Témoignage : « Ma belle-mère a brisé mon couple »

Après plusieurs semaines sans témoignages de parents, voici le grand retour de la rubrique « interviews » sur le blog, mais sous une nouvelle forme. Sandra a accepté de témoigner, sous une forme libre, à partir de questions que je lui ai posées. Un témoignage que nous avons ensuite rédigé ensemble pour poser les mots justes sur une partie de son histoire.
Merci beaucoup à Sandra de m’avoir fait confiance et se nous livrer cette tranche de vie.

Je m’appelle Sandra, j’ai 29 ans et j’ai probablement eu une des (non)cérémonie de mariage les plus dingues qu’il soit ! Aujourd’hui je suis mariée, j’ai un enfant Baptiste, qui aura 2 ans en mars. J’ai rencontré mon ex-mari Laurent en fac, nous étions fous amoureux et nous nous sommes rapidement fiancés. Cela pourrait être le scénario d’un mauvais téléfilm et pourtant il s’agit bien de mon histoire. De ma douloureuse histoire…

Je n’avais jamais rencontré ma belle-famille avant les préparatifs pour le mariage. Nous étudiions tous les deux à Nice, où je vivais depuis toujours, et Laurent était originaire de Belgique. Il était malgré tout très proche de sa famille. Il avait quasi quotidiennement sa mère et ses soeurs au téléphone, je trouvais ça touchant. Son papa était décédé quand Laurent était enfant, il en parlait peu.

Sa mère, Viviane, souhaitait vivement participer financièrement au mariage, mes parents nous l’avaient également proposé, je n’y étais pas opposée, nous ne roulions pas sur l’or et Laurent avait une famille très nombreuse, qui venait de loin, les aides financières étaient les bienvenues. Je savais en plus que la famille de Laurent était plutôt aisée. Issue d’un milieu modeste, je n’avais pas la folie des grandeurs mais mon futur époux tenait à ce que tout soit parfait et pour cela, il fallait un budget.
Quelques semaines avant le mariage, Viviane avait fait le déplacement pour régler les derniers détails. Nous nous étions brièvement aperçues sur skype, mais nous n’avions jamais eu de conversation ensemble, juste elle et moi. Lors de son séjour niçois, elle souhaita absolument que nous dinions ensemble au restaurant « pour discuter de femme à femme ». Laurent semblait surpris par sa démarche et appréhendait le fameux soir. De mon côté pas du tout. Ma belle-mère était là depuis 48 heures et s’était conduite de façon exemplaire. Très discrète, on voyait qu’elle ne voulait pas que sa présence devienne dérangeante pour nous. J’avais réservé un de mes restaurant préféré pour l’occasion, j’avais presque hâte de passer ces moments avec elle, moi qui n’avais pas une relation très complice avec ma propre mère, je sentais que je pourrais avoir des liens fort avec Viviane…du moins c’est ce que je croyais.

Après quelques échanges de banalités autour de la vie de couple et de nos perspectives d’avenir, je compris que Viviane voulait me dire quelque chose, mais je n’arrivais pas à déceler quoi. C’est alors que la conversation pris un tournant inattendu. Ma belle-mère s’est mise à parler argent, budget, dépenses. Elle dégaina un carnet dans lequel elle avait consigné chaque détail pour le mariage. Elle me demanda de quel budget disposait mes parents, ce que nous comptions payer nous-même et si sur certaines choses nous ne pourrions pas faire à l’économie. Et Viviane prononça une phrase que je n’oublierai jamais « je ne vais quand même pas dilapider l’héritage de mon défunt mari pour tes beaux yeux ». Je suis restée stupéfaite. J’avais l’impression de découvrir son véritable visage. Pour qui me prenait-elle, une croqueuse de diamants ?
Alors que je restais abasourdie par sa réplique cinglante, elle enchaîna en m’exposant clairement qu’elle souhaitait que mes parents participent autant qu’elle, qu’elle ne dépenserait pas un centime de plus, que ce n’était pas parce que sa famille était riche que je devais en profiter, qu’elle avait déjà eu affaire à des profiteuses dans mon genre et que si Laurent était aveugle, elle voyait clair dans mon jeu. Plus son monologue avançait, plus je compris que le fait que je ne sois pas issue du même milieu que Laurent lui posait un gros problème.
Mais pourquoi alors faisait-elle mine de se réjouir de ce mariage devant son fils ? J’essayais de me défendre tant bien que mal, en lui expliquant que j’avais une petite famille, qui représentait une quinzaine d’invités au maximum de mon côté, et que je ne pouvais pas imposer à mes parents de payer pour les 130 membres de la famille de Laurent. Cela ne me semblait pas logique. Je lui expliquais aussi que je n’étais pas la femme qu’elle pensait, que je me moquais de l’argent de Laurent, et que c’était lui qui avait tenu à faire un « gros » mariage. Je me serais contentée de quelque chose de plus simple sans aucun problème s’il n’avait pas insisté pour que j’ai « un mariage de princesse » comme il me disait souvent.

En rentrant le soir, je ne fis pas part à Laurent de ma conversation avec sa mère. Elle faisait bonne figure, affichant un sourire hypocrite et usant d’un ton mielleux pour raconter à son fils à quel point la soirée avait été délicieuse et le restaurant en tous points parfaits. J’avais besoin de temps pour penser à tout ça et pourtant j’en manquais, le mariage approchait à grands pas.

Le lendemain, nous choisissions le traiteur ensemble. Viviane opta pour les menus les plus chers « rien n’est trop beau pour mon fils et sa chère et tendre ». Je ne comprenais pas du tout où elle voulait en venir. Le soir, Laurent dû se rendre en urgence au bureau, je restais donc seule avec ma belle-mère. Alors que je pensais le malentendu au sujet de l’argent dissipé, je restais cependant sur mes gardes. Pendant que je préparais à manger, elle se mit à me parler de son fils, de son passé avec les femmes. Cette conversation me mis mal à l’aise. Elle évoqua notamment son histoire avec une certaine Martha. Je ne l’écoutais qu’à moitié jusque là car je comprenais qu’elle cherchait à me déstabiliser mais j’avais confiance en Laurent. Je savais qu’il avait eu des histoires avant moi et il en était de même de mon côté, nous ne nous cachions rien. Pourtant je ne me rappelais pas de Martha. « Une Espagnole sublime et pleine de vie » d’après Viviane, mais le courant n’était pas passé avec les soeurs de Laurent, alors il aurait fini par la quitter. Je trouvais cette anecdote surprenante et abracadabrante. Si ses soeurs étaient si importantes pourquoi ne les avais-je pas moi-même rencontrées ?
Ce soir là, je me couchais sans parvenir à trouver le sommeil, je décidais donc d’attendre que Laurent rentre du bureau pour lui parler de ma discussion avec sa mère. Lorsque je lui dis part de tout ça, il sembla agacé mais pas surpris. Il m’avoua ne jamais m’avoir parlé de Martha parce que cela faisait partie d’un épisode assez marquant de son passé. Il avait perdu Martha à cause de ses soeurs et était resté fâché avec elles deux pendant un long moment à la suite de la séparation. Il ne m’en avait pas parlé pour ne pas me faire peur. Sa famille avait traversé à l’époque des choses douloureuses, une de ses soeurs avait dû « se mettre au vert » comme il disait, pendant quelques mois, parce que son penchant pour l’alcool et la fête avait eu raison de sa santé mentale.

Je restais sous le choc, nous étions à quelques semaines de nous marier et je ne connaissais rien de ces histoires de famille. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser qu’il me cachait peut-être d’autres choses. Il me jura que non et s’excuse sincèrement d’avoir occulté cette partie de son histoire.

Le jour du mariage approchait, l’excitation et l’appréhension montaient d’un cran. J’allais rencontrer le reste de la famille de Laurent et nos deux familles allaient faire connaissance.

Mais le jour J, rien ne s’est passé comme prévu. Le matin, je revoyais les derniers détails avec Laurent et nos deux mamans, avant de partir chez la coiffeuse. La déco, les lumières, le service…et le plan de table. C’est alors qu’à la table de ma belle famille, je remarque un petit carton sans prénom. Je regarde sur le plan dessiné, il y a en effet une place prévue mais pas de nom inscrit. Je ne me suis pas occupée du plan de table, ce fut très vite réglé de mon côté, je n’ai pas une grande famille, mais pour mon futur mari cela tenait plus de la stratégie militaire que du placement d’invités ! Je fais par à Laurent cet énigmatique détail. Il est aussi perplexe que moi. Nous recomptons ensemble les invités, personne ne manque à l’appel. Nous appelons sa mère et lui exposons la situation. Elle rougit. Elle avoue à Laurent qu’un membre surprise de la famille sera là pour lui mais qu’elle ne peut pas lui en dire plus. Je suis naïvement heureuse pour lui. Je pense d’emblée à sa cousine germaine qu’il adore et qui, nous le pensions, ne pourrait pas venir mais qui serait peut-être finalement là.

Je file chez le coiffeur, la journée se déroule petit à petit et nous nous rendons au domaine où nous allons revêtir, chacun de notre côté comme le veut la tradition, robe et costume de mariés, avant de nous voir pour la toute première fois à l’église. Cependant, je ne tiens pas. Mon petit côté rebelle ! J’ai très envie de voir mon futur époux, de le serrer dans mes bras et de lui répéter que je l’aime avant que nous ne nous disions oui pour toujours et que je ne devienne sa femme. Le côté clandestin de la situation m’enchante et je me faufile dans les couloirs jusqu’à la chambre de Laurent.

Source ici http://rosny-images.com/photo-de-mariage/
Source ici 

 

J’entre sans frapper, le sourire aux lèvres. Et le sol se dérobe sous mes pieds…

Dans la chambre, je reconnais la mère de Laurent, de dos, et une femme pleure en tenant les mains de mon futur mari qui semble très ému. Je comprends de suite de qui il s’agit : Martha. Elle est là devant moi, aussi brune que je suis blonde, aussi pulpeuse que je suis sans forme. Ils se retournent vers moi, Laurent se libère de son étreinte et accourt vers moi. Il ne sait pas quoi me dire, visiblement surpris par la situation autant que je le suis.

C’est alors que sa mère prend la parole. Elle avait tout organisé. Cette femme complètement folle avait pris le contrôle de cette journée magique sans que je ne m’aperçoive de quoi que ce soit. Elle avait convié Martha, espérant provoquer un électrochoc chez Laurent et qu’il retombe dans ses bras avant la cérémonie, afin de le marier avec elle et de m’écarter de sa vie dans la foulée. Laurent m’avait menti, il ne s’était pas fâché avec Martha à cause de ses soeurs, c’était elle qui l’avait quitté parce qu’il avait lui-même eu un problème avec la drogue. Viviane était convaincue qu’ils s’aimaient encore profondément et qu’ils étaient faits l’un pour l’autre.

J’ai cru mourir, au bord du malaise et en étant de choc, je me suis enfuie. Un vrai scénario de film, je refusais d’y croire. Ma mère m’a suivie dans le parc du domaine. Elle se rendait dans la chambre de Laurent pour lui apporter ses chaussures qu’il avait oubliées dans la voiture, elle avait donc entendu toute l’histoire malgré elle. Pour la première fois, ma mère était là pour moi. Nous sommes restées l’une contre l’autre, sans mot dire pendant de longues minutes. Puis nous avons retrouvé mon père, pris la voiture et nous sommes rentrés chez eux.

Je n’ai plus jamais eu de nouvelles directes de Laurent. Quelques semaines après cet épisode, ma mère s’est occupée de récupérer toutes mes affaires dans l’appartement que nous partagions, j’ai déménagé et j’ai refait ma vie.

Sur le moment, j’ai détesté Laurent et toute sa famille. Je lui en voulais de m’avoir caché tout ça, de m’avoir menti. Avec le recul, j’en veux énormément à ma belle-mère. Pour moi elle est vraiment responsable de cette situation et de la façon dont je l’ai vécue. Elle a manipulé tout son monde, planifié cet instant quasi théâtral dans l’ombre pendant des semaines… Cette femme est complètement folle !
Je pense que j’aurais pu vivre avec Laurent malgré ses addictions du passé. C’est un lourd secret et je l’aurais certainement appris d’une façon ou d’une autre, mais je respecte le fait qu’il ait voulu me tenir à l’écart de tout ça. J’aurais aimé entendre ses raisons, c’est le seul regret que j’ai. Avait-il peur de ma réaction ? De me perdre ? Que je le vois différemment ?

J’ai su par des amis communs qu’il ne s’était ni marié ni mis en couple avec Martha et qu’il aimerait beaucoup me revoir. Ce que je ne souhaite pas. Je suis trop fragile pour recroiser sa route, même si j’ai refait ma vie et qu’aujourd’hui je suis comblée. Je n’imagine pas vivre avec quelqu’un sans que nos familles ne puissent se rencontrer, sans repas le dimanche à rire et sans vacances en famille de temps en temps. Je rêvais d’avoir une belle-mère avec qui je sois complice, je ne pourrais pas revoir Laurent tout en sachant tout ce que sa mère a mis en oeuvre pour nous séparer. Sans compter que ce jour là bien sûr, quelque chose s’est brisé, quelque chose de précieux, cette magie, cette complicité qui lie les couples solides et qui est presque palpable quand on est en présence de deux personnes qui s’aiment profondément.

J’ai réussi à retrouver ce lien, mais ce n’est pas avec Laurent…

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20 réflexions sur “Témoignage : « Ma belle-mère a brisé mon couple »

  1. Je n’ai pas de mot ! On se croirait dans un film !
    Heureusement, malgré tout que tout se soit passé avant le mariage ! Qu’est ce que t’aurais réservée l’avenir si tu t’étais mariee ! Je n’ose l’imaginer ! Il faut tirer un trait et regarder devant avec ton mari, ton enfant et ta nouvelle famille ! Courage !

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    1. Merci pour ton gentil commentaire qui fera plaisir à Sandra.
      En effet, elle est consciente que si elle s’était mariée et même si elle était passée outre le passé douteux de Laurent, sa belle-mère était une véritable bombe à retardement de toutes façons !

      Aimé par 1 personne

      1. bonjour,
        je m incruste j ai 2 enfants, 2 filles 9 ans et 7 ans je suis mariée depuis 6 ans et ma belle mère garde mes filles le samedi.
        elle dit a mes filles que je suis une mère indigne, qu il faut que mes petites filles l appelle maman, elle se met met nue à la piscine devant elle, alors que nous sommes pudiques.
        quand je raconte ça à mon mari il ne me croit pas nous sommes toutes les 3 des menteuses.
        sa mère est jalouse de mes parents, il ne sont pas riche mais on du terrain lors de la donation de terrain mon mari a voulu que le terrain soit au 2 noms, sauf que pour les notaires c’est impossibles et pas possible.
        aidez moi je suis à bout.
        j ai des traites au fesses et mes petites filles ne supporterai pas un divorce!!!
        c’est cette salope qui contrôle tout le partage de la donation c’est elle!!!
        même mon mari se range de son côté.
        j’ai délaissé ma famille, ma soeur mon frère et mes parents pour ça!! quel gachis !!
        merci de m avoir lu

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  2. Comme ça me touche et me remue … Je vis moi aussi des moments extrêmement difficiles avec une belle mère qui elle aussi n’a montré son vrai visage que cet été à l’annonce du mariage, au bout de 5ans à me côtoyer avec le sourire… cette histoire est si forte et si vraie sur les relations que les garçons peuvent avoir avec leur mère et la place qu’ils leur laissent parfois sans s’en rendre compte… c’est très tragique en tout cas 😦

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      1. Je pense que ce sont beaucoup de facteurs accumulés : le premier de ses fils à avoir une copine qui dure aussi longtemps, des projets de notre coté qui se concrétisent pour de vrai comme son changement de vie à lui de l’armée au civil, une concrétisation de notre histoire par le mariage bien sur…et lors de notre première petite altercation, pour la première fois de sa vie son fils à prit la défense d’une autre femme qu’elle. S’en sont suivi 30min de reproches à mon égard devant toute la famille réunie, tel que « tu es sale car tu ne fais pas ton lit tous les matins », « tu sors avec les garçons quand tu devrai rester à m’aider », « tu n’aimes pas vraiment mon fils »…je vous en passe et des meilleures ! Depuis je n’arrive plus à aller les voir ni leur parler alors que je passais au moins 2h par mois au telephone avec elle.

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      2. oula en effet dure histoire 😦 le plus important ça reste quand même que ton futur mari prenne ta défense quoi qu’il arrive mais c’est vrai que c’est très difficile de passer outre certaines choses surtout quand ce sont des propos difficiles reçus en pleine figure 😦 Bon courage, je suis sûre que ce sera un très beau mariage et surtout il faut mener à bien tous ces projets quoi qu’il en soit 🙂

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  3. Merci beaucoup c’est très gentil, je reste persuadée qu il faudra que chacune réussisse à mettre de l’eau dans son vin, car je ne compte pas lacher mon homme aussi facilement, et je sais à quel point la famille est importante pour lui, je veux lui offrir un mariage et une famille soudée et agrandie pas pleine de trous ! En tout cas cette histoire m en convainc, on ne connait jamais aussi bien qu on le pense les gens…

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  4. Quelle histoire de fou ! C’est digne d’un film ! Bon, si la bm était clairement machiavélique et folle, le fiancé me paraît quand même fautif dans l’histoire car construire une relation sur un mensonge ça ne pouvait de toute façon pas marcher…
    Finalement ma bm n’est pas « si pire » si je puis dire :-p

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    1. Sandra a conscience qu’il n’était pas blanc comme neige je pense, mais c’est toujours difficile de faire le deuil d’une histoire, elle sait qu’il lui faudra du temps pour reconnaitre à quel point il était fautif même si, si elle avait appris les faits par Laurent, cela aurait été différent…

      C’est sur que sa fait relativiser sur les belles-mères hein 🙂

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  5. Alors comme ça je ne suis pas la seule à vivre dans une série B ? Sapristi !

    Ce récit est très triste, c’est vrai, j’ai eu les boyaux noués lorsque je l’ai lue, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que le spectre de cette histoire d’amour qui a fini en eau de boudin fera toujours de l’ombre au bonheur que Sandra a reconstruit aujourd’hui.

    Quand j’avais 16 ans, j’ai rencontré un homme, et nous avons vécu une histoire vraiment formidable, qui a profondément marqué l’adulte en devenir que j’étais. Notre relation était différente de celles que les autres jeunes de mon âge semblaient avoir, autour de moi. C’était solide, absolu, grandiose et incroyablement transcendant (rien que ça). Je me souviens qu’en sortant du lycée, je courrais prendre le train pour aller le rejoindre dans la ville d’à-côté, je m’incrustais dans les amphithéâtres, on mangeait des sandwiches hors de prix et on rentrait dans son appartement pour faire l’amour et refaire le monde. C’était un amour magique comme une licorne qui pète des paillettes, je vivais dans un océan de superlatifs et je me sentais vachement bien dans mes rangers. C’était aussi un amour passionnel, sans demie-mesure, avec ses tempêtes de chagrin et quelques ruptures. Mais l’écume revient toujours s’échouer sur le sable, comme on dit, et on n’arrivait pas à se décrotter l’un de l’autre malgré tout. Au bout d’un an, il a déménagé loin de moi pour poursuivre ses études dans une branche de la philosophie carrément perchée et dont le master n’est disponible qu’à deux endroits. C’était ça ou le Canada. A 18 ans, six mois après avoir quitté la maison familiale pour une chambre d’étudiante en cité U, j’ai décidé de finalement prendre mes cliques et mes claques, quitter amis, famille et fac, pour rejoindre mon amoureux à l’autre bout de la France, recommencer un cursus universitaire là-bas. Enfin vivre ensemble, enfin concrétiser tous ces projets si précieux, nos voyages, notre livre… et puis des enfants, pas trop tard. De son côté il cherchait un logement sur place, tandis que du mien je me renseignais pour l’aspect administratif (changer d’Académie en plein milieu du semestre, avec les bourses et tout le tralala, bonjour la galère). Il était prévu que nous emménagions ensemble vers le mois de mars. Bref. Un joli bouquin de gare à l’eau de rose. A quelques détails près. Avant de m’engager, gogole mais pas folle, j’ai réfléchi à ce « petit quelque chose » qui me gênait depuis le début de notre histoire. J’ai réfléchi à ces absences prolongées, ces stages à l’autre bout de l’Europe, ces amies toujours au féminin, ces soirs de silence, et ses parents qu’il tardait à me présenter (« l’été prochain pour le mariage de mon frère, tu rencontreras toute ma famille » il disait)… J’avais toujours pensé « il écrit, les gens qui écrivent ne sont pas très marrants quand ils sont plongés dans leur livre, c’est bien connu, non ? ». D’ailleurs il avait remporté plusieurs concours de nouvelles, et même gagné un voyage à Florence en Italie grâce à ses textes… voyage que nous comptions faire ensemble bien sûr, dès le printemps. Il fallait que je lui rappelle de confirmer nos dates à l’agence de voyage, tiens, à ce propos.

    Je te la fais courte (LOL de feu). Après avoir résolu un casse-tête monstre, contrainte de fouiner partout pour obtenir quelques maigres réponses,j’ai trouvé des preuves, des documents, des photos, j’ai compris que le voyage était réservé depuis plusieurs mois. Mais pas avec moi. J’ai compris que depuis le début, Monsieur vivait « à moitié » avec son ex, une jeune femme belge (!) avec laquelle il avait vécu une longue histoire avant moi, et qu’il avait mis toute sa ruse au service d’une double vie dont aucune de nous deux n’était au courant. Il voulait vivre avec moi, mais il ne savait pas comment la quitter… depuis deux ans. Voilà. Il n’était pas méchant. Juste lâche, incapable de prendre une décision, incapable de faire face à une éventuelle rupture, à un conflit, et peut-être à la solitude. Incapable de déplacer les montagnes qu’une jeune fille à peine sortie de l’adolescence était capable de soulever pour lui. Quand j’y repense, je me vois dilapider mes petites ressources d’étudiante pour acheter des billets de train, passer tellement de temps à lui écrire, lui parler, l’écouter, relire ses nouvelles, les corriger, attendre un coup de fil, une lettre, attendre encore, attendre. Pourtant il m’aimait, je le sais.

    J’ai pris une décision radicale. Je suis allée lui rendre visite une dernière fois, grillant ma semaine de révisions de partiels. Je voulais être sûre de moi, ne pas regretter. Pendant ces jours tous les deux, j’ai ouvert grand les yeux et les oreilles (et le cœur). Et j’ai remarqué tous ces petits détails, savamment distillés dans le quotidien. Ces appels, à se lever d’un bond pour aller décrocher dans le couloir, ces fenêtres de navigateur fermées à la hâte, cette façon de se mordre la lèvre à l’évocation de certains sujets… et cette odeur nauséabonde de mensonge et de culpabilité qui transpirait par tous les pores de sa peau. Quand on sait, c’est évident. Je ne suis jamais revenue. J’ai coupé les ponts, j’ai cessé de répondre à ses messages, mais je n’ai pas eu à résister longtemps. Un mois plus tard il était en Italie avec son ex, et leur histoire recommençait. Je n’avais pas existé. Pire qu’abandonnée : effacée. J’ai tout plaqué, comme prévu, mais pour aller ailleurs, à Paris, seule. J’ai juré de ne jamais avoir d’enfants. J’ai mené une vie de n’importe quoi, inquiété ma famille, pris dix kilos, fumé comme un pompier, bu beaucoup, traîné tard le soir, avec n’importe qui. Je suis devenue superficielle, cynique, et grotesque il faut le dire. J’ai coupé les ponts, comme je te disais, avec lui… et avec moi aussi.

    Dit comme ça, c’est pas si terrible. Comment tu veux faire entrer une histoire d’amour, quelle qu’elle soit, dans un commentaire de blog, toi ? 🙂 En plus j’ai pas le temps, j’ai deux mouflets qui se réveillent de la sieste. Bref. Je me suis sentie trahie, blessée, abandonnée. Toute cassée. Je lui en voulais surtout de ne pas s’être confié à moi, je me sentais capable de tout entendre, si seulement il m’avait dit.

    Aujourd’hui l’ombre de ce premier chagrin d’amour plane toujours sur ma vie, je le sais. Dans ma façon d’être, cette méfiance, cette défiance, cette incapacité (ce refus) à se projeter. Même si depuis, la vie m’a encore joué des tours, des beaux tours je dois dire, puisque je suis devenue maman, deux fois. Même si j’aime le papa de mes morveux, très fort. C’est difficile. Lui aussi a du mal à vivre cette situation, avec cet « autre », ce salaud génial, que je n’arrive pas à classer.

    Surtout que l’autre… c’est lui.

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      1. Donc tout ça pour dire que si Sandra veut fonder un comité de personnes intéressées par le fait d’avoir une vie-juste-normale-putain-c’est-trop-demander-merci, je suis là. On pourra monter des dossiers pour postuler dans une émission nulle sur M6. 😉

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      2. Dis donc toi si tu voulais temoigner sur le nlog fallait le dire :p c’est une histoire de fou que ru racontes ici, je pense que ca parlera à Sandra et qu’elle se sentira moins seule dans le genre scenario de serie B…
        Tu veux bien qu’on fasse un article de ton récit ?

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  6. Incroyable ! je n’ai pas quitté les lignes une seconde, j’ai eu une boule au ventre en pensant à Sandra! Bravo à elle d’avoir poser des mots et d’avoir reconstruit sa vie et trouver le bonheur (de femme et de maman) après ça ! Très beau témoignage en tout cas !

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  7. Affreuse histoire
    Je suis tombée sur la même moche famille et pareil pendant cinq anq mon conjoint m’a tout caché. Non seulement les parents sont mauvais, méchant mais en plus raciste… Je ne veux plus les voir et au pire, je leur sert la main, ils n’ont pas cessé d’être méchant avec moi. La moche-mère à même tapé un cake quatre heure après l’accouchement de mon fils quand elle a vu qu’il était typé comme moi.
    Et le pire c’est que mon conjoint m’a menti pendant cinq ans et aujourd’hui je suis à deux doigts de le quitter, je ne lui fais plus confiance.
    Merci pour ce témoignage, malheureusement ça fait du bien de ne pas se sentir seule et pas folle…

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  8. ouaou mais quelle histoire!!!! Dans ces cas là effectivement couper tout lien est la meilleure chose à faire. Super heureuse pour Sandra qu’elle ai refait sa vie et soit heureuse. sacré témoignage digne d’un film effectivement oO

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