L’annonce

10 juin 2014.

Je me lève encore une fois avec l’impression de ne pas avoir dormi une seule seconde. Cela fait quelques jours que ça dure. Je me sens bizarre. Et je me suis déjà sentie comme ça. C’était il y a un peu moins de deux ans. Au fond de moi je le sais : je suis enceinte. J’ai déjà fait un test de grossesse voilà quelques jours, parce que je me sentais différente. Il était négatif alors je ne t’ai rien dit. Impossible de me baser à mes règles, j’ai une pilule micro dosée en continue et elles se pointent seulement de temps en temps, quand elles veulent. Difficile donc de noter un retard quelconque, d’habitude je ne me pose pas de questions. Pourtant cette fois-ci c’est différent. Je sais que ce test était négatif uniquement parce que les hormones n’avaient pas eu le temps de faire leur boulot. Je me connais bien. Ma pilule ne bloque pas l’ovulation, je sais exactement à quel moment j’ai ovulé et je sais même de quel côté. D’ailleurs, je te dirai ça avant l’échographie et tu me prendras pour une folle. Pourtant le médecin le confirmera « côté droit ». A partir de ce moment là tu ne douteras plus de mes ressentis.

Le 10 juin, c’est un jour pas comme les autres. Nous fêtons nos 9 ans de rencontre.
Je passe la matinée à peaufiner ton cadeau. Et ce n’était pas prévu mais tu en auras même un deuxième…

Vers 11h30, je ne tiens plus, je descends à la pharmacie avec Petit Chouquette acheter un second test de grossesse. Je m’enferme dans les toilettes. Je respire un grand coup et j’urine sur le batonnet. Notre fils gratte à la porte « maman ? maman ? » J’attends. J’attends. Quand tout à coup, timidement, je vois apparaître le deuxième trait. Il est pâle, on le devine au début, puis il fonce légèrement. Moins franc que pour Petit Chouquette, le trait est plus discret. Je sens les larmes monter, évidemment. Je pose une main sur mon ventre. Ce que je soupçonnais depuis des jours s’avère enfin : je suis enceinte.
Je sors des toilettes, le test à la main. Petit Chouquette me regarde avec un air interrogateur :
 » Maman ? » Je le prends dans mes bras et le serre fort contre moi : « mon chat, tu vas être grand frère ».
Je ne peux pas m’empêcher de pleurer. Je suis émue, mais aussi surprise, choquée et apeurée. Une grossesse sous pilule, une grossesse surprise. Nous avions tous les deux envie d’une deuxième enfant, mais pas maintenant, pas tout de suite. Notre maison n’était pas terminée (loin de là !), je n’avais pas encore retrouvé de travail, la situation nous semblait encore trop instable pour accueillir un deuxième enfant dans de bonnes conditions, sans stress. Mais la vie en avait décidé autrement.
Il allait quand même falloir te l’annoncer. Et j’avais peur. J’avais peur parce que j’étais celle qui avait remis sur le tapis le sujet du deuxième bébé quelques semaines plus tôt. J’en parlais en plaisantant, pour voir l’effet que ça te faisait, comment ça sonnait dans ma bouche. Mais là c’était bien réel, c’était concret, un bébé faisait son nid dans mon ventre, fruit du hasard et du destin. J’avais peur que tu penses que j’avais prémédité tout ça, que tu imagines que je n’avais pas été sérieuse avec la prise de ma pilule.

Moi, la professionnelle des annonces théâtrales, de ces annonces originales ou farfelues dont on se souvient toute sa vie, je ne savais absolument pas comment j’allais m’y prendre. Est-ce que je devais te l’annoncer dans 5 minutes ? Quand tu passerais la porte pour ta pause du midi ? Ou attendre jusqu’au soir, réfléchir aux bons mots, quand nous serions seuls, tous les deux au restaurant pour fêter nos 9 ans ? Devais-je prendre le risque, au milieu du repas, que tu t’étouffes avec ton pavé de boeuf sauce au poivre ? Ou balancer quand le serveur prendrait la commande « non pas de champagne pour moi, au fait chéri, je suis enceinte » ? Et c’est quand j’ai croisé mon reflet dans le miroir que je me suis décidée. Les yeux rougis par les larmes, je ne pouvais pas faire comme si de rien n’était. J’allais devoir mettre les pieds dans le plat, à l’heure du déjeuner (lol). Bouleversée et dans l’urgence, j’enferme le test de grossesse dans une enveloppe. Et j’attends.

Quelques instants plus tard, tu rentres dans l’appartement, un bouquet de roses rouges à la main. Je suis là sur le canapé. Je suis déjà émue. Tu mets ça sur le compte des fleurs « Il y en a 9, parce que ça fait 9 ans ». Je trouve ça touchant, je t’embrasse et te remets ton premier cadeau, celui qui était prévu. Une séance de flylev, tu es emballé. Puis je t’annonce timidement, « j’ai un deuxième cadeau, moi aussi c’est en rapport avec 9… » Je laisse ma phrase en suspend, en te tendant l’enveloppe. Tu me regardes droit dans les yeux en l’ouvrant. Tu t’empares du test, et tu comprends, je termine : « …9 mois… Dans 9 mois, nous serons quatre ». Tu pâlis et tu te mets à trembler. Comment aurait-il pu en être autrement ? Ton fils te grimpe sur les genoux, tu ne réagis pas, tu es en état de choc, au bord de l’évanouissement.

Ce midi là, ni toi ni moi n’avons touché à nos assiettes. Nous étions silencieux, face à face, perdus dans nos pensées. C’est toi qui ouvriras à nouveau la discussion « mais comment c’est possible ? » Je te répondrais que je n’en ai aucune idée. Tu expliqueras plus tard à ceux qui nous poseront la question « ce n’est pas que ce n’était pas voulu, c’est que ce n’était pas prévu. » L’après-midi, nous nous enverrons des SMS toutes les 10 minutes, tu me diras que tu n’arrives pas à travailler et que tu ne réalises pas.

Ce n’est que le soir, au restaurant, que nous digérerons (relol) la nouvelle « on va s’en sortir Charly, ce n’est qu’un problème de timing et on s’en sort toujours ». Et à cet instant nous serons heureux.

J’aurais voulu trouver, comme pour Petit Chouquette, un petit truc en plus pour te l’annoncer. Et puis finalement non, tu n’es pas prêt d’oublier ce 10 juin 2014.

C’était un jour symbolique pour nous, un anniversaire de rencontre qui gardera une saveur particulière, celle de la surprise.

2015/01/img_4876.jpg

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39 réflexions sur “L’annonce

  1. Je lis cet article, à la fois si personnelle, mais si universelle ! Nous sommes tous bouleversées en voyant le deuxième trait s’afficher, tu as trouvé de jolies mots pour l’exprimer ! =)
    Bon courage pour la suite ! =)

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  2. Nom d’un topinambour, j’ai adoré ce billet. J’ai eu le ventre tellement noué, jusqu’au bout… ton histoire me rappelle tant la mienne. Je me rappelle de ce fameux test, au milieu de l’appartement vide dans lequel nous venions d’emménager. Et ma Micro-Naine seulement âgée de 5 mois à ce moment-là. Et Monsieur Pantoufle qui rentre pour sa pause de midi. Et, une fois les angoisses dispersées, cette nuance capitale qui doit être claire pour tout le monde : ce bébé n’est pas un accident, ce bébé est une surprise. 🙂

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    1. Nom d’un rutabaga, je suis toujours ravie quand j’ai un commentaire de toi parce que j’aime aussi beaucoup te lire (j’ai du retard dans mes lecteurs de blog faut que je m’y mette !)
      Pour « les gens » déjà je trouve qu’à la base on ne devrait pas avoir à exposer cette nuance, la question du « voulu ou pas » ne se pose pas je trouve. Enfin ça ne m’est jamais venu à l’idée de demander ça à un couple ! Et puis tu veux répondre quoi « ben non on n’en voulait pas mais bon on s’est dit que ça ferait un élément de déco sympa » ^^
      Merci pour ton commentaire ! 🙂

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  3. Ho c’est choubidouuuuuu ❤
    Ton annonce est plutôt classe, hein, pour la petite viking je suis sortie des chiottes en larmes et Papa Panique a compris comme ça.
    Donc tu vois, la tienne est vachement mieux 😛

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