INTERVIEW: « je regrette l’IVG »

Ce témoignage n’a nullement pour but de remettre en cause le droit à l’IVG (l’Interruption Volontaire de Grossesse, ou avortement). Il est un droit que je soutiens fermement. La première interview évoque les regrets, les remords, et l’impact d’une telle décision dans le cas d’UNE personne… Elle n’est pas mise en ligne pour faire culpabiliser qui que ce soit ou remettre en cause les choix de chacune. Dans un second temps, une infirmière nous parlera de l’IVG (RDV la semaine prochaine), les démarches, les procédures. Chaque décision est propre à chaque personne. Ce dossier ne porte aucun jugement de valeur sur les femmes aillant eu ou qui auront recours à cette opération. Tout commentaire agressif, qu’il soit pro IVG ou anti IVG, sera immédiatement supprimé. Il ne s’agit pas ici de faire débat mais simplement de relater des tranches de vie.

 

INTERVIEW: « J’ai eu recours à l’IVG et je le regrette »

 

Bonjour Viviane, peux-tu nous parler un peu de toi et de ta famille?

Bonjour chouquette et à vous tous qui me liront, Je me présente: maman trentenaire qui vit en couple depuis sept ans et j’ai deux petits nains qui me comblent d’amour au quotidien.

 

Quand tu étais plus jeune tu as eu recours à l’IVG, peux-tu nous expliquer comment cette grossesse est arrivée?

J’ai eu recours à l’IVG vers 18/19ans. Je vivais depuis un an et demi avec mon amoureux de l’époque qui était un peu plus vieux que mois. Je prenais la pilule mais je n’y prêtais pas trop attention, ni aux heures etc. Et bien sur, je l’ai oublié du coup à plusieurs reprises sans penser qu’il y aurait un accident comme tout de monde dit. Monsieur me parlait de faire un bébé avec moi et tout le blabla qui va avec. Mais voilà, un mois après verdict pipi sur la barre et prise de sang: je suis enceinte! Mais ça n’allait pas être aussi joyeux que ce que je pensais…. J’ai pris la décision de faire cet opération complètement a contre coeur, car ce chéri là, lui qui voulait tant un enfant de moi, et bien il ne savait plus! Un jour « oui » et là c’était la danse de la joie et le lendemain c’était « non » et là c’était pleurs à volonté. Je ne savais plus ce qu’il voulait jusqu’au moment où il m’a annoncé comme une bombe qu’il voulait que j’avorte! Malgré une multitude de discussions: il était temps de téléphoner et de prendre rendez-vous en pleurs…

 

Comment as-tu pris la décision d’avoir recours à une IVG? As-tu envisagé d’autres alternatives?

Je me souviens encore de cette gentille secrétaire qui me dit de ne pas faire ça à contre-coeur et de bien réfléchir mais… D’autres alternatives n’étaient pas possibles! Rien à faire! J’ai pensé à le garder mais à 18ans sans boulot fixe… et si il me quittait? L’abandonner à la naissance c’était hors de question! Alors voilà, la machine est lancée. Nous avons pris rendez-vous à l’hôpital, on nous a posé plein de questions sur « le pourquoi du comment », et si on était sûrs. Et là, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps… Je ne voulais pas, j’avais envie de crier! On m’a fait faire une écho de datation et le médecin autant professionnel que possible, m’a demandée de tourner la tête. Je trouvais ça normal mais il a aussi dit à voix haute « que ce passe-t-il avec cet écran? » Et moi curieuse, je me tourne et là l’écran est revenu. Le choc et la tristesse m’ont envahie comme jamais. Je vois cet être, on entend son coeur on voit tout à 8semaines. Et cet amoureux qui demande « où sont ses bras et ses mains? » Quel con. Je n’en pouvais plus, j’en perdais ma respiration tellement je pleurais.

 

Une IVG, comment ça se passe?

On nous explique que je vais être endormie entièrement. On va aspirer le foetus avec un genre de pompe aspirateur et qu’ils finiront avec une cuillère douce pour racler et nettoyer tout comme il faut; et qu’il ne faut pas prendre l’habitude de l’IVG car ça provoque souvent des fausses couches pour une autre grossesse. Malgré tout ça, rendez-vous est pris après une ultime semaine de réflexion. Le jour j: un petit cachet déclencheur qui te donne mal au bide et une blouse. Il est l’heure, tu es seule avec ton chagrin et en larmes. Chéri doit t’attendre dans la chambre. Tu arrives dans une salle froide d’une couleur vert pas beau et triste. Je pleure à en perdre la respiration. Et là, venue de nulle part, comme un ange, une dame se penche au dessus de mois, me câline les cheveux et essaie de me calmer. A droite un homme en blouse bleue me branche un cathéter de morphine. Ils ont eu du mal à m’endormir tellement j’étais en transe… Me voilà endormie… A mon réveil je pleurais toujours autant, en ne cessant de répéter que je l’avais tué. Du coup j’ai eu un calmant. C’était un moment horrible de retourner dans la chambre auprès de celui qui m’avait demandé de faire ça et de le voir, une rose à la main me demander si ça va. Pas un mot de ma part… C’est vrai j’ai regretté pendant plus d’un an d’avoir fait cet acte horrible et à contre-coeur, car pour moi j ai tué ce bébé, mon bébé. Et je le penserai toujours de cette façon. J’ai vu sa tête, son corps, son coeur, lui en entier. Cette image m’ hantée toute les nuits. Des cauchemars à répétition en voyant cet aspirateur et mon bébé passer dans un tuyaux… On m’avait conseillée de voir un psy mais je n’ai pas voulu.

 

Qu’est-ce qui t’a aidée à passer à autre chose et à avancer malgré ton chagrin?

Ce qui m’a aidée, à vrai dire je ne sais pas trop… Le temps peut-être et la maturité… En me disant que c’était mieux comme ça, que j’étais trop jeune et que ça n’aurait pas été une bonne vie pour ce bébé. Puis sortir, vivre ma vie de jeune, ne plus en parler, car il y avait que 2/ 3 personnes au courant…

 

Quel impact cette décision a-t-elle eu sur ta vie?

Cette décision a eu comme impact sur ma vie de faire plus attention, d’être moins légère avec la contraception et me méfier. Surtout je me suis jurée de ne plus jamais avorter, sauf en cas extrêmes si puis je dire…

 

Qu’aurais-tu aimé savoir avant d’avoir recours à une IVG?

Franchement j’aurais aimé savoir que ça allait être aussi dur psychologiquement.

 

Est-ce que ça a changé quelque chose pour tes grossesses suivantes?

Oh oui, pour mes grossesses suivantes ça a changé pas mal de choses, surtout pour numéro un! J’ai fait une fausse couche tôt et j ai tout mis sur le dos de l’IVG. Du coup traitement pendant 3 mois aux hormones pour aider l’oeuf à tenir. Et là, comme si on me rejetait dans le passé, le futur papa ne veut plus du bébé, il veut que j’avorte! Il a souffert de cette fausse couche, mais là c’était hors de question que je l’écoute, il est à moi ce bébé, je le garde, que ça plaise ou non, je l’ai promis! Au final papa a accepté et on a vécu tout les trois jusqu’aux 1an de bébé. Puis je suis partie avec mon ange, à cause de la tromperie de son papa. Nous étions tout deux réunis jusqu’à ses 3ans où là nous avons rencontré le vrai amour, qui nous a aimé tout les deux de suite. 5 ans après nous décidons de faire un bébé. Je n’en voulais plus mais l’amour a été plus fort. Et ce coup-ci, tout c’est très bien passé!

 

Aujourd’hui, quels conseils pourrais-tu donner pour l’accompagnement des personnes qui ont recours à une IVG?

Si j’avais un conseil, ce serait: soyez fortes, ne faites rien à contre-coeur et si vous passez par l’lVG essayez de parler à un proche ou mieux à un professionnel, ce que j’aurais dû faire.

 

Quelque chose à rajouter?

Oui un petit truc à rajouter, je te remercie petite chouquette pour cette interview. Ça faisait bien longtemps que je n’en avais pas parlé et surtout avec tout ces détails. J’espère que ça pourra aider des jeunes filles ou des femmes ou des mamans ou même des hommes, à prendre cette décision si dure…ou pas! A présent cela fait partie de mon passé, je n’en parle plus du tout mais je n’oublierai jamais cet acte et cette décision, si difficile à prendre. Et quand j’entends des nanas qui osent dire que c’est facile d’avorter (sauf cas de handicap) ou qu’elles tombent enceintes et qu’elles n’en veulent plus et pensent du cou à l’IVG, ça me choque et je ne le comprends pas. C’est très dur vraiment. Elles ne se rendent pas compte. Alors une petite dernière et je vous laisse en paix: faites attention à vos choix et à vos actes et par la suite, soyez aussi fortes que possible pour ne pas sombrer.
Merci encore pour cette interview.

Merci à toi Viviane de t’être livrée sans détours et d’avoir osé te confier en détails sur ce qui fut pour toi une épreuve. Merci de la confiance que tu m’accordes ❤
source: ivglesadresses.org
source: ivglesadresses.org
 La semaine prochaine, découvre le point de vue d’une infirmière, qui nous explique comment se déroule une IVG à l’hôpital.
 

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3 réflexions sur “INTERVIEW: « je regrette l’IVG »

  1. C’est un sujet tabou, seules les femmes, les couples qui vivent cette épreuve peuvent comprendre. La cicatrice que cela laisse n’est pas que physique. On apprend à vivre avec mais elle ne se ferme jamais complètement.
    Pour ce qui est des équipes il y a des gens EXTRAORDINAIRES, mais aussi de grosses buses qui jugent, jettent un regard glacial alors qu’ils/qu’elles ne connaissent pas l’histoire des femmes qui sont là.
    Je trouve effectivement que les infos sur la contraception, l’ivg sont vraiment trop légères, du coup cela est extrêmement violent quand une femme fait ce choix.
    Il y a encore un énorme travail de la part de l’état, des établissements qui pratiquent ces opérations pour que cela se passe le moins dououreusement possible.
    Beau billet bravo

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  2. Un beau témoignage plein de pudeur utile je le pense. J’espère que les gens qui liront ne tomberont pas dans le piège bête du pour ou contre. Juste un témoignage.merci

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