INTERVIEW: « J’ai vécu le deuil périnatal »

Aujourd’hui sur le blog, j’ai invité MumCha (encore!). Je ne la présente plus, c’est ma Twin de la blogo, on s’était fait des déclarations ici et , et je l’avais invitée ici pour parler de son blog. Bien qu’avec MumCha on se bidonne comme des folles sans arrêt, aujourd’hui elle va nous parler d’un sujet très sérieux. Un sujet aussi très difficile: son histoire et son vécu du deuil périnatal. C’est un sujet encore tabou, on voit ces jours-ci dans les actualités des photos de parents avec leur bébé mort-né dans les bras et cette question « est-ce que ça vous choque? »  Quand on lit les réactions que cela suscite, on ne peut que constater que c’est un sujet qui dérange et/ou qui touche. Chacun a une façon bien différente de gérer le deuil, surtout lorsqu’il s’agit du deuil d’un enfant. Alors je laisse la parole à MumCha pour qu’elle nous confie son histoire.

 

Coucou, peux-tu te livrer aux traditionnelles présentations et nous parler de ta famille?

Je suis Mumcha, maman de 25 ans, d’un petit Zarico de 15 mois. C’est notre petit Trésor, notre bébé bonheur, avec M’sieur Stache, mon conjoint depuis bientôt 10 ans.
Dans la vie, je travaille pour la préservation des archives de protection de la nature et de l’environnement.
Je tiens également un blog, depuis 1 an maintenant où je parle de mes expériences de maman. J’y fais des tests, j’expérimente de nouvelles choses, je cuisine, je fabrique des petites choses. Je parle de mes coups de coeur et parfois de mes coups de gueule. Mais je mets toujours un point d’honneur à le faire avec humour et beaucoup d’auto dérision.

 

Comment et quand avez-vous mis sur le tapis le projet bébé avec ton conjoint?

Ca faisait des années que je tannais M’sieur Stache pour qu’on fasse un bébé. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu avoir un enfant. J’ai toujours adoré les enfants, et je n’avais qu’un rêve : avoir le mien, rien qu’à moi.
A la fin de ma dernière année de master, en 2011, alors que je bouclais mon mémoire, et que je lui demandais pour la quatre cent millième fois s’il voulait bien se lancer, il m’a dit « OUI! ». Tu ne peux pas savoir comment j’étais heureuse!
Comme par magie (ou presque), je suis tombée enceinte dès les premiers essais. Je me souviendrai toute ma vie du bonheur intense que j’ai ressenti quand le test s’est avéré positif! (Pour la petite histoire Mumchaboulesque : j’ai fait le test en vacances, dans des wc public, aussi propre qu’un wc public peut l’être, en lévitation au dessus du trône… Tu vois la scène?).

 

Comment s’est déroulée ta première grossesse?

Au tout début, ou tout du moins, les trois premiers mois, j’ai vécu une grossesse idyllique, une grossesse papillon comme j’aime l’appeler. J’étais sur mon petit nuage. Je me croyais invincible, rien ne pouvait m’arriver.
Je parlais à ce petit bout de nous qui grandissait en moi à longueur de journée…
C’était comme je l’avais toujours imaginé, comme je l’avais vu tant de fois dans les films à l’eau de rose.
J’allais avoir un bébé, rien ne pouvait m’ébranler.
Et pourtant…
Il était temps de passer l’écho des 3 mois, j’avais tellement hâte! Aucun stress, aucun doute, tout allait aller pour le mieux! L’écho avait été repoussée de deux semaines parce qu’il y avait des problèmes de places, j’avais donc d’autant plus hâte…
Ce que je me souviens de cette écho, c’est tout simplement « il y a un problème »…
Après m’avoir interrogée sur mon mode de vie comme une criminelle, on nous a laissé, M’sieur Stache et moi, comme ça, avec notre « problème », en nous disant simplement qu’il fallait voir mon gynécologue de toute urgence. Ni plus, ni moins.

De là, ça a été la descente aux Enfers…

4 semaines de cauchemars, 4 semaines d’examens barbares et douloureux, 4 semaines d’échographies quasi quotidienne à voir le corps de notre fille se déformer au jour le jour.
Elle souffrait d’un spina bifida. C’est la colonne vertébrale qui n’a pas fini de se former, et qui ne se formera plus, la rendant paraplégique, notamment. Le spina lui a causé une mégavessie. Chose que les médecins et les professeurs n’avaient jamais vu « un cas » aussi important. Ils se sont donc servis de notre fille et de mon corps comme objets de leurs études.
Ça a duré 4 longues semaines.
J’étais rendue à 18 SA quand l’IMG a enfin été accordé. On ne pouvait plus me faire de curetage. J’ai donc dû accoucher par voie basse.
On m’a donné des médicaments pour déclencher le travail et rompre la poches des eaux et on m’a shootée à la morphine, histoire que je ne calcule pas trop ce qui m’arrivait.
Je savais très bien ce qu’il allait se passer.
Lorsque je lui ai donné naissance, ils n’ont pas voulu nous la montrer, sa vessie avait éclaté.
ils nous ont laissé tous les deux en salle de naissance, sauf que personne n’était vraiment né. On était seul, j’étais vide, un corps sans rien dedans…. La seule chose dont je me souviens, c’est que je criais « rendez-moi mon bébé ».

 

Comment avez-vous vécu ce deuil périnatal? 

Je me suis purement et simplement écroulée. Je n’étais plus moi-même, je n’étais plus rien du tout, une enveloppe vide tout au plus.
J’ai perdu toute envie de vivre, de me battre, de parler et encore moins de rire. J’avais l’impression de mourir à petit feu, d’être là sans être là. Cette sensation était très étrange, j’avais ce sentiment de corps vide, j’avais le sentiment de flotter au dessus de lui , incapable de réagir à ce qu’on me disait.
Des médecins j’en ai vu des tas, et je serais bien incapable de te dire ce qu’ils ont pu me dire, je ne les écoutais pas, j’acquiessais.
Mes amis me le disent encore d’ailleurs : j’étais absente, là mais pas là. Ils me parlaient je ne répondais pas ou peu. Je disais oui machinalement.
Plus personne ne me reconnaissait. En quelques mois, j’ai pris plus de 10 kg, je ne voulais plus sortir, je ne voulais plus voir quiconque et encore moins devoir leur parler. Je voyais la pitié et la tristesse dans leur regard et ça me tuait davantage.
Je suis devenue aigrie, renfermée voire méchante.
Quant à M’sieur Stache, je dirai qu’il a beaucoup pris sur lui pour ne pas que je sombre davantage. Je le regrette aujourd’hui. C’est quelqu’un de très réservé, qui n’a pas l’habitude de laisser transparaître un seul sentiment.
Cependant, il a pleuré, beaucoup pleuré. C’est d’ailleurs la seule fois que je l’ai vu pleurer. On a énormément parlé. On ne voulait être que tous les deux.
Cette épreuve nous a beaucoup rapprochés.

 

Quelles ont été les réactions de votre entourage? Avez vous reçu le soutien que vous attendiez?

Les réactions ont été très différentes les unes des autres.
Certains ont même préféré couper les ponts.
Au niveau de la famille on a eu les deux extrêmes. C’est devenu très vite un tabou pour certains alors que d’autres ça a été le florilège de réflexions plus débiles les unes que les autres. On a notamment eu le droit à « vous n’aller pas vous traîner un boulet toute votre vie ».
Le véritable soutien est venu de ma maman, mon papa et ma soeur qui nous ont énormément soutenus et épaulés et qui n’hésitent pas à le faire encore quand ça ne va pas. Ils ont été là pour chaque examen, chaque écho, ils sont venus avant l’accouchement et étaient là après. Je ne voulais d’ailleurs pas partir en salle de travail parce que mon père n’était pas encore arrivé et que je n’avais pas eu de bisous de sa part (dans ces moments on a vraiment des réactions étranges).
Aujourd’hui avec le recul, je me rends compte que certaines personnes ont tout simplement voulu se protéger rendant la perte du bébé tabou, comme si elle n’avait jamais existé.
D’autres par leurs réflexions nous ont prouvé qu’ils ne comprenaient pas pourquoi nous étions dans des états pareils pour « si peu », et n’ont peut-être pas réfléchi au poids des mots. Je préfère penser ça, sous peine de perdre fois en l’Humanité. J’espère donc que les « ce n’était pas vraiment un bébé », les « ce n’est pas comme s’il était né », les « pense à ceux qui ne peuvent pas avoir d’enfants, les « c’est pas comme si elle était née et décédée après » ou les « t’en feras d’autres » ne sont pas vraiment pensées.

 

Faire un deuxième enfant participe-t-il positivement au processus de deuil?

Je dirais oui et non.
Oui parce que ça permet d’avancer. J’ai voulu mener à terme une seconde grossesse très vite comme pour me persuader que j’étais capable de donner la vie et non la mort. J’ai d’ailleurs fait une fausse couche, 6 mois après l’IMG.
Puis j’ai attendu, perdu du poids, tenté d’aller mieux et nous nous sommes lancés de nouveau. La troisième était la bonne.
Non parce que j’ai très vite culpabiliser en me demandant si je ne faisais pas ça pour faire un bébé pour panser ma douleur. J’ai également eu le sentiment d’abandonner ma fille une seconde fois, de continuer à vivre alors qu’elle n’avait pas eu cette chance.
Du coup, quand je vais mal, je regarde mon Zarico et ça va beaucoup mieux. C’est réellement lui qui m’a sauvée, qui m’a redonné espoir et qui m’a rendu forte.
Je dirais donc que Zarico m’a aidée à faire mon deuil mais uniquement lorsqu’il est né et qu’il était dans mes bras. C’est ma force de vivre.

 

Comment vit-on une nouvelle grossesse quand on a perdu un bébé?

Dans le sens où l’on sait que tout peut basculer d’un moment à l’autre, on ne peut plus vivre une grossesse sereine. En tout cas pour mon cas.
Quand j’ai fait le test, je ne me suis pas réjouie, M’sieur Stache non plus. Jusqu’à l’écho des 18 SA, je ne touchais pas mon ventre, je ne parlais pas à Zarico. Je ne voulais pas m’attacher, surtout pas.
Nous avons retardé l’annonce au maximum de peur de devoir annoncer de nouveau une mauvaise nouvelle.
J’ai été méga angoissée pendant toute la grossesse faisant régulièrement des stages aux urgences obstétriques pour oui ou pour un non. Tout était bon pour stresser.
Je n’ai véritablement soufflé que lorsque j’ai entendu pleurer mon Zarico.
C’est une énorme souffrance de se dire qu’on ne connaîtra plus jamais une grossesse heureuse.

 

Comment le couple et la famille se reconstruisent-il après un tel événement?

Je ne peux pas dire que nous ayons eu de gros soucis. Au contraire, ça nous a beaucoup rapproché.
M’sieur Stache a fait son deuil beaucoup plus rapidement que moi ce qui a parfois créé quelques tensions mais en parlant on avance. On s’est toujours soutenu à ce sujet.

 

Quel message pourrais-tu faire passer aux personnes qui vivent la douleur du deuil périnatal? 

Il faut se parler encore et toujours. C’est réellement fondamental. je dirai aussi qu’il ne faut pas trop prêter attention à ce que peuvent dire les gens peuvent dire. Ils ne sont pas nous. Ils ne peuvent pas comprendre, ils ne peuvent pas  ressentir une once de la peine vécue.
Je pense qu’il est aussi important de parler à un psychologue et ne pas hésiter, non plus, à rejoindre des groupes de paroles (il y en a dans les grandes villes ou bien sur des forums internet).

La souffrance et la peine ne partiront jamais, je ne vais pas mentir. Il y a des moments avec et des moments sans. On apprend à vivre avec, c’est long, c’est très long mais on finit par y arriver.
Je pense aussi qu’il ne faut pas laisser les gens vous laisser penser que ce n’était pas « réellement » un bébé. Si ça l’était pour vous alors ça le sera toujours. Vous êtes seuls juges de votre expérience. 4, 10, 18, 33… SA, si ça a été votre enfant, alors ça l’est.
Il ne faut pas non plus laisser le tabou s’emparer de l’IMG, il faut en parler, expliquer la chose, expliquer que pour vous, c’est votre enfant, point barre.

Illustrattion: Hélöise, merci pour tes talents.
Illustrattion: Héloïse, merci pour tes talents, son site ici: it’s a mum’s life

 

 

Merci ma Cha pour tes confidences et d’avoir bien voulu partager ton expérience avec nous. Tu fais preuve d’une grande force de caractère malgré tout. C’est beau de voir que votre couple avec M’sieur Stache est uni et que vous vous êtes toujours soutenus. J’espère que ton témoignage permettra à d’autres parents de se sentir moins seuls et que ça les aidera à avancer eux aussi.

 

Pour vous venir en aide:

Associations:

Petite Emilie: http://www.petiteemilie.org
Nos tout petits: http://nostoutpetits.org
Hespéranges: http://hesperanges.fr
AGAPA: http://www.association-agapa.fr/tag/deuil-perinatal/

 

Pages Facebook:
Nos Petits Anges au Paradis: https://www.facebook.com/nospetitsangesauparadis
Parents Orphelins: https://www.facebook.com/ParentsOrphelins
Les Ailes de Zélie: https://www.facebook.com/AssociationLesAilesDeZelie?fref=ts

 

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12 réflexions sur “INTERVIEW: « J’ai vécu le deuil périnatal »

  1. Merci pour ces paroles, et merci à toutes les deux de savoir aborder ce sujet difficile sur vos blogues — je trouve ça dur les blogues de mamans où tout est rose et content.
    Plein de pensées à ta petite, Mumcha.

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  2. Quelle force de courage et de caractere ma chacha…..quell lecon de vie…..si puis je me permettre…et quel couple uni ♡.que te dire dxautre que tu ne sais deja…. prend bien soin de toi et de tt l amour de ton ptit zarico et de Mr Stache.pleins de bs ma chacha.
    superbe article qui j espere en aidera bcoup.

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    1. Merci d’avoir ouvert le sujet sur le thème difficile du deuil périnatal. J’ai moi-même commencé la maternité par le décès de mon petit garçon. Je suis actuellement en train d’écrire un livre au sujet du deuil périnatal mais surtout sur le signification du sens (et non de la raison) du décès de mon fils et ce que cela m’a apporté dans ma vie de mère. J’ai écrit un tout petit extrait de mon livre sur mon blog « j’ai enfanté un ange » et les répercussions qui ont eu lieu sur mon deuxième enfant « le sens de l’allergie à l’oeuf de ma fille ».

      Je me permets d’utiliser votre billet pour faire partager mon expérience de mère mais aussi de thérapeute. Le parcours que j’ai eu après le décès de mon fils a été une telle transformation de moi-même que j’essaie de le retranscrire dans mon livre afin d’éveiller les parents touchés par le deuil périnatal à la méthode qui m’a permis d’aller mieux.
      Par son décès, mon petit garçon m’a permis de combler la brèche entre les apprentissages que j’ai reçu de ma lignée ce que j’appelle « mon hérédité » et mon inné plus communément connue sous le nom de « l’instinct de survie » d’un individu.
      En effet avant l’arrivée de mon fils, j’étais en décalage. Les femmes de ma lignées ont vécu que des grossesses très difficiles (cachées ou perte d’un bébé) et mon mari a également cette mémoire de grossesse douloureuse dans son arbre (eh oui un couple c’est deux névroses qui se rencontrent pour avancer ;-)) Ces informations font partie de mon hérédité. Mon cerveau a appris que l’enfantement est source de souffrance. Or, dans l’inné, une femme est prévue pour faire des enfants qui vont bien et une grossesse n’est pas pathologique. D’où la brèche ou le fossé entre mes acquis (mon hérédité) et l’inné (la réalité).
      Aujourd’hui ce travail m’a permis d’accepter le décès de mon aîné, d’être lucide par rapport aux apprentissages que j’ai reçu et qui n’étaient pas adapté à ma vie.
      L’intérêt pour moi a été de modifier mes acquis afin d’acquérir une facilité, une vie où je deviens active car cela un sens de vie et où je ne subis ou ne lutte plus contre le décès de mon bébé. Ma deuxième grosssesse a été vécu avec beaucoup plus de légéreté. Et ma fille est arrivé au terme avec un poids normal ce qui n’était pas du tout évident à la base.
      Bon ce sera mieux expliqué dans mon livre 😉
      Mais c’est l’idée.
      Personnellement les psychologues que j’ai vu ne m’ont apporté que des raisons qui ne m’ont absolument pas soulagés. (Après chaque personne est différente.)
      Merci à MamanChouquette pour ce billet et à MumCha pour son partage.

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  3. Merci ma Charly (un peu en retard) de m’être laissée m’exprimer, en parler me fait tellement de bien et me donne tellement de courage pour avancer, comme une expiation de ma tristesse! Merci merci!

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