Organiser son séjour à la maternité quand on a un aîné. Mini Chouquette in progress #9

Pour le premier, c’est comme une évidence, tout est presque trop simple. On s’est répété la scène des dizaines de fois, ça sera comme dans les films : « je vais perdre les eaux, avoir des contractions, on va foncer à la maternité et accueillir notre bébé. » Bon pour ma part, PAS DU TOUT mais de toutes façons ce n’est pas le sujet…

Le sujet, ce serait plutôt : je fais quoi de l’aîné quand le deuxième se pointe ? (ou des aînés quand c’est ou le 3e ou le 4e…)

En bonne bordélique organisée que je suis, j’ai pas mal repoussé cette question fatidique. Je me disais « on verra bien ». Ouais ben en fait non. Tu es obligé d’y penser un minimum. Ne serait-ce que pour des questions de logistiques, les options jours/nuits etc.

Quand c’est une césarienne programmée, c’est presque le plus simple (pour l’aspect garde de l’aîné j’entends, pas pour le reste hein !), tu peux t’organiser à l’avance, voir qui peut être disponible.

Dans notre cas, deux problèmes se sont imposés à nous dès le départ :
– Papa Chouquette est souvent en déplacement et il est dans une période intense au boulot. Donc il ne prend pas son congés paternité de suite, juste les 3 jours à l’accouchement.
– La majorité de notre famille et de nos amis ne sont pas dans le coin (en tous cas pas sur le secteur PROCHE pour pouvoir rappliquer rapidement en cas d’urgence).

Pour les déplacements de Papa Chouquette, c’était (et c’est toujours tant qu’elle n’est pas sortie !) une véritable angoisse. On a tendance à dire que quand on a eu une césarienne pour le premier, si le deuxième arrive par voies basses : « c’est comme pour un premier ». Donc cela induit un travail assez long, donc largement le temps pour le papa de rentrer (il part en déplacement environ à 2 heures de la maison, il a déjà fait plus mais on a eu de la chance, elle n’est pas arrivée pendant ce temps là—> OUF !)
Pourtant j’ai de véritables contre-exemples, des copines qui ont accouché en 20 minutes, c’est rare, certes, mais ça arrive. En l’occurrence ça ne nous arrangerait pas trop hein. Mais ce n’est pas nous qui décidons.

Je me suis quand même rendue compte que le peu de connaissances et de famille que nous avons sur le secteur sont de belles personnes, qu’elles ne nous laissent pas seuls et qu’elles savent se rendre disponibles pour nous. Elles m’ont toutes proposé leur aide, de laisser leur téléphone allumé les nuits d’absence de Papa Chouquette, d’aller récupérer l’aîné à la crèche au besoin, etc.

Donc je sais maintenant que même si je suis seule, je ne le suis pas vraiment et j’ai plusieurs options de jour comme de nuit, plusieurs personnes à contacter en cas d’urgence, et c’est un véritable soulagement.

Oui, parce qu’à côté de ça je me suis rendue compte d’autres « soucis » :
– Si j’avais besoin d’appeler en urgence les pompiers : ils ne prendraient pas l’aîné avec moi ! Ils s’occupent de la maman (c’est déjà pas mal hein) mais ils n’emmènent pas toute la famille à la maternité… Et en plus une fois sur place il est possible que personne ne puisse s’occuper de lui de toutes façons, donc c’est ennuyeux.
– La crèche ferme à 18 heures. Grosse surprise ! Au début de l’année, nous avions vu sur les dossiers des amplitudes horaires de 7h le matin à 19h30 le soir. Que nenni ! Tout le monde quitte les locaux « au plus tard à 18 heures ». Bon j’imagine quand même qu’on ne laisserait pas mon fils sur le trottoir si jamais on était dans l’embarras…

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Voici quelques points auxquels nous avons pensé (enfin surtout moi…) pour simplifier la vie des gens qui devront s’occuper de Petit Chouquette :

  • Laisser ma voiture avec le siège auto à disposition. Cela évite de déplacer un siège auto, c’est super chiant à mettre en place quand on a l’habitude, alors quand on n’a pas d’enfants et qu’on fait ça pour la première fois : bonjour la galère ! Nous avons donc prévu de laisser une clef du véhicule à dispo, les papiers sont dans le pare-soleil (tu peux venir la voler : je suis assurée), le plein d’essence est fait.
  • Remplir les placards de plats tout prêts. Ce n’est pas dans nos habitudes, mais on ne va pas en plus demander aux personnes qui s’occupent gentiment de Petit Chouquette de lui cuisiner un coq au vin… Zéro scrupule donc.
  • Remplir le frigo pour la personne qui s’occupera de lui si jamais elle doit rester quelques jours.
  • Nous avons fait un mode d’emploi de Petit Chouquette ! Ce n’est pas mon idée, c’est la super idée de maman de crapaud, ma grande copine blogueuse qui attend sa Lutin pour le même terme que moi à quelques jours près, et qui a un aîné à faire garder elle aussi. C’est vraiment une bonne idée, c’est hyper rassurant pour les parents de savoir que tout est consigné noir sur blanc pour les habitudes de son enfant. Et d’autre part, qui que ce soit qui garde l’aîné, il ne sera pas perdu.
    J’ai donc noté sur ce mode d’emploi :
    – les horaires des repas, des siestes, du coucher, du bain,
    – où se trouvaient toutes les choses du quotidien dans la maison (stock de couches, stock de nourriture, médicaments au besoin),
    – les infos pour le changer,
    – les habitudes de Petit Chouquette, pour manger, pour aller au lit, en journée,
    – les choses à savoir pour la crèche (horaires, carte à biper, affaires à emporter).

Je pense aussi faire un petit mode d’emploi pour utiliser notre système de chauffage en cas de séjour prolongé. Nous avons un poêle à granulés, bien qu’il fonctionne tout seul une fois programmé, on ne sait jamais, si ça peut éviter à tout le monde de se cailler en cas d’extinction inhabituelle, ça peut être utile !

Si jamais nous avons besoin d’emmener Petit Chouquette chez ma copine nounou, ses sacs sont prêts, avec du rechange et du stock de couches. Il ne restera plus qu’à glisser ses affaires pour la nuit (doudous, gigoteuse, tétine et oreiller).

En bref, nous sommes quand même obligés d’aviser au jour le jour, en fonction des déplacements de Papa Chouquette et de… mon col de l’utérus ! 🙂

Et toi, tu t’étais organisé comment pour ton/tes ainés pendant ton séjour à la maternité ?

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La grossesse expliquée à mon fils… avec des livres !

Quand j’ai découvert que j’étais enceinte, Petit Chouquette fut le premier au courant. Sous le coup de l’émotion, je l’ai pris dans mes bras pour lui dire qu’il allait être grand frère. Ce petit bonhomme de même pas 14 mois, dans moins de 9 mois, serait grand frère.
Nous avons pris le temps de digérer la nouvelle et à l’occasion nous évoquions « le bébé » avec lui. Mais une grossesse c’est long, et encore plus pour un petit garçon de cet âge. Nous avons donc pris le parti de ne pas lui en parler trop souvent, pour ne pas le gonfler et qu’il se mette à attendre un bébé qui n’arriverait pas tout de suite.
J’ai été rassurée qu’à la crèche on me dise qu’il aimait être avec les bébés. Il leur prête son doudou, sa tétine, leur fait des câlins, les observe beaucoup et tente même de les consoler lorsqu’ils pleurent.
A la maison, petit à petit, il est venu faire « toc toc » à mon ventre, puis faire des bisous, des câlins et maintenant il joue à « coucou caché » avec sa future petite soeur et fait des tentatives d’intrusion par mon nombril. Pour le moment, il ne semble pas trop perturbé par cette grossesse, même s’il est indéniable qu’il flaire le changement. Il nous a vu monter la chambre de sa soeur, mon ventre grossit, je le porte moins, je ne me roule plus par terre pour jouer avec lui, c’est la dernière ligne droite.
Nous avons fait passer les choses en douceur, en évoquant la venue de sa petite soeur de temps en temps, il m’a aussi aidée à ranger sa commode, placer ses futurs doudous dans son lit et boucler ma valise de maternité. Petit à petit nous le préparons à la venue de ce petit être qui dans un mois maximum, sera parmi nous.
Naturellement, il m’est venu l’idée d’utiliser des livres comme support pour faire passer ce message autrement. J’ai une formation « métiers du livre », j’ai été libraire, les bouquins font partie de ma vie et de mon quotidien. Et je suis ravie car Petit Chouquette adore les livres ! Il peut passer des heures à feuilleter des albums, des imagiers ou même mes livres de cuisine.
J’ai donc fait un saut en librairie pour choisir quelques ouvrages autour de la grossesse afin d’expliquer à Petit Chouquette de façon imagée ce qui se passait dans mon bidon et l’arrivée de Mini Chouquette.

Voici ma sélection

Alors, je n’aime pas trop donner des âges de lecture pour les enfants. J’estime que ça ne veut pas dire grand chose d’imprimer des tranches d’âge à même la couverture. Chacun avance à son rythme en matière de lecture.
J’ai lu mon premier « pavé » à 9 ans. C’était un Marie Higgins Clark piqué en cachette à mes parents. D’autres enfants ont moins le goût de la lecture, mais ils auront peut-être envie de lire « oui-oui » à 13 ans, et alors ? Du moment qu’ils lisent, pourquoi risquer de les freiner dans un sens comme dans l’autre avec un âge imprimé dessus ? Bref c’était la parenthèse libraire !

Pour autant, certains livres seront quand même plus adaptés aux plus grands et d’autres aux plus petits, en fonction des dessins, de la quantité de texte, du vocabulaire employé ou de l’histoire elle-même. Donc je vais quand même donner un ordre d’idée du public auquel s’adressent à priori ces ouvrages.

Pour les « petits pitchouns » :

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-« Et dedans il y a… » de Jeanne Ashbé et la suite (qui n’en est pas vraiment une mais pour moi ces deux ouvrages fonctionnent ensemble…) :

photo 4 – « Et après il y aura… » du même auteur.  Collection Pastel aux éditions l’Ecole des loisirs.

Ce sont deux livres extrêmement bien faits, avec des petits volets pour expliquer aux plus petits ce qui se passe dans le ventre de leur maman et ce qui se passera une fois que leur petit frère ou petite soeur sera là.
Chaque album est divisé en chapitres.

« Et dedans il y a… » 
Le premier et deuxième chapitres proposent des objets de la vie de tous les jours et des petits volets à ouvrir afin de découvrir ce qui se trouve à l’intérieur de ces objets.
Dans le dernier chapitre, on découvre sous les volets ce qui se passe dans le ventre de mamans au fil des trimestres, avec le bébé qui grandit.

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« Et après il y aura… »
Le premier et deuxième chapitres proposent des objets ou des situations du quotidien, sous les volets on découvre ce qui se passe « après ».
Dans le troisième et dernier chapitre, on découvre avec les rituels du quotidien (le goûter, le bain…) ce qui se passera quand le bébé sera né, ce qui va changer et ce qui ne changera pas.

et dedans il y a jeanne ashbé

Mon avis

Pour te donner une idée, ces deux ouvrages semblent parfaitement adaptés à l’âge de Petit Chouquette (il aura 2 ans en avril, donc avant 2 ans c’est parfait mais cela peut être adapté jusqu’à bien plus tard). Les textes sont simples, les illustrations sont douces. J’adore l’idée des petits volets, je savais que ça plairait beaucoup à Petit Chouquette qui est justement en plein dans la longue phase du « coucou caché ». Bref ce sont deux livres que je recommande vivement, pour les plus jeunes et même pour les plus grands, pourquoi pas à offrir à une future multipare !

L’avis de Petit Chouquette

Ok il ne parle pas encore, mais je peux interpréter ses réactions quand même hein… Et il a adoré. Comme les livres sont courts, il reste bien concentré de bout en bout. Nous les avons lus ensemble, puis il les a feuilletés tout seul pendant de longs moments. Ce qui m’a permis de vérifier la solidité des volets (team gros bourrin !), verdict : ça tient le coup ! Mon seul regret c’est de ne pas les lui avoir mis plus tôt entre les mains.

Pour « les petits-moyens »

il y a une maison dans ma maman

« Il y a une maison dans ma maman » de Giles Andreae et Vanessa Cabban. Collection tu me lis une histoire aux éditions Gautier Languereau. (NDLM : l’éditeur précise 3-6 ans, si tu as 7 ans et que tu veux le lire, mais que tu vois cet imprimé, ça te coupe un peu la chique…)

La quatrième de couv’ résume très bien ce petit album souple : « Il y a une maison dans ma maman, avec un bébé qui grandit dedans. Mon papa dit que, moi aussi, j’ai habité dans cet endroit. Mais ça fait si longtemps que je ne m’en souviens pas ! »

Des illustrations à la fois douces et colorées, un texte assez court (mais plus long que celui des Jeanne Ashbé par exemple, on voit que le contenu est un peu plus élaboré).

il y a une maison dans ma maman

Mon avis

J’ai beaucoup aimé l’histoire, la comparaison rassurante entre la maison et le ventre de maman. Les illustrations sont adorables, reprennent des scènes du quotidien dans lesquelles l’enfant peut facilement s’identifier. Petit Chouquette reproduisait les illustrations en me soulevant le t-shirt ou en faisant des bisous sur mon ventre, preuve qu’il a bien pigé l’histoire (et pourtant il n’a pas 3 ans—> ok je suis relou avec cette histoire d’âge sur les livres mais c’est juste pour montrer que ça n’a pas un grand intérêt. Il vaut mieux se fier aux conseils de son libraire !) Beaucoup de douceur et de tendresse se dégagent de ce livre.

L’avis de Petit Chouquette

Il a beaucoup aimé, bien suivi l’histoire, bien regardé les images et j’ai constaté qu’il en faisait une « deuxième lecture ». Il repère les petits objets au fil les pages (le camion, le tambour, le ballon, le chausson), ce qui permet aussi de développer son vocabulaire et de ne pas rester QUE sur le côté « maman va avoir un bébé ».

Pour les « petits-grands »

un bébé dans le ventre de maman

« Un bébé, dans le ventre de maman ? » de Stephanie Blake aux éditions l’Ecole des Loisirs.

Une nouvelle aventure du petit lapin Simon, personnage phare qu’on ne présente plus ! (Si ?)
Simon et Gaspard jouent tranquillement aux petites voitures quand leurs parents viennent leur annoncer une grande nouvelle : il y a un petit bébé dans le ventre de leur maman.
La grande question suivra :  « comment on fait les bébés ? » Un album pour les petits-grands donc, en âge de se poser la question (ce n’est pas encore le cas pour Petit Chouquette, les enfants sont de plus en plus précoces, certes, mais faut pas déconner non plus).un bébé dans le ventre de maman

Mon avis

Un album très drôle, un sujet embarrassant bien traité et des dialogues à la fois spontanés et irrésistibles, un super album pour les plus grands. (Simon va à l’école, donc déjà ça donne un indice pour le public visé). J’ai beaucoup aimé même s’il n’est clairement pas adapté à mon fils, j’en avais conscience et c’est un choix « pour moi », pour rire et puis pour plus tard peut-être, si un jour un 3ème bébé vient nous rejoindre !

L’avis de Petit Chouquette

Alors lui, forcément, il n’a vu que les lapins, parce qu’ils sont drôles et mignons. Il a reconnu le papa et la maman, j’ai arrangé l’histoire à ma sauce et il a apprécié, semble-t-il, feuilleter l’album tout seul ensuite en rigolant avec les lapinous…  Mais ça ne va pas plus loin.

Bilan de nos lectures

Gros coup de coeur pour les Jeanne Ashbé, chaudement recommandés par la libraire près de chez moi mais aussi par de nombreuses personnes ensuite (dont ma super copine parisienne et libraire : Inès). Je ne regrette pas d’avoir patienté pour que la libraire me les commande (il ne restait en rayon que « Et après il y aura… » et un des volets était déchiré), mon seul regret c’est de ne pas les avoir achetés plus tôt !

« Il y a une maison dans ma maman » est un livre très poétique, la double lecture est intéressante pour les plus jeunes et les moins jeunes. Plein de tendresse et une jolie métaphore entre la maison et le ventre de maman qui protège le bébé.

Pour ceux qui ont des enfants plus âgés, qui se poseraient aussi la question du « comment on fait les bébés »  le Stephanie Blake est vraiment drôle, c’est une nouvelle aventure pour Simon qui ravira petits et grands.

Pour compléter ces lectures, j’ai adoré un livre que des amies m’ont offert pour la naissance de notre aîné « Mamangue et Papaye » De Lydia Gaudin Chakrabarty aux éditions Chandeigne. un magnifique livre cartonné recto-verso avec d’un côté Mamangue et de l’autre Papaye, où les parents, la maternité,/paternité sont symbolisés par des fruits. Une très bonne idée de cadeau pour les parents et futur parents, doux et poétique, un petit bijou.

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Source : éditions chandeigne

Il existe de trèèès nombreux ouvrages sur le sujet, j’aurais pu repartir avec le rayon, et vous quels ont été vos choix pour expliquer la grossesse et l’arrivée de bébé à votre aîné (vos aînés) ?

Plus tard, j’achèterai « En t’attendant » d’Emilie Vast pour expliquer à nos enfants comment c’était juste avant eux…

L’annonce

10 juin 2014.

Je me lève encore une fois avec l’impression de ne pas avoir dormi une seule seconde. Cela fait quelques jours que ça dure. Je me sens bizarre. Et je me suis déjà sentie comme ça. C’était il y a un peu moins de deux ans. Au fond de moi je le sais : je suis enceinte. J’ai déjà fait un test de grossesse voilà quelques jours, parce que je me sentais différente. Il était négatif alors je ne t’ai rien dit. Impossible de me baser à mes règles, j’ai une pilule micro dosée en continue et elles se pointent seulement de temps en temps, quand elles veulent. Difficile donc de noter un retard quelconque, d’habitude je ne me pose pas de questions. Pourtant cette fois-ci c’est différent. Je sais que ce test était négatif uniquement parce que les hormones n’avaient pas eu le temps de faire leur boulot. Je me connais bien. Ma pilule ne bloque pas l’ovulation, je sais exactement à quel moment j’ai ovulé et je sais même de quel côté. D’ailleurs, je te dirai ça avant l’échographie et tu me prendras pour une folle. Pourtant le médecin le confirmera « côté droit ». A partir de ce moment là tu ne douteras plus de mes ressentis.

Le 10 juin, c’est un jour pas comme les autres. Nous fêtons nos 9 ans de rencontre.
Je passe la matinée à peaufiner ton cadeau. Et ce n’était pas prévu mais tu en auras même un deuxième…

Vers 11h30, je ne tiens plus, je descends à la pharmacie avec Petit Chouquette acheter un second test de grossesse. Je m’enferme dans les toilettes. Je respire un grand coup et j’urine sur le batonnet. Notre fils gratte à la porte « maman ? maman ? » J’attends. J’attends. Quand tout à coup, timidement, je vois apparaître le deuxième trait. Il est pâle, on le devine au début, puis il fonce légèrement. Moins franc que pour Petit Chouquette, le trait est plus discret. Je sens les larmes monter, évidemment. Je pose une main sur mon ventre. Ce que je soupçonnais depuis des jours s’avère enfin : je suis enceinte.
Je sors des toilettes, le test à la main. Petit Chouquette me regarde avec un air interrogateur :
 » Maman ? » Je le prends dans mes bras et le serre fort contre moi : « mon chat, tu vas être grand frère ».
Je ne peux pas m’empêcher de pleurer. Je suis émue, mais aussi surprise, choquée et apeurée. Une grossesse sous pilule, une grossesse surprise. Nous avions tous les deux envie d’une deuxième enfant, mais pas maintenant, pas tout de suite. Notre maison n’était pas terminée (loin de là !), je n’avais pas encore retrouvé de travail, la situation nous semblait encore trop instable pour accueillir un deuxième enfant dans de bonnes conditions, sans stress. Mais la vie en avait décidé autrement.
Il allait quand même falloir te l’annoncer. Et j’avais peur. J’avais peur parce que j’étais celle qui avait remis sur le tapis le sujet du deuxième bébé quelques semaines plus tôt. J’en parlais en plaisantant, pour voir l’effet que ça te faisait, comment ça sonnait dans ma bouche. Mais là c’était bien réel, c’était concret, un bébé faisait son nid dans mon ventre, fruit du hasard et du destin. J’avais peur que tu penses que j’avais prémédité tout ça, que tu imagines que je n’avais pas été sérieuse avec la prise de ma pilule.

Moi, la professionnelle des annonces théâtrales, de ces annonces originales ou farfelues dont on se souvient toute sa vie, je ne savais absolument pas comment j’allais m’y prendre. Est-ce que je devais te l’annoncer dans 5 minutes ? Quand tu passerais la porte pour ta pause du midi ? Ou attendre jusqu’au soir, réfléchir aux bons mots, quand nous serions seuls, tous les deux au restaurant pour fêter nos 9 ans ? Devais-je prendre le risque, au milieu du repas, que tu t’étouffes avec ton pavé de boeuf sauce au poivre ? Ou balancer quand le serveur prendrait la commande « non pas de champagne pour moi, au fait chéri, je suis enceinte » ? Et c’est quand j’ai croisé mon reflet dans le miroir que je me suis décidée. Les yeux rougis par les larmes, je ne pouvais pas faire comme si de rien n’était. J’allais devoir mettre les pieds dans le plat, à l’heure du déjeuner (lol). Bouleversée et dans l’urgence, j’enferme le test de grossesse dans une enveloppe. Et j’attends.

Quelques instants plus tard, tu rentres dans l’appartement, un bouquet de roses rouges à la main. Je suis là sur le canapé. Je suis déjà émue. Tu mets ça sur le compte des fleurs « Il y en a 9, parce que ça fait 9 ans ». Je trouve ça touchant, je t’embrasse et te remets ton premier cadeau, celui qui était prévu. Une séance de flylev, tu es emballé. Puis je t’annonce timidement, « j’ai un deuxième cadeau, moi aussi c’est en rapport avec 9… » Je laisse ma phrase en suspend, en te tendant l’enveloppe. Tu me regardes droit dans les yeux en l’ouvrant. Tu t’empares du test, et tu comprends, je termine : « …9 mois… Dans 9 mois, nous serons quatre ». Tu pâlis et tu te mets à trembler. Comment aurait-il pu en être autrement ? Ton fils te grimpe sur les genoux, tu ne réagis pas, tu es en état de choc, au bord de l’évanouissement.

Ce midi là, ni toi ni moi n’avons touché à nos assiettes. Nous étions silencieux, face à face, perdus dans nos pensées. C’est toi qui ouvriras à nouveau la discussion « mais comment c’est possible ? » Je te répondrais que je n’en ai aucune idée. Tu expliqueras plus tard à ceux qui nous poseront la question « ce n’est pas que ce n’était pas voulu, c’est que ce n’était pas prévu. » L’après-midi, nous nous enverrons des SMS toutes les 10 minutes, tu me diras que tu n’arrives pas à travailler et que tu ne réalises pas.

Ce n’est que le soir, au restaurant, que nous digérerons (relol) la nouvelle « on va s’en sortir Charly, ce n’est qu’un problème de timing et on s’en sort toujours ». Et à cet instant nous serons heureux.

J’aurais voulu trouver, comme pour Petit Chouquette, un petit truc en plus pour te l’annoncer. Et puis finalement non, tu n’es pas prêt d’oublier ce 10 juin 2014.

C’était un jour symbolique pour nous, un anniversaire de rencontre qui gardera une saveur particulière, celle de la surprise.

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Le chant des sirènes

Alors qu’elle est nue dans la salle de bain pour prendre sa douche, elle sent qu’elles arrivent, comme ça, subitement. Elle ouvre le robinet et se laisse emporter par un torrent de larmes qui se mêlent à l’eau chaude. Elle tangue, chavire ; obligée de s’appuyer contre les parois pour ne pas s’échouer. Secouée par des sanglots qui vont et viennent, énormes tsunamis emportant tout sur leur passage, elle ne peut pas s’arrêter. Elle se noie dans les vagues d’émotions qu’elle refoule depuis de longues semaines. Un océan de doutes, de questions et d’angoisses.

Je crois bien qu’à cet instant, dans la tempête, elle réalise.

Des flots de pensées se déversent alors sur elle. Elle percute qu’elle doit profiter chaque seconde de son ventre rond puisque bientôt il ne sera plus là, mais elle aura un bébé à la place. Un nouveau né c’est petit, c’est fragile, elle n’est même plus sûre de savoir comment on fait. Ce petit être ne sera plus dans sa bulle, dans ses eaux. Elle réalise que son fils vit ses dernières semaines d’enfant unique et qu’il va être grand frère.
Elle a peur. Peur de ce raz de marée. Peur de ne pas s’en sortir, peur de ne pas distribuer assez d’amour à tout le monde. Peur de ne pas assurer. Elle est comme ça, elle doute, mais elle s’en sort toujours.

Dans 5 semaines tout au plus, sa vie, leurs vies vont changer de cap.

écume plage

Et si elle n’était pas prête à embarquer pour tout ça ? Pourtant elle ne peut plus reculer. Il faut qu’elle finisse la liste de naissance. Qu’elle boucle sa valise de maternité. Qu’elle prépare les affaires. Elle a de la paperasse à renvoyer, des coups de fils à passer, avant d’arriver au port.

J’ose un mouvement dans la houle. Elle me répond par une caresse. Elle regagne le rivage. Petit à petit l’océan se retire, laissant derrière lui l’écume de ses pensées et ses yeux rougis.

Les yeux de ma mère.