Témoignage : « Je suis donneuse d’ovocytes ».

Bonjour Vanessa, peux-tu te présenter et nous présenter ta famille ?

Bonjour, je suis Vanessa, j’ai 32 ans, un mari et une petite fille de 3 ans ½, bientôt quatre ! Elle s’appelle Pénélope et est en Petite Section de Maternelle, à Niort. Bien que mon mari et moi soyons bruns tous les deux, Pénélope est blonde aux yeux bleus ! La génétique, des fois…
Sinon, dans la vie, je suis ingénieur informatique et je suis membre de l’équipe du site web EasyCup, site informationnel sur la coupe menstruelle. Il est gratuit et non commercial. Il est surtout très chronophage ! J’aime bien écrire aussi. J’ai fini une saga de 6 tomes autour de la coupe menstruelle, justement, partant du postulat qu’EasyCup était une société de services autour de la coupe. Je me suis bien amusée !

 

Être maman pour toi qu’est-ce que cela signifie ?

Déjà, je n’ai pas fait exprès. Mon mari et moi avons une excellente fertilité. Nous avons conçu Pénélope durant le seul rapport non protégé que nous avons eu. J’avais perdu un bébé à 2 mois de grossesse auparavant. J’avais juste envie d’élever un enfant avec l’homme que j’aime… Cela me semblait le meilleur projet du monde : avoir un être moitié à moi, moitié à lui. J’étais loin de me douter que l’allaitement ferait si mal, que mon bébé régurgiterait autant, et plus tard, serait aussi capricieux… Mais bon, c’est toujours le même bonheur de la retrouver tous les soirs !

 

Comment as-tu entendu parler du don d’ovocytes ?

Je crois que j’ai toujours connu ça… Une de mes cupines a dû avoir recours à un donneur de sperme pour avoir un bébé. Alors, je me suis dit, pourquoi pas ? Aussi, une cupine d’EasyCup (le forum), avait indiqué ça dans sa signature. Cela a dû s’installer inconsciemment dans mon esprit. Et ça a germé…

 

Pourquoi et comment as-tu fait le choix d’être donneuse ? (quel cheminement as-tu eu dans ta réflexion, qu’en a pensé ton conjoint etc)

C’était après une « très mauvaise » action de ma part… J’avais fait du mal, et je voulais faire du bien, comme pour compenser, réduire un minimum ma dette envers ceux que j’ai heurtés, en faisant du bien à autrui. De plus, mon mari et moi n’aurons pas d’autres enfants, et je sais que j’ovule très fortement. Alors, autant en faire profiter quelqu’un avant que je ne sois trop vieille !

Ensuite, je me suis renseignée sur les aspects pratiques (droit du travail, contraception…) afin de voir si cela était possible. J’en ai parlé à mon gynécologue qui m’a montré comment cela marchait, et m’a dit que je pouvais garder mon DIU. J’étais rassurée. Il m’a envoyée à l’hôpital de Tours.

Capture d’écran 2014-11-07 à 10.23.16

Peux-tu nous parler des démarches ?

J’ai écrit sur un site spécialisé sur le don d’ovocytes, une demande d’information. Le Dr qui s’occupe de la coordination du don m’a contactée par e-mail. J’ai demandé quelques infos (je souffre d’hyperoestrogénie depuis qq années, je voulais savoir si cela risquait de compromettre le don. Idem pour le DIU). Ensuite, le médecin m’a donné un rendez-vous, c’était fin janvier 2014.

A ce premier rendez-vous, j’ai commencé par une échographie (elle devait avoir lieu pendant les règles), pour estimer la réserve ovarienne (le nombre de follicules) et l’accessibilité des ovaires. L’un d’eux était postérieur, cela aurait pu poser problème pour le don.

Ensuite, nous avons eu un rendez-vous avec le Dr qui coordonne le don, qui nous a tout expliqué. La fois suivante, c’était le rendez-vous avec la généticienne (il fallait préparer l’arbre généalogique, hyper détaillé, avec toutes les pathologies de la famille). Puis avec la psychologue, qui a voulu savoir si le don était librement consenti. J’ai aussi eu droit à une belle prise de sang (5 tubes) pour faire le caryotype.

La fois suivante, c’était la mise en route du traitement (stimulation ovarienne). Le médecin a expliqué le protocole (œstrogènes jusqu’à la fin du cycle, puis démarrage des injections après les règles). J’ai aussi vu l’anesthésiste : étant donné le positionnement de mon ovaire, j’étais obligée d’avoir une rachianesthésie ou une AG. J’ai opté pour la rachi.

Il est bon à savoir que le droit du travail permet aux salariées de s’absenter pour les consultations de suivi du don, il faut juste un mot de l’hôpital.

 

En pratique comment ça se passe ?

Après la dernière consultation, il faut prendre les rendez-vous pour le suivi de la stim. Ça dure une semaine, il faut 3 surveillances (échographie + prise de sang) en 5 jours. J’ai eu beaucoup de mal à faire ça à Niort : personne n’avait le temps de me recevoir à si courte échéance. En plus, j’étais en test sur un projet important au boulot, donc pas possible de m’arrêter ! Argh !

Enfin, j’ai réussi à faire un mix entre cabinet d’échographie et laboratoire.

Les piqures au début sont sous forme de « stylo » comme les diabétiques. Cela ne fait pas spécialement mal, je les faisais moi-même… Ensuite, on passe à 2 piqures par jour (une pour la stim, une pour bloquer le pic d’ovulation). Le lundi, mercredi, vendredi, une écho et une prise de sang, que les labos devaient faxer en urgence à Tours. En début d’après-midi, je devais appeler les sages-femmes pour connaître la suite du traitement (quelle dose m’injecter le soir-même et le lendemain).

Les piqures ne m’ont pas fait mal, mais les échographies étaient terribles. Les radiologues étaient aussi délicats qu’un chien affamé à qui on file un bout de barbaque. Tous étaient étonnés que je fasse une stim en gardant mon stérilet, ils n’étaient pas du tout familiers avec la notion de don d’ovocytes, il fallait expliquer.

Les produits coûtaient extrêmement cher, mais j’étais prise en charge à 100% (ALD pendant 6 mois).

Il faut aussi avoir eu au moins un enfant vivant, avoir moins de 38 ans pour donner. Et pas de MST, bien entendu !

48 heures avant la ponction, il faut faire une dernière piqure pour déclencher l’ovulation. Il fallait mélanger des poudres et des solvants, j’ai eu peur ! Mon mari l’a fait et je n’ai pas eu mal non plus sur cette piqure. Nous avons eu un problème de garde pour notre fille, mais notre très généreuse nounou a accepté de la garder la nuit précédant le don. Je devais entrer à l’hôpital le mercredi matin à 7h, nous avons dormi sur place.

En arrivant, ils m’ont donné un Xanax qui m’a complètement mise dans les vapes. Après la pose de la rachianesthésie, je n’ai rien senti à la ponction. Je n’ai pas eu le retour du médecin sur le nombre de follicules ponctionnés, mais ils étaient contents apparemment, il y en a eu beaucoup !

Je suis repartie vers 15h. Il n’y a pas eu de complication suite au don lui-même, mais l’anesthésiste a fait une boulette : a piqué trop loin dans la colonne… Je me suis retrouvée alitée pendant 5 jours (imaginez la joie de mon employeur !) au lieu des 2 jours prévus. J’avais un bide énorme à J+1, comme si j’étais enceinte de 6 mois !

 

Comment ça s’est passé avec la receveuse ?

On ne sait jamais à qui on donne. Je n’ai pas le droit de savoir ce que sont devenus mes ovocytes, ni si le résultat a été positif ou négatif. Je sais juste qu’il y a 50% de réussite, donc 50% de casse aussi. Je parrainais quelqu’un rencontré sur internet : elle ne reçoit pas mes œufs mais du coup, est prioritaire pour recevoir les œufs d’une autre donneuse.

ovocytes

Quel a été ton ressenti pendant ce parcours, des choses que tu as plus ou moins bien vécues, une anecdote en particulier, un souvenir ?

Je me serais bien passée de ce problème d’anesthésie… En plus, l’hôpital ne voulait pas reconnaître sa responsabilité. Ce soucis de rachianesthésie trop poussée (fuite de liquide céphalo-rachidien) est banal, et cause d’insupportables migraines et nausées. Quand j’ai appelé pour me plaindre de ces symptômes, les sages-femmes m’ont dit que c’était hormonal ! J’aurais voulu que l’hôpital reconnaisse sa responsabilité… Mais bon. Je n’ai pas porté plainte car ça diminuerait encore le nombre de donneuses.

J’ai trouvé le tout bien contraignant (surtout la surveillance et les A/R sur Tours). Je n’ai pas eu d’effets secondaires liés à la stim, à part + 1kg qui s’accroche !

Mais on a quand même l’impression de faire le bien.

 

Tu avais fait le choix de faire un blog pour parler de ce don, pourquoi et peux-tu nous le présenter ?

L’idée était de retracer les différentes étapes du don, pour que futures donneuse et receveuse puissent savoir exactement, avec les dates, ce que ça donne en termes de protocole, d’étapes, de traitements médicaux… (NDLM: pour aller voir son blog c’est par ici.)

 

Quel message voudrais-tu faire passer aux femmes qui hésitent à donner leurs ovocytes ?

Cela s’organise… Il faut être sûre de pouvoir aller jusqu’au bout, et c’est mieux d’être accompagnée, entourée, et par des gens positifs, qui trouveront la démarche généreuse et pas stupide ou inutilement risquée. J’ai rencontré beaucoup de gens que cela gênait, parce que c’est génital, intime… Beaucoup détournaient les yeux, la tête, quand j’en parlais… C’est dommage. Je me suis sentie certaines fois exclue, et je n’osais pas en parler autour de moi, pour ne pas indisposer les gens. Il faudrait que cela soit démocratisé, comme le don du sang ou le bénévolat.

J’ai eu aussi honte de bénéficier de médicaments aussi onéreux pour la stim. Beaucoup de gens sont malades et n’ont pas les moyens de se soigner (SIDA en Asie, Afrique), et à l’inverse, je n’étais pas malade et ai eu des médicaments à 1000€ la seringue ! Cela faisait cher à la sécu pour se donner bonne conscience, quand même !

Capture d’écran 2014-11-07 à 10.21.02

Quelque chose à rajouter ?

Si je veux refaire le don, je passerai directement par la stim, sans les étapes préalables d’examen, écho, ça ira donc plus vite. A bonne entendeuse !

Pour en savoir plus sur les démarches à suivre pour donner ses ovocytes, tu peux te rendre sur ce site: http://www.dondovocytes.fr 

 Merci beaucoup pour tes confidences et ton récit détaillé, à bientôt 🙂

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5 réflexions sur “Témoignage : « Je suis donneuse d’ovocytes ».

  1. Bravo la miss je le ferai si je pouvais mais je peut pas car pas d’enfant et suivis en pma pour concevoir bébé car plus de trompe et la stimulation a pas marcher !!! On fait un nouvelle essaie si sa marche pas on arrêté je n’es pas droit oh don d’ovocytes donc aucune autre possibilité mais je trouve tln geste ultra positive pour les femmes qui on le droit et qui on pas d’autre solution bravo

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  2. Merci pour cet article, j’ai appris beaucoup beaucoup de choses… bravo à Vanessa pour son geste car ça a l’air de demander quand même beaucoup de temps de de soi !
    Pour ma part, je sais que ce serait trop compliqué en ce moment avec les enfants (je n’arrive déjà pas à me dégager du temps pour donner mon sang 😦 ), et que je ne serai pas spécialement entourée… mais c’est TELLEMENT important pour les couples qui ne peuvent pas avoir d’enfant ! Jusqu’à 38 ans… j’ai encore 8 ans et j’aimerais pouvoir le faire!

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  3. Bravo…
    Vraiment c courageeux de ta part…
    Donner son sang c vite fait mais la…toute ces injections…tous ces examens long et fastidieux…je ne pensait pas q ca se passait comme ca.
    Belle lecon de vie
    Felicitation ♡♡♡

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  4. bravo et merci a toi pour ce geste (maman grâce au don)
    je suis a la recherche d’une donneuse sur tours pour bb2
    n’hésitez pas a me contacter si vous avez un projet de donner vos ovocytes

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