INTERVIEW: une infirmière nous parle de l’IVG

Suite du dossier sur l’IVG, après le témoignage poignant de Viviane, voici le témoignage d’une professionnelle de santé, qui nous livre des explications sur l’IVG et nous fait des confidences à propos de son quotidien.
Pour rappel, il ne s’agit nullement ici de créer un débat pro ou anti IVG, il s’agit ni plus ni moins d’un 
témoignage. Il n’est pas question de remettre en question ce droit que je soutiens à 100%, ni de faire l’apologie de l’avortement. « Aucune femme ne recourt de gaieté de coeur à l’avortement »… Simone Veil

 

 

Bonjour, peux-tu nous parler un peu de toi?

 

Bonjour, j’ai 23 ans et je suis infirmière en ambulatoire dans un hôpital public. Je suis dans cet hôpital depuis 2 ans et demi et dans ce service depuis 1 an et demi. Je suis en couple depuis 3 ans.

 

Combien de patientes reçois-tu chaque jour pour une IVG?

En moyenne 2 par jour. Les 3/4 sont des jeunes femmes qui prennent cette décision car elles ne peuvent pas assumer un bébé dans leur situation, pour le 1/4 restant, il s’agit de femmes plus âgées qui ont déjà des enfants et qui ne souhaitent pas en avoir d’autres.

 

Quel accompagnement proposez-vous à l’hôpital? Quel est la procédure pour une IVG?

Cela dépend du parcours des patientes.

  • Si elles viennent d’elles-mêmes à l’hôpital, elles ont deux consultations avec le gynécologue et on leur propose un entretien avec la psychologue de l’hôpital, mais ce rendez-vous n’est pas obligatoire.
  • Si elles viennent par le biais du planning familial, elles sont reçues par le médecin du planning puis par le gynécologue de l’hôpital, puis par la psychologue de façon systématique.

Quand elles sont mineures, elles doivent être accompagnées d’une personne majeure. Peut-importe s’il s’agit de la famille ou pas.
Lors de la consultation avec la psychologue, elles ont des informations sur la contraception. Souvent on leur pose aussi un implant contraceptif en même temps que l’IVG si elles sont d’accord bien sûr.
Par rapport à l’IVG, elles ont un délai de réflexion d’une semaine, puis on programme l’intervention. Elles entrent le matin à l’hôpital et sortent le soir (sous réserve que tout se passe bien).

 

Quel rôle avez-vous dans ce parcours en tant qu’infirmières?

La veille de l’IVG, nous appelons les patientes pour donner les consignes pour l’intervention, rappeler les horaires etc. A ce moment là, nous sommes souvent une oreille attentive. Certaines patientes sont encore indécises la veille de l’opération et appellent parfois le matin même pour annuler et prévenir qu’elles souhaitent garder leur bébé.
Le jour de l’intervention, nous faisons un accompagnement dans leur chambre avant et après l’opération. On leur explique comment cela va se dérouler, les suites etc.
Souvent, nous nous arrangeons pour avoir un moment seules avec elles, afin qu’elles parlent plus librement et s’expriment de cette décision. Nous sommes des confidentes et comme nous sommes neutres les patientes osent s’exprimer.

 

Quelles sont les différentes réactions des femmes face à l’IVG?

Certaines ne se rendent pas compte qu’il s’agit d’une intervention chirurgicale et vont jusqu’à se prendre en photo en blouse pour poster ça sur Facebook! Elles ne réalisent pas à 14 ans que cela peut avoir des conséquences sur leur fertilité.
D’autres réalisent l’importance de cet acte, aussi bien psychologiquement que physiquement. Elles l’expriment par des pleurs, un repli sur elles-mêmes.
Certaines sont sereines et savent d’emblée que c’est la bonne décision. D’autres sont moins sûres d’elles, culpabilisent ou paniquent.

 

Pour quelles raisons décide-t-on d’avorter?

  • Quand on tombe enceinte rapidement après le premier enfant. Certaines femmes qui viennent tout juste d’accoucher se font surprendre par le retour de couche. C’est une période où les femmes sont très fertiles, mais n’en ont pas toujours conscience.
  • Les femmes qui ont déjà plusieurs enfants, sont plus âgées et ne souhaitent par élever un autre enfant à leur âge.
  • Pour d’autres c’est un accident, un bébé surprise dû à une grossesse sous pilule par exemples.
  • Parfois c’est une décision du conjoint plus que de la femme elle-même… C’est souvent encore plus difficile à vivre pour ces femmes.
  • Pour les mineures, c’est souvent une décision prise par l’entourage (les parents la plupart du temps). Mais il y a aussi celles qui viennent d’elles-mêmes et qui ont conscience qu’elles ne pourront pas s’en occuper à cause de leur jeune âge, de leurs projets.
  • Un oubli de pilule ou un manque d’information sur les moyens de contraception sont des motifs récurrents.
  • Je n’ai jamais rencontré ce cas à l’hôpital mais l’agression sexuelle donnant lieu à une grossesse est aussi une des raisons qui peut conduire à un d’avortement, et il y en a encore certainement beaucoup d’autres…

 

Tu as ta position d’infirmière mais aussi ta position de femme, quel regard portes-tu sur l’IVG?

Je n’ai ni un regard critique ni un regard de jugement. C’est un droit que je soutiens à 100%. Je suis là pour compagne ces femmes, les aider à accepter leur décision quelle qu’elle soit car la plupart du temps elle n’est pas évidente à prendre quand la question de l’IVG se pose. On adapte notre discours. Avant que la décision ne soit prise on se doit de rester neutre pour ne pas influencer la patiente, ce n’est pas notre rôle. On reste à l’écoute. Leur choix leur apparient à elles seules.
Quand l’IVG a eu lieu, on essaye d’argumenter dans leur sens afin de les rassurer et qu’elles sortent de l’hôpital sans culpabiliser ou regretter.
Dans certains cas, le statut de femme passe avant celui d’infirmière, certaines collègues ont plus de difficultés  à rester neutres et ont tendance à juger car elles font l’amalgame avec leur propre histoire, notamment lorsqu’elles ont eu du mal à avoir des enfants… Je ne trouve pas ça très professionnel, même si nous sommes des êtres humains et que parfois nos sentiments sont difficiles à contrôler, nous n’avons pas à comparer avec nos histoires personnelles. Ce n’est pas notre rôle.

 

Et les hommes dans tout ça, quel rôle jouent-ils?

Quand la décision est commune avec leur compagne, ils sont présents pour l’accompagner et la soutenir durant l’hospitalisation.
Mais parfois ils ne sont pas au courant que leur femme va subir une IVG…
D’autres poussent à cette décision, ne se sentant pas capable d’assumer un enfant. Ceux-là sont parfois présents parfois absents durant l’hospitalisation.
Mais la plupart du temps les conjoints ont un rôle prépondérant dans la prise de décision pour l’IVG.

 

As-tu quelque chose à rajouter, un conseil à donner?

L’IVG est souvent difficile car la plupart du temps la décision doit être prise rapidement. Les patientes se rendent compte qu’elles sont enceintes vers 8 ou 10 SA, le terme légal pour l’IVG étant de 14SA. Le temps de prendre les rendez-vous médicaux, la décision de l’IVG est du coup prise dans l’urgence.
L’IVG est une décision qui appartient aux femmes, quel que soit leur âge. Il ne faut pas hésiter à prendre des conseils mais malgré tout cette décision ne doit pas être influencée par un tiers, pour ne pas avoir de regrets.

 

Merci beaucoup pour ton temps et pour ce témoignage! ❤ ❤ ❤

 

Quelques associations:

http://www.centre-hubertine-auclert.fr/organisme/cadac-coordination-des-associations-pour-le-droit-a-l-avortement-et-a-la-contraception

http://collectifdroitsdesfemmes.org/spip.php?rubrique5

http://www.sante.gouv.fr/droit-pour-toutes-les-femmes.html

http://www.sante.gouv.fr/l-essentiel-sur-l-ivg.html

http://www.ivglesadresses.org/quelle-methode-ivg/

 

Quelques chiffres

  • Aujourd’hui, environ une française sur trois a eu recours à une IVG au cours de sa vie.
  • 15 000 des 220 000 avortements pratiqués chaque année, concernent des IMG sur mineures.
  • 2,7% des femmes de 20 à 24 ans ont recours à l’IVG chaque année (il s’agit de la tranche d’âge la plus concernée).
  • Le nombre d’avortement est quasi stable depuis 2006 après 10 ans de hausse
  • L’IVG est remboursé à 100% par l’assurance maladie.
  • Le délais légal maximum pour recourir à l’IVG est de 12 semaines (il était de 10 jusqu’en 2001)

(Sources : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), Inspection générale des Affaires sociales.)

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2 réflexions sur “INTERVIEW: une infirmière nous parle de l’IVG

  1. « Si elles viennent d’elles-mêmes à l’hôpital, elles ont deux consolations avec le gynécologue » j’imagine que le mot exact est consultation. C’est un jolis lapsus

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