Ce sentiment ambivalent

Quand tu es maman, (peut être aussi quand tu es papa, je ne sais pas) tu es perpétuellement tiraillée entre le besoin de t’occuper de ton enfant et celui de garder du temps pour toi. Ce n’est pas toujours évident d’en parler par peur d’être jugée.

 

« Tu les as voulu tes gosses non? »

 

Quelle maman n’a pas entendue cette phrase, qui lui était destinée ou pas d’ailleurs. Je l’ai entendue, je l’ai même prononcée, il y a quelques années, quand je n’avais pas d’enfants, et je m’en veux aujourd’hui.

Cette phrase ne veut rien dire. Elle appuie juste là où ça fait mal. C’est stupide. Oui on les a voulu nos enfants (ou pas d’ailleurs dans certains cas!) et alors?

Est-ce que parce qu’on a voulu nos enfants on n’a pas le droit de râler après eux?
Beaucoup ont choisi leur travail et s’en plaignent chaque jour, pourquoi toi tu ne pourrais pas de temps en temps te plaindre de tes mômes, aussi adorables et parfaits soient-ils?

Seulement voilà, c’est toléré, mais mal vu. Un peu tabou. Et c’est pourquoi de nombreuses mamans se retrouvent au bord du burn out maternel. Ce n’est pas mon cas, mais c’est celui de plus en plus de femmes chaque année. Parce qu’elles n’osent pas. Elles n’osent pas dire que ça ne va pas. Parce que pour nos mères et nos grands-mères c’était comme ça. Tu te devais d’être contente parce que tu avais un gosse, point barre. J’ai voulu parler un jour de baby blues avec mes grands-mères, elles ne savaient même pas ce que c’était. Vaguement entendu parlé, mais non, à l’époque on ne se plaignait pas.

Un jour, j’étais à bout à cause du RGO de Bébé Chouquette, j’ai appelé ma mère en pleurs. Et elle m’a dit « mais enfin ressaisis-toi! » Elle n’a pas voulu être méchante, elle a voulu me secouer, me dire que ça ne pouvait plus durer. Je venais d’avoir un bébé, il fallait s’en occuper et puis c’est tout!

Je m’occupe exclusivement de Bébé Chouquette depuis bientôt 15 mois. Je ne l’ai jamais laissé plus d’une nuit par-ci par-là et ça doit se compter sur les doigts d’une main. Je ne sais pas si c’est bien, jusqu’ici je ne me voyais pas le laisser plus que ça… Aujourd’hui je me dis que ça me ferait sûrement du bien, mais je ne suis pas sûre d’être prêt à sauter le pas.

 

J’ai traversé plusieurs phases depuis que je suis maman au foyer.
La phase où je ne me voyais pas faire autre chose. Celle où j’avais envie de prendre ma voiture et de ne jamais rentrer à la maison.
La phase où je me disais que j’allais faire plein de bébés, tous les garder à la maison avec moi et que jamais je ne reprendrais un boulot. Celle où je multipliais les recherches d’emploi, priant le ciel pour qu’un employeur m’appelle le lendemain et que je trouve une nounou dans la foulée.
J’ai eu une période où j’enviais les trajets en voiture maison-boulot-boulot-maison de Papa Chouquette. Parce qu’il était seul. Parce que j’avais désespérément besoin de temps pour moi, rien que pour moi, la tête vide. Oui j’ai un bébé qui dort beaucoup, oui je m’ennuie même parfois. Mais c’est pas ça du temps pour moi.

Parfois je rêve de 48 heures, en thalasso, avec des gens qui prendraient soin de moi, ou à l’hôtel, seule. Parfois je rêve d’une heure de balade en front de mer, seule. Parfois je rêve d’aller au cinéma, seule. Parfois je rêve de me coucher avec un bouquin, et lire pendant des heures, seule.

 

IBIS Besoin de sommeil, maman crevée

 

Pourtant je déteste la solitude. Elle m’effraie. Mais je n’ai jamais autant voulu être seule que depuis que j’ai un enfant. Peut-être parce que je me rends compte que je ne serai plus jamais seule. Et que ce constat qui me réjouissais auparavant m’oppresse aujourd’hui.

 

Alors parfois j’essaye de m’accorder du temps pour moi. Papa Chouquette essaye de prendre le relai. J’ai conscience que je lui en demande peut-être beaucoup, parfois trop. Il est sur tous les fronts. Le boulot, le chantier, la vie de famille. Alors il s’occupe de Bébé Chouquette et je vais bouquiner. Puis 15 minutes après je vois la petite tête de mon fils passer la porte, il rigole en me voyant lire et essaye de grimper dans le lit. Et je souris aussi, je le prends avec moi dans le lit et nous faisons un gros câlin.

J’ai autant besoin de lui qu’il a besoin de moi.

Elle est là l’ambivalence, il est là le paradoxe. Je voudrais parfois qu’il me fiche la paix, mais je ne peux pas me passer de lui. J’ai une place en crèche pour la rentrée, c’est ce que nous voulions pour que je puisse reprendre une activité. Et finalement j’ai peur, je culpabilise et je voudrais le garder encore.

Je suis sûre que je ne suis pas la seule maman à ressentir ce sentiment ambivalent, alors j’attends vos témoignages en commentaires!

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9 réflexions sur “Ce sentiment ambivalent

  1. Oh là là !! Hibou n’a que 8 mois mais c’est pareil ! Je l’ai déjà confié 2-3 fois mais j’ai du mal. Parfois je ne rêve que du soir, où enfin il fera dodo et où je serai TRANQUILLE. Et puis je le couche, je zappe 1h devant la télé et là… il me MANQUE. Je vais le contempler dans son sommeil, juste 1 minute… alors parlons du paradoxe de la maman hein ! J’ai les mêmes rêves de solitude que toi alors que comme toi, je déteste aussi être seule. Je crois que c’est normal en fait.
    Nous on attend la réponse de la crèche qui devrait arriver d’ici 10 jours. J’ai envie qu’Hibou y aille. J’ai envie de bosser, de voir mes copines, d’aller au sport. Mais je n’ai pas envie qu’il y aille. Je veux rester avec mon bébé. Lui donner les petits pots que je fais avec amour. Lui faire un câlin et lui chanter une chanson avant sa sieste. Mon travail, c’est être sa maman. Encore une fois, parlons du paradoxe ! 😉
    Je te comprends donc tellement !!

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    1. Oh bon sang je fais pareil pour le dodo. J’ai qu’une hâte: le mettre au lit et on se rend compte avec son papa qu’il est couché depuis à peint quelques minutes qu’on parle déjà de lui et qu’il nous manque! Mais c’est fou ça! Comme tu dis ça doit être normal en fait… La normalitude de nous autres les mamans…

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  2. Tu es une maman géniale .. mais ça je crois que je te l’ai déjà dit, mais je le pense sincèrement…. Tu te pose beaucoup de question car justement tu veux tout ce qu’il y a de mieux pour ton fils.
    Pour ma grande j’avais le travail et une place en crèche… super chance… pas vraiment a 3 mois ils voulaient faire dormir ma fille en pleine hiver dehors sous un préau.. mode suédoise… après avoir passé mes fameux coup de gueule, que c’était hors de question… convoqué par une psy qui m’a fait comprendre clairement que j’étais une mauvaise mère… j’ai pris ma fille claqué la porte de cette crèche de dingue et démissionné de mon travail… Et voilà que toutes les questions que tu te pose, était dans ma tête également, avec des coup d’angoisse et des pleurs et personne qui ne me comprenais…. Mais avec le recul si c’était a refaire je referai le même choix.. Pour mon fils, je travail me coupe en 3,4, … pour arriver a être présente pour lui et elle…. Et la encore je me pose des questions et me culpabilise de ne pas être assez présente…. de crier quand je suis fatiguée…. Ma mère me fait culpabiliser en me disant qu’on a pas le droit de pleurer devant ses enfants et pourtant ça m’arrive de craquer et je n’arrive pas a me contrôler… et après je sers fort mes enfants dans mes bras… je leur explique que ce n’est pas de leur faute juste que je suis très fatiguée…. Alors parfaite ou pas je ne sais pas, mais je fais de mon mieux!!

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    1. Merci pour ton commentaire qui me touche beaucoup.
      Je pense qu’être maman et culpabiliser ça va de pair. Tout le temps, pour tout. Nos mamans avant nous acceptaient leur « condition » souvent sans broncher, aujourd’hui on ose un peu plus dire quand ça ne va pas… (un peu hein). On fait toutes de notre mieux, et je crois que tu t’en sors super bien avec tes deux enfants ❤

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  3. Il y a pour moi aussi des soirs où j’ai hâte qu’il soit 20:30 et que je mette enfin ma puce au lit. Mais quand l’heure s’approche je n’ai plus envie de me séparer d’elle ! Et après elle me manque…
    Je reprends le boulot mi septembre et je commence déjà à redouter de le séparer d’elle et de devoir la confier à la crèche. Rien que d’y penser, j’ai envie de pleurer…
    Et pourtant des fois je ferais bien autre chose que m’occuper d’elle, genre aller à la piscine, chez le coiffeur, en ville…
    Pas facile d’être mère au final !

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    1. C’est exactement ce que je ressens. Envie d’être parfois plus une femme qu’une maman, envie d’autre chose et finalement je ne peux pas me passer de mon fils et de faire des choses avec lui. Comme tu dis, ce n’est pas facile!

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  4. Je partage chaque seconde votre ambivalence : celle de souffler, de me retrouver moi, la femme, l’individu que je suis, melée à la culpabilité d’une maman qui travaille qui voudrait avoir plus de temps pour son fils, ne pas le mettre tout l’été à la garderie, jouer plus souvent avec lui. Et les phrases assasinnes comme celle que vous citez, j’en ai reçu des brouettes, jusqu’au cinglant « tu t’es trompé en faisant des enfants ! ». C’est assez violent, surtout quand vous êtes dans la fatigue et la lutte avec un bébé qui ne dort pas du tout (au maximum 2/3 heures par 24h). Et maintenant que c’est un grand garçon je ne cesse d’avoir cette ambivalence avec moi, chaque soir quand il se couche tard et je peux envisager mon diner seulement à 22h, que le long bain pour me détendre se transforme en douche express … Je crois qu’on nous en demande beaucoup, on nous juge beaucoup dans les deux sens (tu devras etre un parent parfait et dévoué MAIS tu ne devras pas céder). C’est difficile de trouver sa place face à tout cela; Il faut accepter d’aller à l’encontre du jugement et de trouver son équilibre avec son enfant, juste lui et nous. Déjà cela, c’est difficile !

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    1. Je te remercie pour ton témoignage, je te comprends totalement. Le job de maman est certainement le plus beau du monde mais aussi le plus difficile. il faut savoir trouver sa place et avoir le courage d’assumer ses choix, même quand on ne sait pas dans quelle direction aller;
      Je te souhaite bon courage pour la suite, vive les mamans!

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  5. Ping : La crèche |

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