Témoignage « On a abusé de moi lorsque j’étais enfant »

« Ce sont les événements récents, autour de ce directeur d’école, qui me poussent aujourd’hui à me confier. Trop d’enfants n’osent pas, c’est donc aux parents de repérer les signes et d’être à l’écoute de leurs petits, autant que faire se peut.

Tous les jours, après l’école, j’étais gardée par une nounou. Une femme adorable mais complètement naïve et surtout débordée. Elle avait un agrément pour 5 enfants. 2 périscolaires et 3 temps pleins. Je faisais partie des plus grands, je jouais souvent seule, dans le jardin ou je regardais tranquillement un dessin animé dans la salle vidéo. Ma nounou avait un mari, que j’appelais « tonton ». Tonton m’aimait bien. Il m’aimait trop. Il me prenait souvent sur ses genoux. Il jouait avec moi. Puis un jour il s’est mis à me caresser. A des endroits interdits. Je savais dans mon crâne de gamine qu’il n’avait pas le droit. Mais tonton m’avait demandé de ne rien dire alors je me suis tue.

Tous les jours, il avait les mêmes gestes, pas des gestes de tonton, des gestes d’adultes. Puis un jour il est allé plus loin. C’est ce jour là que j’ai décidé d’en parler à ma mère. Mais elle ne m’a pas cru. J’ai eu comme échange avec ma mère ce jour là des cris et une paire de gifles. Je crois que je ne lui pardonnerai jamais.

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Il abusait sexuellement de moi régulièrement, j’étais terrorisée à l’idée d’aller chez ma nounou. j’avais 5 ans, et je me suis remise à faire pipi dans ma culotte. Ma mère, furieuse, devait me racheter des couches, que je m’appliquais à cacher aux copines et à la maitresse. Mais ces couches m’ont sauvée. Un jour, en allant au bain, ma mère a récupéré ma couche pour la jeter, et elle a trouvé des poils… Deux poils pubiens, deux poils d’homme, deux poils de tonton. Je m’en rappellerai toute ma vie. Alors elle a compris. Elle a fondu en larmes et nous avons porté plainte.

Je ne peux pas retranscrire l’horreur que j’ai vécu pendant ces longs mois. Je serai à jamais marquée, ce la fait partie de mon histoire.

Mon histoire de femme seule qui n’arrive plus à faire confiance aux hommes… »

 

NB : En tant que blogueuse, je laisse la possibilité de témoigner à mes lectrices, chaque jeudi, il ne s’agit pas ici de mon histoire, mais de celle de F qui a eu le courage de me la confier.

Ma belle-mère a tenté de m’enlever mes enfants

Je m’appelle Clothilde, j’ai 35 ans et je suis attachée de presse. J’ai rencontré Frédéric sur internet. A l’époque, les sites de rencontres commençaient tout juste à faire le buzz. Dès le premier rendez-vous, ce fut un coup de foudre. On se comprenait parfaitement. Quelques semaines plus tard, nous aménagions ensemble, 6 mois après j’étais enceinte. Du rapide comme on dit.

Nous avons vécu 2 belles années tous les trois. Notre fils Charles était adorable. Puis je suis à nouveau tombée enceinte. Une petite fille, Clarisse, est venue nous rejoindre. Ce deuxième enfant a été une épreuve pour notre couple qui n’a pas su faire face. Nous nous sommes séparés 9 mois après la naissance de Clarisse, en bons termes.

Mais ma belle-famille s’est très vite mêlée de l’affaire. J’avais la garde des enfants en semaine et Frédéric les week-ends. Nous avions convenu de cela tout les deux et cela nous allait très bien. Ma belle-mère ne trouvait pas cela « suffisant ». Pour elle son fils devait garder ses enfants une semaine sur deux. Sauf que ni lui ni moi n’en avions envie. Elle ne pouvait pas s’empêcher de mettre son grain de sel là où personne ne lui demandait son avis !

La situation est restée telle qu’elle, jusqu’à un fameux week-end.

J’étais partie deux jours avec mes copines sur la côte basque, pendant que Fréd avait les enfants, comme chaque week-end. Mais en rentrant chez moi, j’ai eu le sentiment que quelqu’un était venu. Il me semblait que des objets avaient été déplacés, je ne me sentais pas bien. J’ai mis ça sur le compte du manque des enfants, puis j’ai filé les récupérer chez mon ex.

Le lundi, en fin d’après-midi, alors que je venais juste d’aller chercher Charles à l’école avec ma fille, on sonne à ma porte. Une visite impromptue des services sociaux. Ils avaient reçu un signalement me concernant. Au début, je pense à une erreur. Je ne comprends rien à ce qui se passe. Ils me demandent à entrer et à visiter la maison. Je ne sais pas du tout s’ils en ont le droit mais puisque je n’ai rien à cacher, je les laisse faire.

Ils entrent et ne font pas que « visiter », ils se mettent à « fouiller », littéralement. J’ai mon bébé dans les bras et mon fils reste collé à moi, il se met à pleurer, nous sommes sous le choc de la situation. Mais ce n’est que le début du cauchemar.
En faisant le tour de l’appartement, les services sociaux trouvent de l’alcool et des antidépresseurs, caché au fond du placard de ma chambre, en grande quantité, ainsi que des somnifères, dans les tiroirs des chambres des enfants.

L’assistante sociale m’annonce qu’ils ont trouvé ce qu’ils sont venus chercher et qu’elle va repartir avec mes enfants, pour les conduire chez leur père. Je me mets à trembler, je serre fort mes enfants contre moi. Je ne comprends pas ce qui se passe. J’ai l’impression d’être coincée dans un film. Ce n’est pas possible.

A ce moment là j’ai l’impression de planer au dessus de mon corps. Je regarde cette femme m’arracher mes enfants, je me vois trembler, pleurer, nauséeuse, à deux doigts de m’évanouir. Je reste dans cet état jusqu’à la tombée de la nuit, puis je me ressaisie. Je dois faire quelque chose. Comment ces médicaments et cet alcool se sont-ils retrouvés là ? Qui a bien pu faire un signalement me concernant ?

Je décide d’appeler mon ex, pour y voir plus clair. Il décroche à la première sonnerie, aussi abasourdi que moi, il me demande comment je vais, il me dit qu’il ne savait pas que je faisais une dépression et que j’aurais du lui en parler, qu’il aurait pris les enfants pour me soulager. Mais je ne fais pas de dépression, je lui explique que je ne comprends pas. Mais je suis coupée dans la conversation, j’entends des voix à côté, puis Frédéric crier. Une autre voix au téléphone : ma belle-mère est là, elle a pris le combiné. Elle me scie en quelques mots « n’appelle plus ici, laisse les enfants tranquilles, tu as enfin eu ce que tu mérites ».

Et en quelques secondes je comprends que cette femme est derrière tout ça. Ce sentiment étrange en rentrant le dimanche soir. C’est elle qui est venue cacher les bouteilles d’alcool et les médicaments. Elle a toujours eu des clefs de chez nous pour s’occuper du chat quand nous partions en famille en week-end. Je dois trouver quelqu’un pour m’écouter, je dois récupérer mes enfants.

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Le procès aura duré des mois, des mois de bataille avec une avocate spécialisée pour récupérer la garde en semaine de mes enfants. Heureusement, mon ex-mari s’est rangé de mon côté, il a témoigné en ma faveur. Ma belle-mère a fini par avouer qu’elle avait tout manigancé pour que son fils puisse avoir la garde exclusive de Clarisse et Charles. Garde qu’il ne demandait même pas…

Aujourd’hui notre famille reste marquée par cette épreuve, ces semaines sans pouvoir approcher de mes enfants. Nous avons déménagé, mais Clarisse et Charles voient toujours leur papa les week-ends, comme avant…

Témoignage : « le père de mes enfants menait une double vie »

J’ai rencontré Aline au hasard des réseaux sociaux, elle m’a proposé de me raconter son histoire sur le blog, pour « que d’autres ne se fassent pas avoir » et pour « prouver qu’on peut s’en sortir ». Je lui ai donc laissé le champ libre pour témoigner de son histoire (les prénoms ont été changés et choisis par Aline pour préserver son anonymat et celui de sa famille). Merci à elle pour ce témoignage courageux. 

Je m’appelle Aline, j’ai 43 ans, je suis la maman d’Inès 15 ans et Diane 13 ans. J’ai été mariée pendant 18 ans avec Axel. Nous nous sommes rencontrés en boîte de nuit, nous avions 19 ans. Très vite devenus inséparables, nous décidons d’aménager ensemble un an plus tard à Nantes où nous faisions nos études. J’étais en fac de droit, lui en fac d’éco. Nous profitons pleinement de notre vie de jeune couple, enchaînant les voyages, les folles soirées, les week-end à l’improviste.

Puis la vie suit son chemin, nous grandissons, nous nous marrions et je tombe enceinte d’Inès. Une grossesse imprévue qui nous réjouit malgré tout… même si nous sommes bien obligés de reconnaître quelques mois plus tard que ça ne se passera pas comme prévu. Axel est négociant en vins, il est très très souvent en déplacement à l’étranger.
Jusqu’ici, cela n’était pas vraiment gênant pour moi, j’étais bien entourée. Mais cette grossesse est éprouvante, je la vis mal et son absence me pèse. Nous composons malgré tout avec ses voyages et cela ne se passe pas si mal. J’ai la chance d’avoir des beaux-parents adorables, proches de notre maison et très disponibles pour moi. J’ai aussi des amies formidables qui m’ont beaucoup aidée à la naissance d’Inès pour que je m’organise au mieux.

L’arrivée de notre aînée est une révélation pour Axel.

Très proche d’Inès dès sa naissance, on voit très vite une véritable complicité, des liens très forts qui se tissent. Axel n’hésite pas à repousser ou raccourcir ses voyages à l’étranger pour être proche de nous. Nous sommes heureux comme jamais. La vraie famille des pubs, celle qui fait rêver tous les futurs parents. Nous arrivons à trouver un équilibre parfait. Notre nounou est au top, mon boulot d’avocate est très prenant mais cette femme est une perle, elle est très arrangeante. Et je peux toujours compter sur mes beaux-parents pour prendre le relais quand Axel est en déplacement.

Rapidement, j’ai envie d’un deuxième enfant.

Axel hésite. A cause de ses déplacements justement. Est-ce que ça ne serait pas trop difficile à gérer ? Il sait que je veux un deuxième enfant, maintenant ou dans 10 ans, son travail sera le même. J’argumente (c’est mon boulot !), il finit par accepter. Quelques mois plus tard je suis enceinte. Encore une grossesse très difficile. Je la vis encore plus mal que la précédente. J’ai beaucoup de nausées, je ne dors pas, je dois très vite être mise en arrêt. Axel me reproche de délaisser Inès, SA fille, SA princesse… Lui qui est à l’autre bout du monde la moitié du temps… Je ne peux physiquement pas faire autrement que de la confier, je suis trop faible pour m’occuper d’elle. J’accoucherai d’ailleurs prématurément de notre seconde fille.

Notre couple va mal et l’arrivée de Diane fait l’effet d’une bombe.

Axel ne déplace plus ses rendez-vous, il ne raccourcit plus ses voyages. Sa complicité avec Inès s’étiole. Il devient aigri. Il est tout le temps absent, mal à l’aise, ses filles ne le reconnaissent même plus quand il rentre, tellement leur père est devenu un fantôme. Je mets ça sur le compte de l’arrivée de notre deuxième enfant. Il n’est pas rare qu’une naissance fasse des ravages dans la vie de couple ou dans une vie de famille déjà existante. Je suis patiente. Petit à petit j’ai le sentiment que ça s’arrange. Tout semble rentrer dans l’ordre. Mon mari est toujours beaucoup absent mais quand il est à la maison, il se donne, il s’implique davantage, nous retrouvons un équilibre à quatre.

Jusqu’au coup de fil qui va changer ma vie, quelques années plus tard…

Je m’en rappelle comme si c’était hier. Les filles ont alors 10 et 12 ans. Je suis en train de préparer à manger, pendant qu’elles prennent leur bain. Le téléphone sonne, je quitte mes casseroles pour décrocher.
Au bout du fil une femme :
 » Allo, c’est Aline ?
– Oui c’est moi, bonsoir (?)
– Bonsoir Aline, je suis Carmen.
– Je suis désolée, vous êtes ?
– Je suis une femme d’Axel. »
Carmen ne parle pas très bien français, elle a un fort accent, je reprends :
« Vous êtes une amie d’Axel ? Il est absent pour le moment, en déplacement à l’étranger je peux prendre un message ?
– Axel vient de partir, il faut absolument que je vous parle. » Les rires des filles dans le bain me parviennent et je ferme la porte du salon pour me concentrer sur la conversation.
Axel vient de partir oui il doit rentrer demain soir à la maison, je ne comprends rien à ce que me raconte sa collègue. Mais ce n’est pas sa collègue.

Source : voyages-d-affaires.com
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Axel n’est pas en voyage d’affaire.

Il vient de quitter Madrid, où il était depuis 15 jours, avec sa maîtresse et son autre famille. Avec Carmen, ils ne sont pas mariés mais il a eu un fils, Pedro, qui a le même âge que Diane. J’ai envie d’insulter cette femme mais je comprends qu’elle est aussi victime des manigances d’Axel. Pour elle, la maîtresse : c’est moi !
Cela durait depuis des années et finalement mon mari s’est fait avoir bêtement. Carmen me raconte qu’il était sous la douche quand j’ai essayé de le joindre. Habituellement il prenait toujours son portable avec lui. Je constate avec effarement qu’il en est de-même ici et que je n’y avais jamais prêté attention. Carmen a vu mon nom s’afficher, surprise qu’une femme essaye de le joindre à cette heure tardive, elle a laissé la messagerie s’enclencher, puis elle a écouté le message vocal.
Dans ce message je demandais à Axel de me rappeler pour qu’il me dise où se trouvait le double des clefs du garage et je lui exprimais à quel point il manquait à ses filles qui le réclamaient sans arrêt. Un message banal. J’en laissais presque tous les jours des comme ceux-là. Souvent nous nous parlions par messagerie interposée puisqu’avec le « décalage horaire » nous avions parfois du mal à nous avoir en direct… Le décalage horaire, entre la France et l’Espagne… Quelle blague.

Nous décidons d’unir nos forces, afin de faire au mieux pour nous et nos enfants.

Sur ce plan là, on peut dire que j’ai pas mal d’atouts de mon côté, je suis avocate, des affaires comme celles-ci j’en vois passer des tonnes, mais jamais je n’aurais pu envisager que cela m’arrive à moi, à nous. Carmen et moi discutions pendant des heures et nous décidons ensemble de sa venue en France, chez nous, avec son fils Pedro. Elle prend le premier aviron. Où est Axel pendant ces 24 heures ? Mystère ! Il ne faut pas une journée pour rentrée en France en avion depuis l’Espagne. Quand il arrive à la maison, Carmen et moi sommes toutes les deux à l’attendre dans le salon. Nous avons confié les enfants à mes beaux-parents, mais ils ne sont pas encore au courant de la situation. Ils n’ont pas posé de questions.
Quand il nous voit toutes les deux, côte à côte sur le canapé, il se décompose, littéralement. On voit qu’il est à deux doigts de tourner de l’oeil tellement le choc émotionnel est intense. Il n’envisageait clairement pas de se faire prendre un jour. Nous le confrontons, froidement, ne nous laissant pas atteindre par ses jérémiades et ses larmes. J’ai préparé toute la paperasse qu’il fallait, pour qu’il sorte de nos vies et que nos enfants soient à l’abri. Il ne pourra d’ailleurs les voir que de façon très encadrée et ponctuelle.

Avec le recul, 1000 signes auraient pu m’alerter.

Attention, je ne suis pas en train de dire que tous les conjoints en déplacement mènent une double vie, et heureusement !
Mais son téléphone greffé à sa main nuit et jour, qu’il prenait même sous la douche aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Tout comme l’absence de photos de ses voyages, de cadeaux souvenirs pour ses filles des pays où il se rendait soit-disant. J’avais toujours été mise à l’écart des repas de boulot (qui tombaient toujours pile quand personne n’était disponible pour garder les filles où que j’avais moi-même quelque chose de prévu). Jamais je n’ai croisé un seul de ses collègues pendant toutes ces années.
En fait je ne connaissais pas cet homme. Le manipulateur, celui qui avait un scénario parfaitement rodé pour Carmen et pour moi, pour ses déplacements. Cet Axel-là était un inconnu…

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J’ai malgré tout réussi à refaire ma vie…

Parce que oui, on s’en sort. J’ai été effondrée, très fragile pendant des années. Suivie par un escadron de psy et bourrée de cachtons. Incapable de refaire confiance. Et puis finalement, c’est grâce à Carmen que je m’en suis sortie. Nous nous sommes beaucoup épaulées. Cela peut sembler étrange mais elle était la seule personne qui savait exactement ce que je ressentais.
Je recommence à sortir, à voir mes amis, rencontrer de nouvelles personnes, mais je préfère me préserver encore un peu, j’ai fait le choix de ne pas me remettre en couple pour le moment.
Aujourd’hui les filles ont choisi de ne plus voir leur père, j’aurais voulu qu’elles préservent un minimum un lien mais je respecte leur choix, que je ne peux que comprendre étant donné que j’ai fait le même.
Carmen croise Alex de temps en temps, quand il voit Pedro. J’ai cru à un moment qu’elle retomberait dans ses bras. Mais elle n’a pas fait cette erreur et elle est à présent en couple avec un de ses collègues de travail.

Je voulais témoigner pour toutes celles et ceux victimes de la tromperie et de la manipulation de leur conjoint. Que sa moitié aille jusqu’à mener une double vie ou pas, ces moments sont éprouvants mais on s’en sort. Faites-vous aider, faites-vous épauler pour arriver à refaire confiance. C’est important.

Témoignage : « Ma belle-mère a brisé mon couple »

Après plusieurs semaines sans témoignages de parents, voici le grand retour de la rubrique « interviews » sur le blog, mais sous une nouvelle forme. Sandra a accepté de témoigner, sous une forme libre, à partir de questions que je lui ai posées. Un témoignage que nous avons ensuite rédigé ensemble pour poser les mots justes sur une partie de son histoire.
Merci beaucoup à Sandra de m’avoir fait confiance et se nous livrer cette tranche de vie.

Je m’appelle Sandra, j’ai 29 ans et j’ai probablement eu une des (non)cérémonie de mariage les plus dingues qu’il soit ! Aujourd’hui je suis mariée, j’ai un enfant Baptiste, qui aura 2 ans en mars. J’ai rencontré mon ex-mari Laurent en fac, nous étions fous amoureux et nous nous sommes rapidement fiancés. Cela pourrait être le scénario d’un mauvais téléfilm et pourtant il s’agit bien de mon histoire. De ma douloureuse histoire…

Je n’avais jamais rencontré ma belle-famille avant les préparatifs pour le mariage. Nous étudiions tous les deux à Nice, où je vivais depuis toujours, et Laurent était originaire de Belgique. Il était malgré tout très proche de sa famille. Il avait quasi quotidiennement sa mère et ses soeurs au téléphone, je trouvais ça touchant. Son papa était décédé quand Laurent était enfant, il en parlait peu.

Sa mère, Viviane, souhaitait vivement participer financièrement au mariage, mes parents nous l’avaient également proposé, je n’y étais pas opposée, nous ne roulions pas sur l’or et Laurent avait une famille très nombreuse, qui venait de loin, les aides financières étaient les bienvenues. Je savais en plus que la famille de Laurent était plutôt aisée. Issue d’un milieu modeste, je n’avais pas la folie des grandeurs mais mon futur époux tenait à ce que tout soit parfait et pour cela, il fallait un budget.
Quelques semaines avant le mariage, Viviane avait fait le déplacement pour régler les derniers détails. Nous nous étions brièvement aperçues sur skype, mais nous n’avions jamais eu de conversation ensemble, juste elle et moi. Lors de son séjour niçois, elle souhaita absolument que nous dinions ensemble au restaurant « pour discuter de femme à femme ». Laurent semblait surpris par sa démarche et appréhendait le fameux soir. De mon côté pas du tout. Ma belle-mère était là depuis 48 heures et s’était conduite de façon exemplaire. Très discrète, on voyait qu’elle ne voulait pas que sa présence devienne dérangeante pour nous. J’avais réservé un de mes restaurant préféré pour l’occasion, j’avais presque hâte de passer ces moments avec elle, moi qui n’avais pas une relation très complice avec ma propre mère, je sentais que je pourrais avoir des liens fort avec Viviane…du moins c’est ce que je croyais.

Après quelques échanges de banalités autour de la vie de couple et de nos perspectives d’avenir, je compris que Viviane voulait me dire quelque chose, mais je n’arrivais pas à déceler quoi. C’est alors que la conversation pris un tournant inattendu. Ma belle-mère s’est mise à parler argent, budget, dépenses. Elle dégaina un carnet dans lequel elle avait consigné chaque détail pour le mariage. Elle me demanda de quel budget disposait mes parents, ce que nous comptions payer nous-même et si sur certaines choses nous ne pourrions pas faire à l’économie. Et Viviane prononça une phrase que je n’oublierai jamais « je ne vais quand même pas dilapider l’héritage de mon défunt mari pour tes beaux yeux ». Je suis restée stupéfaite. J’avais l’impression de découvrir son véritable visage. Pour qui me prenait-elle, une croqueuse de diamants ?
Alors que je restais abasourdie par sa réplique cinglante, elle enchaîna en m’exposant clairement qu’elle souhaitait que mes parents participent autant qu’elle, qu’elle ne dépenserait pas un centime de plus, que ce n’était pas parce que sa famille était riche que je devais en profiter, qu’elle avait déjà eu affaire à des profiteuses dans mon genre et que si Laurent était aveugle, elle voyait clair dans mon jeu. Plus son monologue avançait, plus je compris que le fait que je ne sois pas issue du même milieu que Laurent lui posait un gros problème.
Mais pourquoi alors faisait-elle mine de se réjouir de ce mariage devant son fils ? J’essayais de me défendre tant bien que mal, en lui expliquant que j’avais une petite famille, qui représentait une quinzaine d’invités au maximum de mon côté, et que je ne pouvais pas imposer à mes parents de payer pour les 130 membres de la famille de Laurent. Cela ne me semblait pas logique. Je lui expliquais aussi que je n’étais pas la femme qu’elle pensait, que je me moquais de l’argent de Laurent, et que c’était lui qui avait tenu à faire un « gros » mariage. Je me serais contentée de quelque chose de plus simple sans aucun problème s’il n’avait pas insisté pour que j’ai « un mariage de princesse » comme il me disait souvent.

En rentrant le soir, je ne fis pas part à Laurent de ma conversation avec sa mère. Elle faisait bonne figure, affichant un sourire hypocrite et usant d’un ton mielleux pour raconter à son fils à quel point la soirée avait été délicieuse et le restaurant en tous points parfaits. J’avais besoin de temps pour penser à tout ça et pourtant j’en manquais, le mariage approchait à grands pas.

Le lendemain, nous choisissions le traiteur ensemble. Viviane opta pour les menus les plus chers « rien n’est trop beau pour mon fils et sa chère et tendre ». Je ne comprenais pas du tout où elle voulait en venir. Le soir, Laurent dû se rendre en urgence au bureau, je restais donc seule avec ma belle-mère. Alors que je pensais le malentendu au sujet de l’argent dissipé, je restais cependant sur mes gardes. Pendant que je préparais à manger, elle se mit à me parler de son fils, de son passé avec les femmes. Cette conversation me mis mal à l’aise. Elle évoqua notamment son histoire avec une certaine Martha. Je ne l’écoutais qu’à moitié jusque là car je comprenais qu’elle cherchait à me déstabiliser mais j’avais confiance en Laurent. Je savais qu’il avait eu des histoires avant moi et il en était de même de mon côté, nous ne nous cachions rien. Pourtant je ne me rappelais pas de Martha. « Une Espagnole sublime et pleine de vie » d’après Viviane, mais le courant n’était pas passé avec les soeurs de Laurent, alors il aurait fini par la quitter. Je trouvais cette anecdote surprenante et abracadabrante. Si ses soeurs étaient si importantes pourquoi ne les avais-je pas moi-même rencontrées ?
Ce soir là, je me couchais sans parvenir à trouver le sommeil, je décidais donc d’attendre que Laurent rentre du bureau pour lui parler de ma discussion avec sa mère. Lorsque je lui dis part de tout ça, il sembla agacé mais pas surpris. Il m’avoua ne jamais m’avoir parlé de Martha parce que cela faisait partie d’un épisode assez marquant de son passé. Il avait perdu Martha à cause de ses soeurs et était resté fâché avec elles deux pendant un long moment à la suite de la séparation. Il ne m’en avait pas parlé pour ne pas me faire peur. Sa famille avait traversé à l’époque des choses douloureuses, une de ses soeurs avait dû « se mettre au vert » comme il disait, pendant quelques mois, parce que son penchant pour l’alcool et la fête avait eu raison de sa santé mentale.

Je restais sous le choc, nous étions à quelques semaines de nous marier et je ne connaissais rien de ces histoires de famille. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser qu’il me cachait peut-être d’autres choses. Il me jura que non et s’excuse sincèrement d’avoir occulté cette partie de son histoire.

Le jour du mariage approchait, l’excitation et l’appréhension montaient d’un cran. J’allais rencontrer le reste de la famille de Laurent et nos deux familles allaient faire connaissance.

Mais le jour J, rien ne s’est passé comme prévu. Le matin, je revoyais les derniers détails avec Laurent et nos deux mamans, avant de partir chez la coiffeuse. La déco, les lumières, le service…et le plan de table. C’est alors qu’à la table de ma belle famille, je remarque un petit carton sans prénom. Je regarde sur le plan dessiné, il y a en effet une place prévue mais pas de nom inscrit. Je ne me suis pas occupée du plan de table, ce fut très vite réglé de mon côté, je n’ai pas une grande famille, mais pour mon futur mari cela tenait plus de la stratégie militaire que du placement d’invités ! Je fais par à Laurent cet énigmatique détail. Il est aussi perplexe que moi. Nous recomptons ensemble les invités, personne ne manque à l’appel. Nous appelons sa mère et lui exposons la situation. Elle rougit. Elle avoue à Laurent qu’un membre surprise de la famille sera là pour lui mais qu’elle ne peut pas lui en dire plus. Je suis naïvement heureuse pour lui. Je pense d’emblée à sa cousine germaine qu’il adore et qui, nous le pensions, ne pourrait pas venir mais qui serait peut-être finalement là.

Je file chez le coiffeur, la journée se déroule petit à petit et nous nous rendons au domaine où nous allons revêtir, chacun de notre côté comme le veut la tradition, robe et costume de mariés, avant de nous voir pour la toute première fois à l’église. Cependant, je ne tiens pas. Mon petit côté rebelle ! J’ai très envie de voir mon futur époux, de le serrer dans mes bras et de lui répéter que je l’aime avant que nous ne nous disions oui pour toujours et que je ne devienne sa femme. Le côté clandestin de la situation m’enchante et je me faufile dans les couloirs jusqu’à la chambre de Laurent.

Source ici http://rosny-images.com/photo-de-mariage/
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J’entre sans frapper, le sourire aux lèvres. Et le sol se dérobe sous mes pieds…

Dans la chambre, je reconnais la mère de Laurent, de dos, et une femme pleure en tenant les mains de mon futur mari qui semble très ému. Je comprends de suite de qui il s’agit : Martha. Elle est là devant moi, aussi brune que je suis blonde, aussi pulpeuse que je suis sans forme. Ils se retournent vers moi, Laurent se libère de son étreinte et accourt vers moi. Il ne sait pas quoi me dire, visiblement surpris par la situation autant que je le suis.

C’est alors que sa mère prend la parole. Elle avait tout organisé. Cette femme complètement folle avait pris le contrôle de cette journée magique sans que je ne m’aperçoive de quoi que ce soit. Elle avait convié Martha, espérant provoquer un électrochoc chez Laurent et qu’il retombe dans ses bras avant la cérémonie, afin de le marier avec elle et de m’écarter de sa vie dans la foulée. Laurent m’avait menti, il ne s’était pas fâché avec Martha à cause de ses soeurs, c’était elle qui l’avait quitté parce qu’il avait lui-même eu un problème avec la drogue. Viviane était convaincue qu’ils s’aimaient encore profondément et qu’ils étaient faits l’un pour l’autre.

J’ai cru mourir, au bord du malaise et en étant de choc, je me suis enfuie. Un vrai scénario de film, je refusais d’y croire. Ma mère m’a suivie dans le parc du domaine. Elle se rendait dans la chambre de Laurent pour lui apporter ses chaussures qu’il avait oubliées dans la voiture, elle avait donc entendu toute l’histoire malgré elle. Pour la première fois, ma mère était là pour moi. Nous sommes restées l’une contre l’autre, sans mot dire pendant de longues minutes. Puis nous avons retrouvé mon père, pris la voiture et nous sommes rentrés chez eux.

Je n’ai plus jamais eu de nouvelles directes de Laurent. Quelques semaines après cet épisode, ma mère s’est occupée de récupérer toutes mes affaires dans l’appartement que nous partagions, j’ai déménagé et j’ai refait ma vie.

Sur le moment, j’ai détesté Laurent et toute sa famille. Je lui en voulais de m’avoir caché tout ça, de m’avoir menti. Avec le recul, j’en veux énormément à ma belle-mère. Pour moi elle est vraiment responsable de cette situation et de la façon dont je l’ai vécue. Elle a manipulé tout son monde, planifié cet instant quasi théâtral dans l’ombre pendant des semaines… Cette femme est complètement folle !
Je pense que j’aurais pu vivre avec Laurent malgré ses addictions du passé. C’est un lourd secret et je l’aurais certainement appris d’une façon ou d’une autre, mais je respecte le fait qu’il ait voulu me tenir à l’écart de tout ça. J’aurais aimé entendre ses raisons, c’est le seul regret que j’ai. Avait-il peur de ma réaction ? De me perdre ? Que je le vois différemment ?

J’ai su par des amis communs qu’il ne s’était ni marié ni mis en couple avec Martha et qu’il aimerait beaucoup me revoir. Ce que je ne souhaite pas. Je suis trop fragile pour recroiser sa route, même si j’ai refait ma vie et qu’aujourd’hui je suis comblée. Je n’imagine pas vivre avec quelqu’un sans que nos familles ne puissent se rencontrer, sans repas le dimanche à rire et sans vacances en famille de temps en temps. Je rêvais d’avoir une belle-mère avec qui je sois complice, je ne pourrais pas revoir Laurent tout en sachant tout ce que sa mère a mis en oeuvre pour nous séparer. Sans compter que ce jour là bien sûr, quelque chose s’est brisé, quelque chose de précieux, cette magie, cette complicité qui lie les couples solides et qui est presque palpable quand on est en présence de deux personnes qui s’aiment profondément.

J’ai réussi à retrouver ce lien, mais ce n’est pas avec Laurent…