Je n’oublierai jamais la semaine de ta naissance…

main bébé

Le samedi, je suis partie aux urgences avec ton papa car j’avais très très mal à l’estomac. Je rencontre des sages femmes, puis un interne m’examine, tu vas bien. On me diagnostique un ulcère. Je repars à la maison avec des cachets mais rien n’y fait. Le lundi matin, tu me réveilles avec tes petits coups de pieds. Je me lève, je me fais un masque, puis je vais pour prendre ma douche. Et là c’est plutôt la douche froide, je me rends compte que je perds du sang. J’appelle ton papa, paniquée. Il me dit de me calmer et d’aller aux urgences. Je m’habille en 20 secondes et je file. J’ai peur pour toi, mais je mets ça sur le compte du nouveau traitement. Arrivée là-bas je fais tout un tas d’examens. J’attends les résultats. Puis une petite sage femme vient me voir et me dit qu’elle va me faire un examen qui coute un peu cher, car mes plaquettes sont inquiétantes. Donc on me refait une prise de sang. Tu vas toujours bien. On me dit que le placenta est bas incéré mais que je pourrais surement accoucher par voie basse quand le moment sera venu.

Finalement le bilan plaquettaire arrive, il est mauvais, très « perturbé » comme ils disent. Et là un médecin arrive, il me dit d’appeler ton papa car « on va faire sortir le bébé, sinon vous risquez d’y passer ». J’ai probablement un HELLP Syndrome. J’ai peur pour toi, je ne fais que toucher mon ventre. J’appelle ton papa, au premier essai je n’arrive pas à le joindre. J’appelle ta tatie E, je lui dis d’aller le chercher que je vais accoucher. En les attendant, on me prépare, et on me met en sale d’accouchement. On va me déclencher.  Je suis reliée au monitoring, tu es en pleine forme heureusement. Le déclenchement commence à faire effet j’ai des contractions. Ton papa et ta tante arrivent dans la foulée. Ton papa est stressé, on nous explique que je fais un Hellp Syndrome et que nos deux pronostics vitaux peuvent être mis à mal si les médecins ne font pas ce qu’il faut.

Mais une nouvelle équipe de garde prend le relais et décide de suspendre le déclenchement. Je suis admise au service des grossesses pathologiques mais tu ne sortiras pas aujourd’hui ! Le lendemain ce sont les 50 ans de ta grand mère V, je l’appelle et elle panique de me savoir à la maternité ! Tout le monde veut me rendre visite, ta Tatie E,  papy et mamie, mes copines…
Le mercredi, je suis très mal, j’ai ces douleurs à l’estomac qui me reviennent, alors que je pensais sortir de la maternité et être suivie à la maison, on me dit que mes bilans sanguins sont trop perturbés pour me laisser rentrer. Mon foie ne fonctionne plus, mes reins non plus, mon taux de plaquettes est en chute libre et ma tension extrêmement élevée. Malgré que ton papa me fasse faire de la sophrologie rien n’y fait. J’ai la visite de docteur housse et de ses 30 internes, je me sens laide et bouffie.
Je passe une nuit affreuse, je suis au plus mal, je vomis, c’est l’internet au diagnostic de l’ulcère qui vient m’examiner avec tous les externes. Je suis ravie de cette situation, je suis mal à me jeter contre les murs. On m’administre un calmant. Qui me clame. Un peu.

Le lendemain, jeudi 18 avril, le médecin repasse, mes bilans sanguins sont de plus en plus mauvais et ma tension ne baisse pas. Heureusement tu vas toujours bien. Il va falloir faire quelque chose car tu risques de ne plus grossir, je rejette le placenta.
On me prépare et on vient me chercher, on me dit d’appeler ton papa, à 9 heures je lui dis de revenir que c’est pour aujourd’hui. Je redescends en salle d’accouchement pour le déclenchement.  Les contractions sont intenses mais supportables. On continue les prises de sang, les prises de tension, je vais de plus en plus mal et pourtant je me sens bien. Ça fait 4 jours qu’on me pose les mêmes questions « est-ce que vous avez des mouches devant les yeux ? des bourdonnements dans les oreilles ? une barre épigastrique ? des étourdissements ? » et non non non non !

Mais tout cela ne va pas assez vite au goût des médecins. Ta santé est bonne mais la mienne non. Il faut “te faire sortir”. Je suis en train de faire un HELLP Syndrome avec Pré éclampsie.

A midi environ, on m’annonce qu’on va me césariser en urgence. Heureusement ton papa peut assister à l’opération. Nous attendons que les médecins viennent nous préparer. On m’emmène enfin, au bloc. On va me poser une rachianesthésie, la péridurale est trop risqué à cause de mon taux de plaquettes peu élevé.  Je me mets en pilotage automatique. Mon cerveau déconnecte. On me pique dans la colonne. Je me sens engourdie jusqu’au dessus de la poitrine. Mais je sens tout. Comme quand on a un membre engourdi, on n’a pas la douleur mais la sensation est bien là. Ton papa vient me rejoindre. Les infirmières sont gentilles, souriantes, je me rappelle d’une qui a des lunettes et qui est bien maquillée et d’une autre qui est née le même jour que moi.

Puis l’opération commence. On m’ouvre, je le sens. Je les sens trafiquer dans mon ventre. Et on te sort. 15h32. Je t’entends pleurer, puis je te vois, ton papa et moi nous regardons, nous pleurons d’émotion.

Juste le temps d’un câlin contre ma joue et on t’emmène. C’est la sage femme bègue qui s’occupe de toi et de t’emmener en réanimation. Tu ne respires pas encore tout seul. Ton papa reste auprès de moi le temps que les médecins me recousent. Elles sont très gentilles, je leur demande une liposuccion mais elles refusent parce que « je n’en ai pas besoin ». Ça c’est gentil ! Je sens les instruments contre ma poitrine, elles me prennent pour un établi disent elles en rigolant.  Puis je suis emmenée en réanimation. Ton papa lui va patienter dans un couloir pour te voir. Je tremble comme une folle, les effets de l’anesthésie se dissipent peu à peu. Avant d’être amenée dans un box, on me fait encore des prises de sang, puis je peux te voir derrière une vitre. Tu es si petit. Je suis envahie d’amour pour toi et je pleure beaucoup. Je ne peux pas te toucher c’est tellement dur.

Le lendemain, je reste encore en réanimation, mes plaquettes n’ont pas remonté suffisamment pour que je rejoigne ma chambre. La bonne nouvelle, c’est que je vais pouvoir te voir, tu n’es plus sous assistance respiratoire, on va t’amener auprès de moi avant de te monter en néonatologie 4e B. C’est une puéricultrice blonde aux cheveux courts qui t’amène et te pose sur moi. Enfin, le premier peau à peau avec maman ! Tu es tellement petit, tu tiens entre mes deux seins.  Je remercie la puéricultrice et tu ouvres les yeux au son de ma voix. Elle me dit que c’est la première fois que tu ouvres les yeux. Je me souviendrai toute ma vie de ce moment. Mais tu dois déjà repartir, tu ne stabilises pas encore ta température, il ne faut pas que tu aies froid. Ton papa arrive en fin de matinée, puis nous demandons à monter te voir.

Des brancardiers m’emmènent dans les dédales de l’hôpital, jusqu’à toi, je suis tellement émue.  Lorsque nous arrivons, mon lit ne passe pas les portes, nous sommes obligés de nous retrouver dans le couloir pour te câliner un peu. Je te mets en peau à peau contre mon cœur. Ce sont nos premiers instants en famille. Nous t’aimons déjà tellement.

Pour mon Lutin, mon bébé Chouquette, que tu saches d’où tu viens…
Je t’aime ❤

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