Mini Chouquette est arrivée, sans se presser…

AVERTISSEMENT : Si tu es enceinte, je te conseille de t’arrêter après la deuxième partie et d’éviter la fin de cette histoire…

 

Cela aurait pu être un mercredi soir comme les autres, lui et moi sur le canapé, attablés devant la télé, le grand au lit depuis une heure déjà… et pourtant il n’en fut rien.

21h20 : je me liquéfie. J’ai juste le temps de me lever du canapé (bon réflexe, un canapé tout neuf, je ne m’en serais jamais remise) : je perds les eaux. Je suis surexcitée. Papa Chouquette me demande si je suis sûre de ne pas m’être fait pipi dessus. J’avoue que cela m’a traversé l’esprit. Mais au fond je sais que non. Je sais que c’est ça.
Ni une ni deux, j’appelle ma super-sage-femme-libérale : « et maintenant je fais quoi ? » Elle me rassure, j’ai deux heures devant moi pour me bouger et déclencher des contractions avant de partir à la maternité où ils me garderont.
Je me mets sur mon ballon, je fais des exercices dans tous les sens et je n’arrive pas à décrocher un sourire débile de mon visage.
J’appelle ensuite ma super-copine-nounou pour lui dire que je vais débarquer d’un moment à l’autre avec mon Petit Chouquette sous le bras. Je termine de préparer les affaires dudit Chouquette et nous partons, excités comme des puces et heureux. Dans la voiture, Petit Chouquette nous fait la conversation, il est tout content et ne semble pas perturbé le moins du monde par son réveil précipité et cette situation pourtant inhabituelle. Une fois le Chouq déposé, nous fonçons à la maternité.

Si nous avions été dans un film américain, voici comment cela se serait passé.

23h00 : Nous arrivons à la maternité, j’ai des contractions régulières et rapprochées, mais elles ne sont pas si douloureuses que ça, j’arrive à bien gérer. Je respire, « la contraction est une vague », j’expire. Nous mettons en pratique les leçons d’haptonomie.
J’ai un air niais et Papa Chouquette aussi.
Je suis examinée par les sages-femmes, mon col est déjà bien dilaté. L’accouchement ne devrait pas durer trop longtemps.
On me propose la péridurale et je la refuse, je gère bien.
Je serre fort la main de Papa Chouquette qui me soutient du mieux qu’il peut.

23h30 : je poursuis le travail en baignoire, l’eau soulage les contractions et je me sens bien. J’ai toujours rêvé d’accoucher dans l’eau, faire une partie du travail en baignoire c’est déjà pas si mal non ?

00h00 : mon col est complètement dilaté, nous passons en salle de naissance.
J’inspire, je souffle, je pousse.

00h10 : En 4 poussées ma fille est dehors, c’est le plus beau bébé de la terre, tout le monde pleure, nous avons enfin un prénom et notre trésor dans les bras.
Et en plus elle est née le même jour que sa marraine.

Capture d’écran 2015-03-01 à 16.48.53

Edward Cullen aurait aussi pu me faire une césarienne avec les dents…

Mais nous ne sommes pas dans un film américain.

23h00 : nous arrivons à la maternité, je n’ai toujours pas de contractions. Je suis examinée par une sage-femme qui veut vérifier que j’ai bien rompu la poche des eaux et qu’il ne s’agit pas d’hydrorrhées.
« Je n’ai pas la moindre idée de ce dont il s’agit, tu peux nous éclairer Jammy ?
– Eh bien figure-toi Fred, que ce sont des pertes semblables à de l’eau, qui peuvent te faire penser que tu as perdu les eaux, et en fait il n’en est rien. »
C_EST_PAS_SORCIER-Jamy-et-F
J’ai donc commencé à envisager le fait d’être là pour rien, d’avoir mené un trafic nocturne pas possible pour des prunes et de devoir rentrer chez moi dans la minute. Ce qui expliquerait que je n’ai pas de contractions régulières. Après un rapide examen, elle me confirme qu’il s’agit bien d’une rupture de la poche des eaux. Ouf ! A partir de ce moment là, je sais que je n’ai que quelques jours devant moi pour me mettre en travail toute seule. On ne me déclenchera pas, la poche des eaux est rompue, si rien ne se passe, j’aurai une césarienne. Encore. Et je ne veux pas.

Mais voilà, je n’ai toujours pas de contractions assez fortes ou régulières, mon col s’est modifié mais pas de façon assez significative. Ce sera peut-être pour cette nuit ? En attendant nous passons en chambre, Papa Chouquette et moi, pour patienter jusqu’à l’arrivée des contractions…

Vers 4 heures du matin, je commence à avoir des contractions plus fortes et plus régulières. Je suis toute contente de l’annoncer à la sage-femme qui passe me visiter le matin. Elle affiche un air sceptique en mode « t’as pas l’air d’avoir bien mal cocotte ». Elle me pose la fameuse question que je vais entendre des dizaines de fois en quelques jours
« Sur une échelle de 1 à 10, vous avez mal comment ?
– Euh ben je sais pas.
– Zéro vous n’avez pas mal du tout et 10 on vous arrache un bras.
– Ben on ne m’a jamais arraché un bras… »
Je déteste cette question. Je ne sais pas y répondre. Pour moi il existe des douleurs qui sont réservés aux gens qui souffrent vraiment. A ceux qui sont atteints de maladies graves, incurables, et qui souffriront toute leur vie. Pour moi ces douleurs sont entre 7 et 10. Je ne peux pas avoir plus mal qu’eux. Et là en plus je sais que je vais avoir plus mal que ça quand je serai en fin de travail. Donc je me décide pour un 2,5. Elle rigole presque. C’est bien ce qu’elle pensait : je n’ai pas assez mal. Elle ne m’examine même pas. Sauf que si elle attend que je me plaigne elle va attendre longtemps la dame.

10heures : on se décide enfin à nous renvoyer en salle pour un examen.
Mon col a vaguement bougé… Mais les contractions sont en train de diminuer et de s’espacer.
Je désespère…
L’après-midi, nous marchons. Pendant des heures. Dans l’hôpital, dehors, je monte je descends les escaliers. Nous montons même tout en haut des 5 étages de la maternité à proximité du toit terrasse, puis nous faisons un parcours de santé, plusieurs fois.
En fin d’après-midi, je trouve un mot dans ma chambre, je dois me rendre en salle d’examen.

L’examen est assez douloureux. J’en ai marre. Cela va faire 24heures que je suis à la maternité et que rien n’a vraiment évolué. Mon col est toujours postérieur. Il est derrière la tête du bébé. La sage-femme doit donc l’attraper et tirer dessus pour vérifier son évolution. Il n’y en a aucune. Elle me fait un décollement des membranes pour essayer de faire bouger les choses, puis elle sort de la pièce.

Je m’effondre pour la première fois. Je sens que quelque chose ne va pas. Je suis dépitée que les contractions ne se mettent pas en route. Pourquoi ? Pourquoi mon corps ne me répond plus ? La poche des eaux est rompue, c’est le signal bon sang, faut que ça se mette ne route !!!
En sortant, je croise la sage-femme avec laquelle nous faisions les séances d’haptonomie, j’ai honte aujourd’hui, mais je l’ai à peine saluée, trop occupée à me vider de mes larmes.

Nous revenons dans notre chambre. La sage-femme du soir et de la nuit vient se présenter. Elle n’est pas sympathique. Elle me demande où ça en est. Je lui explique ce que nous avons fait dans la journée. Elle me dit que c’était inutile et presque idiot, qu’il faut laisser faire la nature et que je ferai bien d’aller me coucher tôt… Gloups. En même temps elle n’a pas tord. plus de 36 heures que nous n’avons pas fermé l’oeil. Les exercices de l’après-midi n’ont pas été concluants. Il faut que je me repose.
J’ai la visite de ma soeur. Puis en début de soirée, vers 21heures, je commence à avoir des contractions. Nous chronométrons avec Papa Chouquette. Elles montent vite en intensité, elles se rapprochent plus doucement. Je gère très bien la situation…Jusqu’à 4 heures 30 du matin. La douleur devient insoutenable, les contractions reviennent toutes les 2 minutes à peine, j’ai l’impression de ne pas avoir de temps de repos, je me dis que c’est peut-être la fin, que ma fille va être bientôt là ?

4h30 : Nous appelons la sage-femme. Je ne peux même pas lui expliquer ce qui se passe tellement j’ai mal. Papa Chouquette s’en charge. Elle garde son air pas sympathique et sceptique quant à ma douleur. « Sur une échelle de 1 à 10, vous avez mal comment ? » J’ose un 4. J’ai vraiment très mal. Je pense que je n’ai jamais eu aussi mal de ma vie en fait. Elle me pose un monitoring, pour 30 minutes. Je ne sais même pas comment j’ai pu tenir ces 30 minutes supplémentaires. La sage-femme revient d’ailleurs avant la fin pour me dire que ces contractions sont inhabituelles, que leur intensité serait celle des contractions de fin de travail mais que mon utérus ne décontracte pas. Elle veut m’examiner. C’est une véritable horreur parce qu’elle ne peut pas le faire « entre deux contractions », il n’y a plus d’entre deux. Je contracte tout le temps. Elle n’arrive pas à attraper mon col. Papa Chouquette ose même lui dire d’arrêter, que c’est de la torture. Pourtant elle continue, il faut qu’elle sache où en est mon col. Et il n’a pas évolué…
La sage-femme repart, et revient, plus de 45 minutes plus tard, avec une piqûre. Elle a discuté avec sa collègue (j’aurais aimé que la discussion soit plus rapide, je me demande si elles ont pris le temps de fumer des clopes et de boire un café…) et il faut arrêter les contractions : elles sont inefficaces, mon col ne s’ouvrira pas.
C’est la douche froide. Des heures de souffrance pour rien. Je comprends à ce moment là que le lendemain matin, je partirai au bloc pour une césarienne. Mais étrangement, je suis soulagée. J’avais compris que quelque chose n’allait pas, il fallait que ça s’arrête. Moins d’une minute après l’injection, je n’ai plus aucune contraction. Nous sommes tellement fatigués que nous préférons ne pas réfléchir au lendemain. Nous dormons. Peut-être une heure ou deux.

Le lendemain matin à 8heures, une auxiliaire adorable vient nous réveiller doucement, elle me demande si je sais ce qui va se passer, je suis vaseuse et je ne comprends rien. Puis une sage-femme survoltée entre dans la chambre avec un flacon de bétadine pour que j’aille me doucher. Cette fois-ci c’est sûr, l’affaire est pliée : le bloc m’attend et je suis la première césarienne de la journée. Je ne réalise pas. Je pleure. Je pleure de joie parce que je vais enfin rencontrer ma fille mais aussi de déception, j’aurais tellement aimé accoucher naturellement. J’ai peur.
J’ai la visite d’un anesthésiste qui demande à ce qu’on m’envoie une balance, il ne peut pas croire que j’ai pris si peu de poids pendant ma grossesse. Pourtant la balance le lui confirme.
Le brancardier arrive, Papa Chouquette part s’équiper, nous allons au bloc. J’ai peur. L’infirmier pense que le tremble de froid mais il se trompe. Je ne dis rien. Je reste dans ma bulle pour ne pas être gagnée par la panique. Je reconnais les appareils, je les ai vu moins de 2 ans plus tôt pour la naissance de mon fils. Quand il s’agit du bloc, toutes les maternités se ressemblent visiblement…

Les infirmières me parlent de mon mini ventre, elles n’en reviennent : je serai plus mince après l’accouchement qu’avant la grossesse. Oui oui…

Papa Chouquette rentre dans la pièce, il doit être environ 10 heures. L’auxiliaire nous distrait pour ne pas écouter ce qui se passe de l’autre côté du champ opératoire. J’entends quand même un « oh putain » et plusieurs « oh lala ». J’essaye de ne pas paniquer.

10h10 : la voilà. J’entends pleurer Mini Chouquette et instantanément je me mets à pleurer aussi. Je suis tellement émue, soulagée et fatiguée à la fois que les larmes ne s’arrêtent pas de couler. Je répète à Papa Chouquette que je l’aime et l’auxiliaire baisse légèrement le champ pour que nous puissions voir notre fille. Puis la sage-femme me l’amène près de moi pour que je puisse lui faire un bisou. Après lui avoir mis un magnifique bonnet haute couture, elle revient la poser contre moi, tout le reste de la durée de l’opération. Nous sommes tous les trois, nous sommes bien. Mini Chouquette rampe contre moi et cherche instinctivement à téter. C’est un moment magique malgré les conditions.

naissance mini chouquette

Sur l’échelle du bonheur, je suis à 10, ça c’est sûr…

Advertisements

14 réflexions sur “Mini Chouquette est arrivée, sans se presser…

  1. Je suis enceinte mais j’ai quand même lu jusqu’au bout 😉 En même temps, c’est mon troiz (une césa pour la 1ère et une VB pour le second). Pfft, j’avais cru une seconde à la version idyllique. Je suis navrée pour toi que le travail ce soit mal passé. La césa n’est pas un drame en soi (enfin, c’est une grande déception qu’il faut gérer mais c’est pas comme si on avait le choix), par contre quitte à en avoir une, mieux vaut avoir l’avoir tout de suite qu’après des heures de travail pour rien et d’épuisement 😦 Pour ma fille j’ai eu la « chance » de l’avoir d’emblée parce que perte des eaux/pas de travail/bébé en siège (j’étais dans une clinique ultra classique/tradi où on n’attend pas dans ce cas-là). J’espère que l’hapto t’a quand même un peu aidée, notamment pour gérer le stress avant la césa. Et félicitations pour cette petite chouquette. A l’occasion, j’aimerais bien connaître son prénom 😉

    J'aime

  2. Félicitations et bienvenue a mini Choquette! L’important, c’est qu vous soyez en bonne santé toutes les deux. Aucun de mes 5 n’est né comme dans les films américains, mais ils vont bien!

    J'aime

  3. Oulà difficile oui ! Et au niveau fatigue aie….. J’attends mon 2e (aussi une petite fille après un petit gars) et elle devrait être là d’ici 2 mois et demi… Pas pu résister à lire l’article en entier quand même ! arghhhh

    J'aime

  4. J’en ai les larmes aux yeux.
    Je trouve ça terrible que l’équipe soignante n’ait pas été capable de t’accompagner comme elle le devait.
    La naissance de ma deuxième a commencé comme la tienne mais ils ont pu me mettre quelque chose pour faire commencer le travail (qui 24h après n’avait pas du tout commencé, pas une seul contraction !) et aider mon col à évoluer. Je connais cette sensation étrange dont tu ne parles pas d’être dans un service avec plein de nouveaux nés qui tu entends pleurer de temps en temps alors que le tien n’est pas encore là (et où tu bénis la chambre simple…). Je connais cette sensation de se demander ce que fout ton corps, qu’est-ce qu’il attend. Je connais la douleur dont tu parles… mais pas cette déception / frustration mêlée de soulagement que tu décris.
    Bien sûr, l’important c’est la bonne santé, mais un accouchement traumatisant n’est pas à minimiser. Surtout pas !
    Tu as fait de l’hapto, mets le à profits pour rester proche de ton enfant et ne pas en vouloir à ton corps. Parle de tes doutes et de tout ce que tu as pu ressentir à ta fille car elle a tout ressenti en même temps que toi sans le comprendre. Raconte lui, pleure avec elle de ces douleurs inutiles, de cette peur, de cette inquiétude. Ne laisse pas ton entourage minimiser cette épreuve sous prétexte que ça s’est « bien fini ». Surtout ne garde pas pour toi.
    J’ai vécu mon premier accouchement comme une catastrophe (même si c’était une voie basse) et ce n’est qu’après la naissance de mon deuxième enfant que j’ai compris à quel point cette expérience avait nuit à ma relation avec mon fils, à mon amour pour lui.
    Si tu veux en parler, n’hésite pas à me contacter. Nous ne nous connaissons pas, mais si tu n’as pas mieux, je suis là ^^
    Pour finir, bienvenue à Mini Chouquette et bon courage à vous 4 pour les semaines à venir. Ici, on fini tout juste le « quatrième trimestre »…
    Violette.

    J'aime

  5. et meeeeeeeerde je n’ai pas suivi le conseil du début et j’ai tout lu
    C’est un magnifique récit, je suis déçu pour toi que tu n’es pas eu l’accouchement que tu souhaitais, mais tu as eu une magnifique poupette en pleine forme c’est tout ce qu’il faut se rappeler !!

    des bisouuuus

    J'aime

  6. Quelle épopée…Tout le monde va bien c’est finalement le plus important^^ Félicitations et bienvenue à votre puce^^

    J'aime

  7. Magnifique témoignage, j’en ai les larmes aux yeux
    Cela n’a pas dut etre facile a gérer mais tout se fini bien… Comme dans les films américains 😉

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s