Le projet

Je voudrais qu’on achète des maisons côte à côte.

On prendrait l’apéro ensemble sans arrêt, je viendrais faire des masques dans vos salles de bain et toquer à vos portes quand j’ai le blues. Je vous ferais des yaourts maison et je récupèrerais vos épluchures pour le compost. Vous m’épileriez mes sourcils parce que je ne sais toujours pas le faire. Je vous ramasserais votre linge si je voyais poindre une averse et vous auriez des clefs de chez moi. On couperait le grillage entre les trois maisons pour faire un immense terrain. On sortirait notre mobilier de jardin au moindre rayon de soleil et on se tiendrait la main depuis nos hamacs respectifs, suspendus les uns à côté des autres. Je ferais des litres de mojitos pour nous trois, tu me pousserais à aller courir pour les éliminer et elle dirait qu’elle a la flemme. Je sortirais de chez moi en brandissant du champagne quand on aurait des nouvelles à fêter. Mon chat dormirait sur vos terrasses et squatterait vos canapés parfois. On aurait toujours des idées à partager et on irait chez le tatoueur ensemble. Quand on repartirait chacune chez nous après nos soirées on se dirait « rentre bien » ou « fais attention sur la route ». Et on se marrerait comme des baleines. On pourrait finir rondes comme des culs de pelles, on s’en foutrait. Des fois, je passerais vous prendre pour aller à l’océan. Vous regarderiez au loin comme je vous ai déjà vu le faire et je vous demanderais à quoi vous pensez. Vous me diriez que vous voulez revenir encore et encore.

Je sècherais vos larmes et vous les miennes quand la vie ne nous épargnera pas ou qu’elle sera trop belle pour qu’on les retienne.

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Te souviens-tu ?

Te souviens-tu de nos rêves, quand on avait 15 ans ? On voulait être psy, toutes les deux. Je crois que notre troisième acolyte n’avait aucun plan pour son avenir à ce moment là.
Secrètement tu rêvais de faire des One Woman Show et moi d’écrire des livres. On noircissait des pages de cahiers, pour nourrir nos rêves un peu fous et on se moquait des adultes et de leurs vies bien calibrées. On voulait voyager, encore. Retrouver ces moments magiques qui ont marqué nos vies. Revenir en Irlande, s’envelopper de cette ambiance, s’enivrer de ces instants de liberté.

Parce que le Bac était un objectif secondaire, le seul, le vrai, c’était la liberté.

C’était les bières bues en douce, les cigarettes fumées dans nos cachettes favorites, les baisers volés, les interdits bravés.

Puis on a grandi, la vie nous a fait prendre toutes les trois des chemins différents. On a eu des moments difficiles. Les souvenirs ont continué de vivre, bien qu’ils soient un peu moins clairs. D’année en année ils ont perdu un peu de leurs détails. A chaque date anniversaire on s’est envoyé des messages : « tu te rappelles il y a 1 an… 5 ans… 10 ans ».

On a créé de nouveaux souvenirs, on a souri ensemble en traversant des instants terribles, vous avez été mes piliers souvent. On s’est retrouvées comme au bon vieux temps, à Bergerac, à Bordeaux, à Arcachon, à Paris… Comme si on ne s’était jamais quittées.

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Tu es retourné en Irlande. Nous non.
Mais les émotions, les souvenirs, sont dans nos coeurs et nos mémoires à jamais.
#GrainesDeTsar

Il sera parfait

Depuis gamine, la magie de Noël me transporte chaque année. J’ai toujours aimé décorer le sapin, déballer les lumières et accrocher les boules. Je rentre dans une bulle avec l’attente de l’Avent, l’ouverture des petites fenêtres du calendrier. J’adorais et j’adore encore, regarder ma mère et mes grands-mères cuisiner, les aider parfois, les embêter souvent. J’aime l’odeur de la génoise qui cuit dans le four et qui servira à la confection de la bûche aux marrons. J’aime les chants de Noël, l’euphorie des enfants et même la cohue dans les grands magasins (ceux dans lesquels je n’ai plus le temps d’aller). Tu m’apportes de la neige à Noël et je suis la plus heureuse du monde.

Les Noëls de mon enfance ont tous été beaux. Où qu’ils soient, ils avaient leur part de magie. Je me revois dégommer les personnages de la crèche avec ma petite soeur, juste pour faire râler ma grand-mère. J’ai l’impression que c’était hier que je mettais mes doigts dans les plats pour tout goûter avant de passer à table. Je voudrais encore me retrouver le 24 au soir, dans nos lits avec ma petite soeur, à nous dire : « cette année on ne s’endort pas, on l’attend le Père Noël ! » et nous endormir 10 minutes plus tard.

Au fil des années on prend moins le temps. On grandit, on travaille, on fait le sapin un peu plus tard et quand Noël arrive on se dit juste « déjà ? ».

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Avec les enfants, la magie de Noël est encore plus forte. J’ai eu les larmes aux yeux devant ceux de mon fils émerveillés par notre sapin. « Wahou, l’est beau maman le sapin de Niwel ». Je note chacune de ses réactions devant les catalogues de jouets. Je fais des photos avec mes yeux des instants de préparation, et j’en ferai plein d’autres le jour de Noël, pour garder d’éternels souvenirs. Je cache petit à petit leurs cadeaux et je me prépare aussi…

Car cette année, je sais que Noël aura une saveur particulière. Ce sera le premier Noël de ma fille. Elle ne connaîtra jamais cette fête avec sa famille au complet puisque ce sera aussi le premier Noël sans leurs deux parents. Ça peut sembler futile mais parfois quand j’y pense ça me rend triste. Parce que Noël pour moi c’est la famille. Il n’y aura plus jamais Noël avec la famille de leur papa et de leur maman. Je sais déjà qu’on va me dire que ce sera génial quand même, que ça sera autrement mais tout aussi bien, que le principal c’est l’amour etc. Et j’y travaille.

J’ai envie que ce Noël soit parfait. Et il le sera. Il le sera parce que j’aurais mes deux enfants et ma famille auprès de moi. Parce que j’ai réfléchi, choisi et emballé chaque cadeau avec amour. Parce qu’il y aura des chants de Noël en pagaille. Parce qu’on sera réunis autour d’une table. Parce que la bûche sera encore meilleure que celle des années passées. Parce que je suis bien dans ma vie, que je savoure le quotidien avec mes enfants, même si certains jours sont difficiles. Je sais que Noël sera beau.

Ma petite soeur

Ma petite soeur, ma frangine.

La semaine dernière, je me suis rendue, comme tu le sais si tu suis bien, à mes rendez-vous chez l’obstétricien puis à mon cours d’haptonomie. Ma maternité dépend de l’hôpital pour lequel ma soeur travaille. Elle est infirmière en ambulatoire.
Tu penses bien que ce jour-là, je suis passée la voir avant mes rendez-vous. Avide de découvrir son service, mais effrayée à la fois.
Je n’aime pas les hôpitaux, ils me font peur, me mettent mal à l’aise, me donnent les mains moites. Je pense aux gens qui souffrent et à ceux qui essayent de les soigner. Jusqu’à la naissance de mon Bébé Chouquette, voilà bientôt 18 mois, je n’avais jamais été hospitalisée. JAMAIS. Je me suis toujours arrangée pour ne rien me casser tellement j’ai peur d’être opérée.

Mais ma soeur, c’est tout le contraire. Ces collègues l’ont appelée… et j’ai vu débarquer ma soeur, dans sa blouse et son pantalon beaucoup trop grands pour une nana de 32 kilos, aussi belle soit elle.

Quand elle est arrivée, le sourire aux lèvres, son téléphone du service a sonné, avant même que j’ai eu le temps de lui faire une blague moisie sur ses crocs. Elle s’est mise à parler, de bilans, de ses patients, de taux de si et de résultats de là. Et ma soeur, ses 32 kilos et sa blouse trop grande m’ont impressionnée…

Ce n’était pas la première fois et ce ne sera pas la dernière. Je suis fière de ma soeur. Fière comme si j’y étais pour quelque chose à tout ça. Je n’y suis pour rien, mais j’ai assisté à tout.

Ma soeur a été mon ombre, pendant de nombreuses années, et j’ai été la sienne, autant que faire se peut.

Petites nous avons été plus que complices, je lui ai fait faire les pires bêtises mais j’ai aussi été punie pour des méfaits que je n’avais pas commis. Je l’ai protégée, souvent. Je l’ai jalousée parfois. Je l’ai détestée, rarement. Mais surtout je l’ai aimée, tout le temps.

En grandissant encore, ma soeur reste un soutien, un soutien sauvage, souvent insaisissable, mais un soutien pour les coups durs et les moins durs. Une super « tata » pour Bébé Chouquette, une oreille pour les confidences et une épaule sur laquelle pleurer.

J’espère du plus profond de mon coeur de maman que Bébé Chouquette et Mini Chouquette auront une relation comme la nôtre. Pouvoir compter l’un sur l’autre, faire les 400 coups, se soutenir et s’aimer, quoi qu’il arrive.

 

Avoir une soeur c’est doux et c’est rassurant, comme se mettre sous la couette un soir d’orage en écoutant tomber la pluie dehors.