faire une dernière piqure pour déclencher l’ovulation. Il fallait mélanger des poudres et des solvants, j’ai eu peur ! Mon mari l’a fait et je n’ai pas eu mal non plus sur cette piqure. Nous avons eu un problème de garde pour notre fille, mais notre très généreuse nounou a accepté de la garder la nuit précédant le don. Je devais entrer à l’hôpital le mercredi matin à 7h, nous avons dormi sur place.

En arrivant, ils m’ont donné un Xanax qui m’a complètement mise dans les vapes. Après la pose de la rachianesthésie, je n’ai rien senti à la ponction. Je n’ai pas eu le retour du médecin sur le nombre de follicules ponctionnés, mais ils étaient contents apparemment, il y en a eu beaucoup !

Je suis repartie vers 15h. Il n’y a pas eu de complication suite au don lui-même, mais l’anesthésiste a fait une boulette : a piqué trop loin dans la colonne… Je me suis retrouvée alitée pendant 5 jours (imaginez la joie de mon employeur !) au lieu des 2 jours prévus. J’avais un bide énorme à J+1, comme si j’étais enceinte de 6 mois !

 

Comment ça s’est passé avec la receveuse ?

On ne sait jamais à qui on donne. Je n’ai pas le droit de savoir ce que sont devenus mes ovocytes, ni si le résultat a été positif ou négatif. Je sais juste qu’il y a 50% de réussite, donc 50% de casse aussi. Je parrainais quelqu’un rencontré sur internet : elle ne reçoit pas mes œufs mais du coup, est prioritaire pour recevoir les œufs d’une autre donneuse.

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Quel a été ton ressenti pendant ce parcours, des choses que tu as plus ou moins bien vécues, une anecdote en particulier, un souvenir ?

Je me serais bien passée de ce problème d’anesthésie… En plus, l’hôpital ne voulait pas reconnaître sa responsabilité. Ce soucis de rachianesthésie trop poussée (fuite de liquide céphalo-rachidien) est banal, et cause d’insupportables migraines et nausées. Quand j’ai appelé pour me plaindre de ces symptômes, les sages-femmes m’ont dit que c’était hormonal ! J’aurais voulu que l’hôpital reconnaisse sa responsabilité… Mais bon. Je n’ai pas porté plainte car ça diminuerait encore le nombre de donneuses.

J’ai trouvé le tout bien contraignant (surtout la surveillance et les A/R sur Tours). Je n’ai pas eu d’effets secondaires liés à la stim, à part + 1kg qui s’accroche !

Mais on a quand même l’impression de faire le bien.

 

Tu avais fait le choix de faire un blog pour parler de ce don, pourquoi et peux-tu nous le présenter ?

L’idée était de retracer les différentes étapes du don, pour que futures donneuse et receveuse puissent savoir exactement, avec les dates, ce que ça donne en termes de protocole, d’étapes, de traitements médicaux… (NDLM: pour aller voir son blog c’est par ici.)

 

Quel message voudrais-tu faire passer aux femmes qui hésitent à donner leurs ovocytes ?

Cela s’organise… Il faut être sûre de pouvoir aller jusqu’au bout, et c’est mieux d’être accompagnée, entourée, et par des gens positifs, qui trouveront la démarche généreuse et pas stupide ou inutilement risquée. J’ai rencontré beaucoup de gens que cela gênait, parce que c’est génital, intime… Beaucoup détournaient les yeux, la tête, quand j’en parlais… C’est dommage. Je me suis sentie certaines fois exclue, et je n’osais pas en parler autour de moi, pour ne pas indisposer les gens. Il faudrait que cela soit démocratisé, comme le don du sang ou le bénévolat.

J’ai eu aussi honte de bénéficier de médicaments aussi onéreux pour la stim. Beaucoup de gens sont malades et n’ont pas les moyens de se soigner (SIDA en Asie, Afrique), et à l’inverse, je n’étais pas malade et ai eu des médicaments à 1000€ la seringue ! Cela faisait cher à la sécu pour se donner bonne conscience, quand même !

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Quelque chose à rajouter ?

Si je veux refaire le don, je passerai directement par la stim, sans les étapes préalables d’examen, écho, ça ira donc plus vite. A bonne entendeuse !

Pour en savoir plus sur les démarches à suivre pour donner ses ovocytes, tu peux te rendre sur ce site: http://www.dondovocytes.fr 

 Merci beaucoup pour tes confidences et ton récit détaillé, à bientôt 🙂

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INTERVIEW: « Ma fille a été enlevée ».

Comme tous les jeudis sur le blog, j’accueille les parents qui ont des choses à raconter, des histoires de vie, pas toujours simples, mais toujours le même besoin de se livrer, pour avancer. Aujourd’hui j’ai laissé la parole à Sandra, dont la fille de 8 ans a été enlevée, voilà 10 ans maintenant…

 

Bonjour Sandra, peux-tu te présenter et présenter ta famille ?

Bonjour, je m’appelle Sandra, j’ai 45 ans et je suis la maman de Cindy qui aurait 18 ans aujourd’hui… Je suis séparée, malgré moi, de son papa depuis 10 ans.

Peux-tu nous raconter ton histoire ?

Comme tous les jours, ma fille est partie à l’école avec le bus scolaire. Oui c’était un bout de chou de seulement 8 ans, mais elle prenait le bus tous les jours. Le chauffeur était très attentif, il la prenait et la posait en bas de chez nous, chaque jour. Ce jour là, je suis rentrée plus tôt que prévu, mais les portables tout ça, ça ne se faisait pas comme maintenant. Du coup pour ne pas perturber ma fille et risquer de la rater en allant la chercher à l’école, je suis rentrée directement à la maison. Je lui ai fait une tarte au chocolat, je me suis dit qu’elle serait contente de trouver un goûter un peu plus élaboré que d’habitude. Et au moment où je sortais la tarte du four, j’ai levé les yeux par la fenêtre de la cuisine et j’ai vu le bus arriver. Cindy est descendue, elle a fait signe au chauffeur, et j’ai vu le bus partir. Je me suis dirigée vers l’entrée pour lui ouvrir la porte et lui faire un câlin, mais en ouvrant la porte, je n’ai vu personne.

Qu’as-tu pensé à ce moment là ?

Qu’elle me faisait une blague. Elle a vu ma voiture (d’habitude j’arrivais 5/10 minutes après elle donc elle restait un peu seule) et elle m’a fait une blague en se cachant. J’ai donc joué le jeu. J’ai fait le tour de la maison, comme si je jouais à cache-cache, en riant et en appelant ma fille.

Que s’est-t-il passé ensuite ?

Puis mon voisin est arrivé en courant, livide. Il était complètement affolé, je ne comprenais rien de ce qu’il me disait. Et là j’ai compris qu’il s’agissait de ma fille. Quelques secondes avant que je sorte, mon voisin avait vu une voiture grise s’arrêter sur le bord et ma fille monter dedans. Sur le coup il ne s’est pas inquiété, il a pensé que c’était quelqu’un qu’elle connaissait, puis il m’a vu sortir et appeler Cindy, alors il a compris que quelque chose n’allait pas.

Comment as-tu réagi ?

J’ai gardé un calme fou, avec le recul je ne sais pas comment j’ai fait. Je l’ai fait rentrer, je lui ai demandé de se calmer, que nous allions appeler la police, qu’il fallait qu’il mette de l’ordre dans ses idées pour que nous puissions leur donner des détails. Pendant qu’il se remettait de ses émotions, je commençais à paniquer mais je ne voulais pas que la panique perturbe ma lucidité. Je fais du yoga et je crois que ça m’a aidée à ce moment là, à faire le vide dans mon esprit. J’ai réfléchi à la voiture grise. J’ai appelé mon frère qui a une voiture grise, pour savoir s’il n’était pas par hasard passé la chercher, pour jouer avec son cousin avant le cours de basket (Cindy et son cousin font du basket le jeudi soir à 18h30, mais en principe nous nous rejoignons là-bas). J’ai essayé d’être logique et ne pas céder à la panique, tout cela devait avoir une explication censée.

Que s’est-il passé ensuite ?

Mon voisin avait remis de l’ordre dans ses pensées, il se rappelle que la voiture était une familiale, grise foncée, il se rappelle vaguement d’un autocollant sur le pare-brise arrière, mais sa maison est trop éloignée de la petite route pour qu’il ait pu voir davantage de détails. J’appelle la Police et je demande à mon voisin d’appeler le père de Cindy, avec qui il est copain pour lui dire de rentrer. Je lui demande de rester calme. Et je ne sais toujours pas comment je fais pour l’être autant. La Police me demande de lui raconter toutes l’histoire. Et je les rencontre un peu plus tard afin qu’ils recueillent mon témoignage et celui de mon voisin.
Ce dernier n’arrive pas à joindre le père de ma fille. Je commence à paniquer, j’ai besoin de lui, là tout de suite. Puis je reçois un coup de fil de mon beau-père. Il me demande si mon conjoint est bien rentré parce qu’il l’a trouvé bizarre tout à l’heure. Je ne comprends plus rien.

Que t’explique ton beau-père à ce moment là ?

Mon (ex)conjoint, a débarqué chez lui en bus une demi heure plus tôt, pour lui emprunter sa voiture, une familiale grise avec un autocollant de cerf sur le pare-brise arrière. Il prétend à ce moment là avoir une panne de voiture et absolument besoin de la sienne. Mon beau-père lui prête sans aucun souci mais le trouve bizarre. Il a l’air malade et fiévreux. Il s’agirait donc de mon conjoint qui est passé chercher ma fille ? Mais pourquoi, pour aller où ? Je rappelle la Police pour donner des détails supplémentaires. Je cède à la panique. J’embarque mon voisin, mon seul allié sur le moment, pour venir avec moi au cours de basket. Je n’arrive toujours pas à joindre mon conjoint, je cherche une explication rationnelle à tout ça. Il ne viendra jamais au cours de basket.

Par la suite, as-tu eu des pistes au sujet de l’enlèvement de ta fille ?

La Police a rapidement abandonné l’enquête, supposant que son père l’avait emmenée à l’étranger. Ce qui me perturbe le plus c’est que je ne comprends pas pourquoi il a fait ça. Notre couple allait très bien, notre famille était unie, nous avions notre lot de soucis, comme tout un chacun, mais rien de plus que des factures en retard à payer. Nous menions une vie tranquille et ce jour là ma vie s’est brisée. Puis un jour, 3 ans après, j’ai reçu un coup de fil. On avait retrouvé mon conjoint et ma fille… décédés tous les deux dans l’incendie d’un squat, au Portugal. Aujourd’hui, cela fait 10 ans que je n’ai pas vu ma fille. Mon dernier souvenir sera Cindy descendant du bus, faisant signe au chauffeur. L’odeur de la tarte au chocolat.

Que ressens-tu aujourd’hui ?

Je suis en apnée, depuis le jour de sa disparition. Je suis l’ombre de moi-même. Et je ne comprends pas. Je me dis que j’aurais pu voir de mes yeux ce qui se passait en bas de chez moi et changer le cours des choses, mais que je n’ai rien vu. Je me suis investie à fond pour enquêter sur son enlèvement. Pourquoi a-t-il fait ça ? J’ai suivi des pistes qui ne m’ont menée à rien, je suis allée en Italie et au Maroc, mais je suis rentrée bredouille. Jusqu’à ce fameux coup de fil. J’essaye de me reconstruire avec l’absence de mon enfant, mais je pense à elle chaque jour. Depuis peu j’ai rencontré quelqu’un, par le biais d’une association, nous nous épaulons beaucoup, il me comprend, et je réapprends à aimer et à faire confiance.

Quel message voudrais-tu faire passer ?

Je voudrais faire passer un message à ma fille. Pour lui dire que je l’aime et que je ne l’oublie pas. Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à elle. Et qu’un jour nous serons réunies.

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Merci Sandra pour ton témoignage très difficile. Je te souhaite beaucoup de bonheur avec ton conjoint. ❤

INTERVIEW: « Nous sommes d’heureuses parents. »

J’ai rencontré Charlotte sur Twitter, il y a quelque temps déjà. Au fil des semaines, je me réjouis de ses publications et j’assiste virtuellement, à des grands événements de sa vie. Comme la rentrée à la crèche de Wittou ou, grâce au mariage pour tous, à son union avec Darling. Dans ce témoignage elle nous parle de son rôle de maman et de leur quotidien avec leur petit garçon Wittou.

 

Salut Charlotte, peux-tu te présenter et présenter ta famille?

Je m’appelle Charlotte, je suis en couple avec « Darling » depuis 12 ans… et depuis janvier 2013 nous sommes les heureuses parents de Victor, dit Wittou, adorable.

 

Quand avez-vous évoqué l’idée d’avoir un enfant?

L’idée était présente chez moi depuis toujours. Ayant eu une vie hétéro c’était d’autant plus « classique ». En rencontrant Darling, c’est devenu forcément moins évident mais l’envie était là. En 2010-2011 j’ai eu la chance inouïe de faire une campagne en Antarctique. Et en revenant, après cette aventure hallucinante, je me suis dit que ne revivrais rien de pareil, qu’il ne pouvait y avoir rien de plus fort que ça… sauf avoir un enfant. Que j’avais vécu 35 ans « pour moi »… et que maintenant il fallait « un autre ».
Je suis rentrée un jeudi matin à la maison et j’en ai parlé à Darling dès le déjeuner ! Et elle a dit oui.

 

Qu’est-ce que cette décision signifiait pour vous?

Ça voulait dire être sûres de notre couple, être sûres des valeurs éducatives qu’on voulait transmettre. Être sûres de nos forces devant les épreuves qui nous attendaient notamment en raison du cadre « homo » qui allait devenir « parental ».

 

Quelles ont été les réactions de votre entourage? (avez ou plutôt du soutien ou au contraire)

On a informé notre entourage quand j’ai été enceinte et tout le monde a été ravie. Ma mère n’en revenait pas. Elle a hurlé de joie.

 

Est-ce que Witou a deux mamans?

Non, Wittou a deux « parents ». Une maman, moi, et Mathé, c’est Darling. On a réfléchi à ça, on trouvait ça plus équilibrant dans ce qu’on voulait lui transmettre. Et ça ne minimise en rien la place de Darling qui a les mêmes droits/devoirs que moi vis-à-vis de la crèche, pour notre médecin de famille, etc.  Avant l’accouchement, j’avais fait une tutelle testamentaire à son bénéfice et nous faisons actuellement une démarche pour qu’elle puisse adopter Wittou de façon plénière.

 

Y-a-t’il une place pour un papa?

On ne passe absolument pas sous-silence la notion de papa. Déjà quand il voit un homme à la crèche il dit que c’est le « papa » de tel ou tel gamin. Et on répondra à toutes les questions qu’il se posera sur son « papa » à lui.

 

Pensez-vous avoir un deuxième bébé?

Entre ce qu’on veut et ce qu’on peut c’est parfois différent. Et je pense qu’on va s’arrêter à un seul enfant, même si en avoir deux aurait été super.

 

Que pensez-vous faire différemment d’un couple hétérosexuel en termes d’éducation?

Vraiment rien. Y’a des parents formidables partout… et des cons partout aussi. On entend parfois qu’on éduque plus à la tolérance. Je trouve ça limite hétérophobe. C’est plus le projet éducatif qu’on a – ou pas – avant qui compte. Donc vraiment, l’orientation sexuelle d’un couple, pour moi, ne fait pas de différence en termes éducatifs.

 

Est-ce que l’homoparentalité vous a déjà freinées dans votre quotidien?

Freinées, pas vraiment, mais il faut cadrer pas mal les trucs administratifs avec un peu plus de paperasse. Genre une lettre dans le carnet de santé pour que Darling puisse prendre toutes les décisions pour la santé de Wittou, idem à la crèche, etc. Et un truc bête… Darling ne peut pas payer la crèche par CESU car il faut qu’ils soient au nom porté par l’enfant…

 

Quel message voudrais-tu faire passer aux couples homosexuels qui souhaitent avoir un enfant?

Je comprends qu’actuellement, avec l’élan du « Mariage pour tous » et le côté noir de la force que représente « La Manif pour tous », les couples homos sont contraints de se percevoir en tant qu’homo. Mais personnellement je trouve qu’on aura vraiment gagné légalité parfaite quand cette différence ne fera plus sens. Et qu’on pourra se dire simplement parents… et non pas parents homo. J’ai toujours préféré le droit à l’indifférence plutôt que le droit à la différence.

 

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http://adfh.net

Merci Charlotte pour tes confidences et pour ces tranches de vie que tu as bien voulu nous livrer. J’espère que vos projets pour la suite aboutiront. A très vite.

INTERVIEW: « Je suis maman solo »

Aujourd’hui sur le blog, Séverine nous parle de ce que c’est d’élever un enfant seul. Les parents solo sont de plus en plus nombreux et cela faisait un moment que je voulais les interviewer, parce que je voulais leur tirer mon chapeau. Il est parfois difficile de gérer certaines choses quand on est deux, alors quand on est seul, cela demande beaucoup d’organisation et de courage.

 

Bonjour, peux-tu te présenter et présenter ta famille?

Bonjour je m’appelle Séverine, j’ai 31 ans, je suis vendeuse à temps partiel dans un magasin de vêtements pour femme, je suis maman d ‘une petite fille de 3 ans qui se prénomme Léana. C’est une belle princesse avec un fichu caractère de sorcière! Elle est tout pour moi…. Mon souffle ma raison d’être. Il n’y a pas de mot pour décrire l’amour que j’éprouve pour ma fille, comme beaucoup de mères j’imagine.

 

Depuis combien de temps étais tu en couple quand tu t’es séparée et comment cela s’est il déroulé?

Quand je me suis séparée du père de ma fille nous étions en couple depuis un peu plus d ‘un an et j’étais alors déjà enceinte de 4 mois. Ça ne s’est pas très bien passé. A cause de la perspective d’élever un enfant seule mais surtout de mettre un enfant au monde qui n’aurait pas de papa n’était pas très réjouissante. Nous avons tenté de recoller les morceaux nous nous sommes remis un temps ensemble mais ça n’a pas fonctionné, nous nous sommes définitivement séparés en août 2011. Ma fille n ‘avait à ce moment là que 3 mois à peine…

 

Comment se sont passés tes débuts de maman solo?

Pas évident d’élever un enfant seule, surtout un bébé de 3 mois … Les nuits sans dormir, les biberons, les couches, les tracas qu’on ne peut partager avec personne, la fatigue qui s’accumule, le stress de ne pas faire ce qui le mieux pour son enfant puisque personne n’est là pour donner son opinion et la déception de n’avoir personne avec qui partager ces merveilleux moments… Parce que ma fille était un bébé qui dormait peu et pleurait énormément mais à côté de ça elle me donnait tant d’amour et me rendait si fière que j’aurais aimé que quelqu’un soit là pour partager tout ça , pour compenser j’ai pris énormément de photos et de vidéos pour immortaliser le plus possible de ces moments qui n’appartenaient qu’à nous et j’avais si peur de ne pas me souvenir de tout. C’est ça qui était le plus dur, me dire que dans 1, 5, 10 ou 20 ans je n’aurais personne à qui dire « tu te souviens quand elle a rit pour la première fois, ses premiers pas… » Bref tout ces moments qu on voudrait partager et ne jamais oublier…

 

Peux-tu nous donner une journée type chez toi?

Une journée type chez nous…je n’ai qu’un emploi à temps partiel donc il y aurait deux journées types, celle où je bosse et celle où je suis de repos…
Les jours où je bosse: c’est la course! Nous sommes tout le temps à la bourre! Ma fille allait chez une nounou 2 jours par semaine, un jour chez mes parents, un samedi sur 2 chez son père et les autres samedis chez une amie . Toute une organisation! Surtout avec des horaires qui changent toutes les semaines… Pas toujours évident.
Les jours où je ne travaille pas, c’est différent. On traîne, on prend notre temps, on se balade. On a la chance d’habiter à côté de la plage, on va au parc, on fait du dessin, de la peinture, on regarde des dessins animés… Chaque moment passé avec ma fille lui est totalement consacré, je fais des choses qu’elle aime et profite de chaque minute.

 

Que trouves-tu le plus difficile au quotidien quand on est parent solo?

Dans mon cas ce que je trouve le plus difficile en fait c’est au niveau de l’organisation pour faire garder ma fille. Quand je finis tard et l’école est encore une nouvelle étape. Après je dis que c’est difficile mais on s’ en est toujours débrouillé! Mais j’aurais préféré que le soir à 20h ma fille soit à la maison dans son lit plutôt qu’à m’attendre au resto de mes parents parfois débordés. Oui parce que la nounou que j’avais finissait à 18h, du coup le soir mes parents passaient la prendre et l’emmenaient avec eux au travail. Ils ont un restaurant. Encore un métier pénible pour les horaires. Je parle au passé parce que j’ai trouvé une nouvelle nounou qui me la gardera jusqu’à 20h30 et même un samedi sur 2 donc je devrais être plus tranquille et ma fille moins ballottée à gauche à droite. Après au quotidien c’est difficile dans le sens où quand on est fatiguée ou excédée il n’y a personne pour prendre le relai. Mais autrement je crois pouvoir dire que je m’en sors plutôt bien et que je suis assez fière de ce que j’ai pu faire seule jusqu’à aujourd’hui. Et puis comme je l’élève seule depuis ses 3 mois au final on va dire que j’ai de suite pris l’habitude de tout gérer.

 

Qu’en est-il de tes relations avec les hommes?

Je n’ai pas eu de relations sérieuses depuis le départ du père de ma fille… Je me suis entièrement consacrée à elle, rien qu’à elle… Je ne le regrette pas… Je n avais ni le temps ni l’envie de faire entrer réellement un homme dans ma vie… Aujourd’hui je crois que j’aimerais bien quand même, mais en même temps c’est difficile, on s’habitue à être seule, on prend des habitudes, on devient plus exigeante… Et puis la peur… Il faut que l’homme accepte ma fille et qu elle l’accepte aussi. Nous sommes très fusionnelles, je pense que ça va être très difficile pour un homme de faire sa place au sein de notre petit cocon.

 

Est ce que ta fille te parle de ton rôle de maman solo, de son papa etc?

Ma fille n’a que 3 ans du coup elle n’a encore jamais abordé le sujet… Ça viendra plus tard et j’appréhende déjà certaines de ses questions mais il faudra bien passer par là.
J’ espère en tout cas qu’elle sera fière de moi d une certaine façon …

 

Comment ça se passe avec son papa? Comment vis-tu les séparations avec ta fille?

Pour le moment elle va chez son père un week end sur deux. Ça fait déjà un an mais c’est chaque fois un déchirement. Même si elle me mène la vie dure de part son caractère très difficile à peine partie elle me manque déjà terriblement et je n’arrive pas vraiment à profiter du temps sans elle. J’attends chaque fois son retour avec impatience.
Les séparations sont de véritables supplices autant pour elle que pour moi. Elle n’a jamais vraiment tissé de liens affectifs avec son père. J’espère que ça viendra avec le temps. Tant qu’à être obligée d’y aller autant qu’elle y aille avec le sourire. Jusqu’à présent elle part chaque fois en pleurant. Elle dit qu’elle ne veut pas y aller, qu’elle veut rester avec sa maman…. C’est d autant plus dur de la voir partir dans cet état. Chaque fois qu’on est séparées j’ai la sensation qu’il me manque une partie de moi… Je vis 48h en apnée en attendant son retour…

 

Quel message voudrais tu faire passer aux parents solos?

Je voudrais dire aux parents qui élèvent seuls leur enfant, tout simplement qu’un enfant ne naît pas avec un manuel. Il faut tout simplement suivre votre instinct. Faites de votre mieux. Faites vos choix avec votre coeur de maman et tout l’amour que vous éprouvez pour votre enfant. Ne vous laissez pas déstabiliser par les gens, les « on dit »…. soyez courageuses. Ce n’est pas tous les jours facile d’élever seule un enfant, mais c’est incroyable la force et le courage qu’un seul sourire de notre enfant peut nous donner. Ne baissez jamais les bras. Elever un enfant seule n’est pas une fatalité, c’est une situation qu’il faut affronter armée de beaucoup de force, mais c’est loin d’être insurmontable. Il y aura des jours avec et des jours sans… Des doutes, des peurs, des larmes mais aussi tellement de joie et de bonheur! Parce que rien ni personne ne pourra jamais égaler ni remplacer l’amour d un enfant. SI vous avez le sentiment que tout repose sur vos épaules qu’importe, vous ne serez que plus fière de votre enfant de ce qu’il accomplira et de l’adulte qu’il deviendra…grâce à vous.

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Merci pour ce beau témoignage ❤