INTERVIEW: « Mon mari m’a maltraitée pendant des années »

« Chaque année,  201 000 femmes âgées de 18 à 59 ans sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur ancien ou actuel partenaire intime (mari, concubin, passé, petit-ami…). Ce chiffre ne couvre pas l’ensemble des violences au sein du couple puisqu’il ne rend pas compte des violences verbales, psychologiques, économiques ou administratives. En 2012, 148 femmes et 26 hommes ont été tués par leur compagnons/es ou ex-compagnons/es. A ces décès, il faut ajouter la mort de 18 femmes et 5 hommes, tués par leur partenaire dans une relation non officielle. Le nombre total de décès s’élève donc à 166 pour les femmes et 31 pour les hommes. Dans le cadre de violences au sein du couple, 25 enfants sont décédés, tués par un parent ou beau-parent. » (source http://stop-violences-femmes.gouv.fr).  
Face à ce constat alarmant, Maryse a souhaité témoigner, pour que les femmes se protègent, pour que les violences diminuent, pour que l’entourage soit vigilant. Pour des raisons évidentes, les prénoms et lieux ont été modifiés, afin de préserver son anonymat. 

Bonjour Maryse, peux-tu te présenter et présenter ta famille?

Bonjour! Je suis Maryse, j’ai 58 ans, ma fille Coline va avoir 30 ans. J’ai rencontré mon ex-mari lorsque j’avais 19 ans, nous sommes séparés depuis seulement 3 ans.

 

Peux-tu nous raconter ce que tu as vécu?

Mon ex-mari et moi, nous nous sommes rencontrés en première année de Fac de lettres. Ce fut un véritable coup de foudre. J’ai continué dans cette voie, il a changé d’orientation. Je suis devenue prof et lui avocat. Nous avons filé le parfait amour pendant 5 ans environ. C’était un homme ambitieux, sur de lui, j’adorais ça. J’ai toujours été plus réservée, je manquais de confiance en moi. Puis nous nous sommes mariés, et les choses se sont gâtées. Au début ce n’était pas bien grave, des disputes de couple. On dit que le mariage change les couples, c’est vrai. Puis ce n’était pas prévu mais je suis tombée enceinte. Et il a radicalement changé de comportement.

 

Peux-tu nous raconter ce qui a brutalement changé entre vous, et comment tu l’expliques?

Du jour au lendemain, il s’est mis à avoir des comportements agressifs voire violent. Il m’humiliait devant nos amis et notre famille. Il parlait du futur bébé comme d’un futur boulet, puisque j’étais une incapable. Il m’insultait, passait ses nerfs sur moi pour tout et pour rien. Si je n’avais pas eu le temps de faire une lessive, s’il y avait une miette par terre, si le repas ne lui convenait pas. Il devenait excessivement jaloux mais paradoxalement il ne pouvait plus me supportait. Il me disait que j’étais une salope, que j’étais moche et que je lui donnais envie de vomir. Petit à petit, nous nous sommes coupés de nos amis. Avec le recul, je me rend compte que certaines copines ont essayé de m’avertir que la situation n’était pas normale. Mais je mettais ça sur le compte du stress au boulot. Et je pensais qu’il allait changer. Mais il s’est mis à boire. Les choses ont empiré. Il me mettait des baffes, me tirait les cheveux, me poussait contre les murs.

 

Comment as-tu réussi à faire changer la situation?

Ce n’est pas venu de suite…malheureusement. Je n’ai pas eu ce déclic. Ce déclic qui pousse certaines femmes battues ou maltraitées à partir, à porter plainte. C’est ma fille qui m’a sauvée la vie. Un jour je suis rentrée du boulot, elle avait fait nos valises, à toutes les deux. Il ne s’en est jamais pris à elle, mais elle ne supportait plus qu’il me fasse souffrir. Mais j’ai eu peur. Je ne voulais pas partir tout de suite comme ça. Nous avons décidé d’en parler avec lui, ouvertement. Quand il est rentré, il a vu que nous étions sérieuses. Il a juré d’arrêter « ses conneries » et il s’est mis à pleurer comme un bébé. J’ai repris espoir, j’ai cru que la situation pourrait s’arranger.

 

Comment ça s’est passé après ce « faux départ »?

Il a été doux comme un agneau. Mais, malheureusement, ce fut de courte durée. J’ai été tranquille pendant  1 mois. J’y croyais. Je me disais que tout cela était derrière nous. Je recommençais à voir des amies. Il me promettait monts et merveilles. Puis il a sombré à nouveau. Il m’avait menti sur sa thérapie, il n’était jamais allé voir un psy. Il devenait agressif dans ses propos envers ma famille. Je contactais mes proches en cachette, mes parents avaient peur pour Coline et moi. J’ai essayé de l’aider, je lui ai proposé de l’accompagner voir des spécialistes pour son addiction à l’alcool. Il était gentil puis la seconde d’après il me frappait. J’étais totalement désemparée.

 

Quand le fameux déclic est-il finalement arrivé pour de bon?

Quand il m’a contrainte à avoir des rapports sexuels avec lui. Ma fille était alors partie de la maison pour faire ses études, elle était très inquiète pour moi, je l’avais au téléphone plusieurs fois par jour. Elle a essayé pendant des mois de me convaincre de partir. Et ce fameux jour est arrivé. Quand j’ai compris que ces rapports sexuels avec lui n’étaient autre que du viol. Ça devenait n’importe quoi, j’en ai pris conscience ce jour là. Je m’en souviendrai toujours.

 

Alors comment es-tu partie?

Je n’ai pas voulu l’affronter. J’ai préparé mes bagages, emporté les choses auxquelles je tenais et je lui ai laissé un mot, lui disant que cette fois-ci c’était terminé. Je suis allée à la gendarmerie, pas pour porter plainte mais pour signifier que mon départ était voulu, que je ne voulais pas qu’on me recherche. J’ai prévenu aussi ma fille, pour ne pas qu’elle se fasse du mauvais sang. Lui promettant que je viendrai la voir régulièrement. Ce que j’ai fait bien sûr. Je me suis installée à Antibes. J’ai changé de vie et j’ai demandé le divorce.

 

Comment se passe ta nouvelle vie?

J’apprends à me reconstruire. On ne peut pas oublier de telles choses, un tel vécu. J’essaye à présent de vivre avec et je tente de passer à autre chose, mais je sais que je n’oublierai pas. Je suis bien entendu suivie par un psychiatre. Car malgré ma détermination les tentations de revenir vers lui ont été nombreuses. C’est dingue. Je sais qu’on ne me comprendra pas forcément. Mais j’avais besoin de revenir vers ce bourreau que j’aimais toujours au fond. Aujourd’hui je ne l’aime plus, c’est terminé. J’ai rencontré quelqu’un d’autre avec qui je prends mon temps, car j’ai de gros problèmes de confiance. J’ai toujours des liens très forts avec Coline. Notre relation mère-fille n’en a été que renforcée.

 

Que voudrais-tu dire aux femmes qui sont maltraitées?

Je vous comprends. Je comprends que vous restiez. Ça ne s’explique pas. Seules les femmes dans notre cas peuvent comprendre. Mais créez votre déclic et partez! Certains jours je me demande encore pourquoi j’ai attendu tout ce temps? Pourquoi je me suis laissée subir tout ça? Vous vous faites du mal, vous faites du mal à vos enfants, votre famille, votre entourage. Faites-vous aider, trouvez du soutien, puisez la force chez vos amis, ne vous coupez surtout pas d’eux et dès que vous en avez le courage: partez! Ne réfléchissez pas, n’attendez pas. Cela peut virer au drame. Quand nous nous sommes revus pour les modalités du divorce, mon ex-mari a tenté de me récupérer, puis il a vu que je tenais bon et il a essayé de me tuer en me sautant à la gorge pour m’étrangler. N’en arrivez pas là.

 

Quelque chose à rajouter?

Ce qui m’a sauvée c’est d’être mère et d’avoir ma fille de mon coté. Si je n’avais pas eu d’enfant, je serais certainement encore avec ce bourreau. J’ai longtemps hésité à te contacter quand j’ai vu tes interviews sur le blog. Mais si une femme battue passe par là, me lis et change de vie, trouve le courage de partir, alors j’aurais eu raison de témoigner.

 

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Merci à toi Maryse pour ce témoignage très dur et bouleversant, qui a du te demander beaucoup de courage. Si tu passes par ici et que tu subis des violences, tu peux appeler:

  • Le 0 800 05 95 95 « SOS Viols Femmes Informations « 
  • le 3919 le numéro « Violence femmes info »
  • Le 119 « Allô enfance en danger »
  • le 17, le 112, le 15 et le 18, qui te mettront directement en relation avec les secours.

Tu peux également contacter des associations:

Ne reste pas seule et n’hésite pas à te faire aider.

 

Illustration: May, tu peux aller voir son blog ici ou découvrir sa page ici  

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24 réflexions sur “INTERVIEW: « Mon mari m’a maltraitée pendant des années »

  1. Témoignage poignant qui me ramène au passé… j ai su partir très vite…mais la douleur est là. .. bravo maryse. . Belle nouvelle vie à toi et à tes proches.

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  2. Merci de rappeler les numéros de téléphone d’urgence et les coordonnées des différentes associations d’aide aux victimes de violences.
    On ne sait pas toujours comment réagir, vers qui se tourner mais dans tous les cas, il faut oser en parler, ne pas rester seule avec ce lourd fardeau. On peut s’en sortir comme le montre Maryse dans ce témoignage alors n’hésitez pas à agir, ou si vous ne vous en sentez pas capable, vous faire aider pour agir ! Ne faites pas augmenter les statistiques !!!

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    1. On fait ce qu’on peut à notre échelle mais je serais ravie et Maryse aussi, que ce témoignage puisse aider d’autres femmes à s’en sortir. Et j’espère que si l’une d’entre elles tombe sur l’article, elle prendra son téléphone…et ses clics et ses clacs!
      Merci à toi pour ton message.

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  3. Quel temoignage douloureux et dur..vs etes une maman courage ainsi que votre fille et et que d espoir vs donnez a ces personnes qui sont dns ce cas la.
    courage pour votre nvlle vie restez aussi forte que vs l etes ..bravo..pleins de bnne choses vs le meritez!

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  4. J’ai travaillé avec des victimes de violences conjugales et j’ai fait mon mémoire de fin d’étude sur le manque de formation des professionnels qui sont en contact avec ces victimes.
    Bravo à toi Maryse pour ton courage et pour témoignage.

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