INTERVIEW: « Nous allons adopter un enfant ».

En 2013, 1343 enfants sont arrivés en France dans le cadre d’une adoption internationale, soit une baisse de 15 % par rapport à 2012 (1569 enfants) et environ 600 enfants français ont été placés (en France) en vue d’adoption. Les enfants sont arrivés de 56 pays (67 en 2012). Environ 8000 parents français déposent tous les ans des dossiers valident pour l’adoption (source adoption.gouv). Parmi eux, Summer et David. Summer a accepté, le temps d’une interview, de nous parler de leur parcours.

 

Bonjour, peux-tu te présenter et nous parler de ta famille?

Hello ! Bonjour ! Egun! (on est du Pays Basque). Je m’appelle Summer, j’ai trente-deux ans, je suis Américaine, et je suis mariée avec l’amour de ma vie David (qui est français) depuis 6 ans.

 

Quand avez-vous décidé d’avoir des enfants?

Nous avons toujours voulu des enfants, mais on a décidé d’arrêter la pilule en 2008, juste après notre mariage.

 

Quel a été votre parcours pour avoir un bébé? 

En résumé ? Cela fait 6 ans que nous essayons et nous avons eu trois fausses couches de grossesses non assistées, 4 inséminations artificielles, 3 inséminations in vitro, et pleins d’examens supplémentaires.

Au fond de moi, je savais que quelque chose n’allait pas pendant notre deuxième grossesse. Nous avons eu une première grossesse six mois après l’arrêt de la pilule. La grossesse s’est terminée quelques jours après le premier test positif. Après ce premier échec j’étais bouleversée. En plus, j’avais déjà dit à toute ma famille et à mes amis proches que nous attentions un bébé ! Je sais, je sais, je n’aurais pas dû, mais enfin, personne ne croit vraiment que sa grossesse va tomber dans le cadre des 20% de fausses couches. J’ai pensé : « je suis jeune, je suis en bonne santé, il n y pas de raison de le perdre. »

Et bien, si. Mais après quelques recherches j’ai découvert que ça peut arriver à n’importe quelle femme, et que le pourcentage de réussite après une première fausse couche est assez rassurant.

Alors nous avons recommencé à essayer et je suis tombée à nouveau enceinte quelques mois après. Là, peut-être c’était la poisse du premier échec ou l’intuition féminine, mais malgré la confirmation du médecin j’ai senti que quelque chose n’était pas normal. 8 semaines de grossesse après nous avons eu la confirmation que le bébé ne se développait plus. Donc nous avons passé un Noël bien douloureux (physiquement et moralement). Un an après nous n’avons eu aucune autre grossesse. Et nous sommes passés dans le cadre des deux ans sans grossesse réussie exigés par notre médecin et l’état pour profiter des droits de le Procréation Médicalement Assistée ou PMA. Nous avons fait plein d’examens, mais les médecins n’ont rien trouvé d’anormal pour David ou moi. Après le manque d’explications, notre médecin était convaincu que nous pouvions réussir avec un peu d’assistance. La procédure de PMA commence par les inséminations artificielles en premier (nous en avons fait 4 sans succès). Après la quatrième prise de sang négative, notre médecin était prêt pour nous lancer sur des tentatives de fécondation in vitro ou FIV. Après le premier échec (aucune œuf fertilisé) il a changé le protocole de fécondation à l’ in vitro avec micro-injection. C’est une technique qui consiste à réaliser la fécondation en injectant directement le spermatozoïde dans l’ovule. Nous avons réussi à avoir plusieurs embryons de bonne qualité, fertilisés et transférés avec les deux tentatives suivantes, mais rien n’a abouti. Découragés et frustrés, après la dernière tentative nous avons dit « stop ».   En janvier 2014 je suis tombée à nouveau enceinte naturellement, deux semaines après j’ai eu une autre fausse couche. Mon médecin a fait de nouveaux examens, et nous avons découvert un taux d’anticorps antinucléaires très élevés (les ANA élevés peuvent être un symptôme d’une maladie auto immune où les anticorps attaque le bébé). Une visite à un interniste, des dizaines de prise de sang de plus et nous ne connaissons toujours pas le problème. Mais notre médecin nous donne des médicaments liés aux maladies auto-immunes (encore des piqûres, capsules vaginale et cachets !) au cas où je retombe enceinte. Au moins comme ça si nous avons une chance de tomber enceinte encore, la grossesse aura peut être un moyen de durer !

 

L’adoption est-elle pour vous la suite logique de ce parcours ou était-ce une question plus compliquée?

C’est un peu plus compliqué ! En fait après la première fausse couche j’étais prête à adopter ! J’ai le bonheur de connaître très bien une famille qui a adopté une petite fille indienne aux Etats-Unis. J’ai porté cette fille quand elle avait un an dans mes bras. Maintenant elle a 14 ans et nous sommes toujours proches. Elle est adorable. De l’avoir connue et d’avoir vu à quel point ses parents l’adorent, j’ai su que l’adoption était faite pour moi. Mon mari avait besoin d’un peu de temps pour arriver aux mêmes conclusions.   Après un peu de temps (et des échecs) il a réalisé que la façon d’avoir un enfant est beaucoup moins importante que l’acte d’être parents. Je pense aussi que le fait que David et moi avons été élevés par des beaux-pères formidables nous a aidé. Nous comprenons grâce à nos expériences personnelles qu’un parent fait d’amour peut être plus précieux qu’un parent biologique. Avec cette idée nous avons commencé nos démarches pour l’adoption. En septembre 2013 nous nous sommes engagés sur un parcours du combattant, même plus prenant que le chemin d’où nous venons.

 

Comment se passe une procédure d’adoption?

Première étape ? Il faut obtenir le droit d’adopter. Il vous faut ce qu’on appelle un « Agrément pour l’accueil d’un enfant en vue d’adoption » Et pour le posséder vous avez besoin de beaucoup de courage, et de patience. Ce qu’est le cas pour toute la procédure de l’adoption d’ailleurs.

Pour l’agrément :

Nous avons fait une visite à Pau pour rencontrer notre correspondant locale de « Pôle Adoption », nous avons écrit « une demande d’agrément en vue d’adoption » et l’avons envoyée au Conseil Général des Pyrénées Atlantiques. Ensuite il vous envoie un dossier pour commencer les enquêtes sociales et psychologiques.   C’est-à-dire, neuf mois de réunions avec une assistante sociale et psychologue. Notre candidature a été transmise à des fins d’évaluations à ces deux dames respectives. Après les rencontres des fois intrusives (mais aussi informatives), des réunions avec d’autres parents adoptifs et parents postulants, de recherches, recherches, et recherches par internet, on a eu notre agrément signé par le Président du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques (après, bien sur, que nos enquêtes sociale et psychologique aient reçu un avis favorable d’une commission départementale). Maintenant nous avons le droit d’adopter en France. Et comme nous sommes fiers de notre agrément !

Ensuite, il faut décider si vous préférez travailler avec l’AFA (Agence Français de l’Adoption) , les OAA (les Organisme Agrée à L’Adoption), ou faire les démarches « Indépendantes ». Pour vous expliquer les différences : AFA est une agence publique d’état qui vous donne toutes les informations pour vous débrouiller jusqu’à l’envoi de votre dossier dans le pays de votre choix. Un OAA est privé dont l’accès est très difficile (ils n’acceptent que 30% de leurs postulants) mais vous êtes bien suivis et guidés. Et l’adoption « Indépendante »… c’est faire toute l’administration soi-même, trouver l’orphelinat etc. tout seul !

Après ça, il faut monter vos dossiers, ça prend du temps ! Notre liste pour l’adoption en Chine exige la lune ! Si votre pays est comme le notre, vous aurez besoin de faire une formation à Paris, faire les traductions, les visites avec le notaire, légaliser un tas de signatures auprès de la mairie, faire les bilans de santé légalisés par l’Ordre des Médecins, et faire un tour au Ministre des Affaires Etrangères et Européens ainsi que le Consulat de Chine. Je ne vous dis pas tout ! Au-delà, je ne sais pas trop encore ! Toute est à découvrir pour nous, comme on n’a pas encore envoyé notre dossier complet en Chine. Mais je peux vous dire que la plupart des pays ont une attente de 3-7 ans pour un enfant étranger. Et quand il vous est enfin proposé un enfant, soyez prêts à vous déplacer. La Chine oblige un séjour de 15 jours, je sais que certains pays d’Amérique de Sud exige un 1 mois ! Personnellement, ça ne me gêne pas du tout !

 

Est-ce qu’on choisi dans quel pays, le sexe du bébé, l’âge qu’il aura, etc?

Effectivement, nous pouvons choisir le sexe, le pays, l’âge. Mais il faut savoir que plus que vous avez d’exigences, plus vous avez d’attente pour votre futur enfant. Par exemple, vous allez attendre beaucoup plus longtemps pour un enfant de moins de 3 ans en bonne santé. En plus, certaines OAA refusent de prendre les candidats qui exigent un pays ou le sexe. Nous, personnellement, nous avons l’agrément pour 1-2 enfants, 0-3 ans ou 0-5 ans si fratrie.   Nous avons commencé notre parcours par l’AFA, et l’AFA exige que nous précisions un pays uniquement en signant un document « Projet de Mise en Relation ».

 

Qu’est-ce qui t’a le plus étonnée dans ce parcours pour l’adoption?

Le délai d’attente. Au début, comme tous les autres, nous avons pensé à l’adoption ici en France. Mais figurez-vous, même si la procédure est beaucoup plus facile (il vous suffit d’obtenir l’agrément et dire que vous avez envie d’adopter un pupille de l’état, vous serez inscrit sur la liste d’attente et vous restez sur cette liste d’attente même pendant votre parcours d’adoption international) la durée d’attente est actuellement de 8 ans. Pour la Chine, pour un enfant en bonne santé, l’attente est estimée à 7 ans. C’est pourquoi dans notre agrément nous avons mentionné sous « autres caractéristiques » : enfant(s) pupille(s) d’Etat ou d’origine étrangère pouvant présenter une particularité réversible.

 

Et ton conjoint, comment a-t-il vécu cette procédure?

David est investi à 110%. Je suis ravi qu’on soit tous les deux aussi motivés.

 

Avez-vous reçu du soutien de la part de vos proches, d’une association…?

Nos amis, notre famille, nous apportent beaucoup de soutien. Des fois, il y aura peut-être un commentaire comme, « vous imaginez à quel point que ça va être difficile, d’accueillir un enfant étranger ? » Mais, je sais que ses proches, nous soutiennent comme ils peuvent. Ils n’ont pas vécu ce que nous avons vécu. Ils ont eu des familles  « facilement », ils ne peuvent pas comprendre complètement. Donc nous les pardonnons ! Et nous comprenons que ses paroles, peut-être mal placées, viennent de leur bonne volonté.

 

Quel message voudrais-tu faire passer à tous les couples qui voudraient se lancer et adopter un enfant?

Soyez prêts à batailler ! L’adoption va tester votre solidarité comme couple et votre volonté d’être parent. Mais une chose est certaine, quand cet enfant arrivera, on ne peut plus jamais dire que c’était en enfant pas voulu. A un moment donné, il va se sentir abandonné par sa mère biologique d’une façon émotionnellement violente. Il va sentir un vide comme vous et il aura besoin de vous autant que vous aurez besoin de lui. Vous allez combler une famille, comme des pièces dans un puzzle. Ce n’est pas une famille fondée naturellement peut-être, mais c’est une famille fusionnée par l’amour et le besoin mutuel, et ça, c’est un lien extraordinaire.

 

Coeur_Adoption
Merci Summer pour ce témoignage, j’espère que j’aurais le bonheur de t’interviewer à nouveau quand tu auras ton enfant auprès de toi.

Vos droits et démarches pour l’adoption: service-public.fr

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8 réflexions sur “INTERVIEW: « Nous allons adopter un enfant ».

  1. Merci pour ce témoignage ! On voit à quel point les parents adoptifs méritent le bonheur. J’aime beaucoup l’expression « un parent fait d’amour », ça dit tellement de choses…

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  2. ce témoignage est vraiment superbe, on sent la passion dans ces mots… si finalement une grossesse se mène à terme, maintiendront-ils leur demande d’adoption? Je trouve ca incroyable que tout ceci prenne tant de temps, alors qu’il y a tellemnt d’enfants qui attendent une famille…

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  3. Bonjour, je suis sur liste d’attente depuis 7 ans pour l’adoption d’un enfant pupille de l’état. Il y a 1 mois environ le pôle adoption m’a contacté pour actualiser mon dossier, car je suis enfin en haut de la liste et mon tour va bientôt arriver. Ma question est que 8 jours a peu près, après le coup de téléphone j’ai commencé à me sentir mal et encore aujourd’hui. Je me sens fatiguée, j’ai des nausées le matin et comme des crampes dans les mollets. Avez vous vécu cette situation ? est ce que mon corps se prépare à sa façon à devenir maman ? Je suis un peu inquiète. Merci de me faire partager votre expérience.
    Martine

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