La petite robe noire

Je me rappelle du jour où je l’ai vue. C’était un de ces dimanches soir de blues. Un de ces soirs où je zonne sur les sites de vente en ligne pour remplir des paniers que je n’ai pas les moyens de valider. Un de ces soirs où mon pyjama moche est de sorti et la Ben & Jerry’s côtoie de trop près le clavier de mon ordinateur. Je m’en veux systématiquement le lendemain quand j’arrive au bureau parce qu’écrire des articles avec les touches qui collent c’est pathétique.

Entre deux cuillères de glaces fondues, je l’ai vue. Au milieu d’une collection de merveilles, c’était elle. La petite robe noire. Celle qu’il me fallait. Pour aller au boulot, en soirée entre amis, en amoureux. Ni trop élégante ni trop décontractée. Simple et avec le petit détail du croisé dans le dos, qui laisserait entrevoir mon tatouage… Je l’aimais déjà. Il me la fallait.
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Alors je me suis mise à rêver. J’allais la recevoir d’ici quelques jours et pouvoir la porter pour le mariage d’une amie. J’allais pouvoir sortir au restaurant en amoureux avec pour notre voyage à Bruxelles.

J’ai posé ma cuillère (enfin j’ai décollé mes doigts poisseux de ma cuillère pour pouvoir la poser) et j’ai commandé. Dans quelques jours, je vais recevoir LA petite robe noire Esprit.

Ma fille

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Ma doucette, ma Nini, mon agrume, ma puce, ma Tine, ma doudou d’amour, ma boubouille (comme dirait quelqu’un que j’aime beaucoup, tu en as des surnoms…).

Il faut que je te raconte pour ne pas oublier. J’ai réalisé il y a quelques jours que tu n’es plus un bébé. Il m’a fallu du temps, tu sais les mamans c’est souvent dans le déni. Je t’observe, je te regarde vivre, souvent les larmes aux yeux. Mais je regardais sans voir que tu grandis.

Le bébé minuscule posé sur mon ventre à la maternité est déjà si loin…

Tu es une petite fille tellement épanouie. Je ne le dis pas parce que tu es ma fille, non, c’est parce que je le constate chaque jour.

Tu te réveilles avec le sourire, déjà pressée de démarrer ta journée. Je voudrais être comme toi. À peine levée tu réclames tour à tour ton frère et ton Toto. Tu fais claquer des bisous, tu donnes des câlins. Tu serres toujours très fort. Tu es un distributeur d’affection, une tornade d’amour, du bonheur en barres. Ma doudou…

J’observe tes petits cuissot quand tu gigotes et que tu bombardes ton frère de câlins. Il est plus long à émerger et tu ne le ménages pas. Cette façon que tu as de caler tes petites mains sur ses épaules pour prendre appuie et lui écraser des bisous sur ses joues à fossettes. Ton frangin c’est ton premier amour. Tu le cherches sans arrêt. Il faut que tu aies une main pas loin de lui, un pied dans son espace vital, c’est plus fort que toi ma doucette.

Je savoure les rares instants où tu calles ta tête dans mon cou et j’en profite pour sniffer le tien. Tu sens tellement bon. Ces secondes sont toujours trop courtes et terminent irrémédiablement par un coup de tête de ta part.
J’oublie que tu as des milliers de choses à faire mon coeur. Des dizaines de livres à lire (et faire souffrir), des jouets à déranger (et démonter), des toboggans à descendre (seule, sinon on te freine…), des tables sous lesquelles te cacher, des chaises (et un grand frère) à escalader, des pièces à traverser en courant (jamais en marchant… la marche c’est so 2015), des gâteaux à grignoter et écraser partout, des bavoirs à salir, des doudous à planquer. Tu débordes d’énergie, la vie est un terrain de jeu tellement formidable. Il paraît que j’étais comme toi.

Tu bouffes la vie ma Nini. Tu apprends des nouveaux mots et expressions chaque jour (« ça fufi Matin ! » « je t’aime maman »), tu sais déjà tellement de choses. Tu nous épates. Tu m’échappes. Tu voudrais nager seule dans la piscine, monter seule dans ton lit ou ta chaise haute, aller au pot (et tu y arrives parfois)…

Je suis tellement fière d’être ta maman ma boubouille. Comment pourrait-il en être autrement. Tu es si petite et tellement grande à la fois. Un jour, sans que je m’y attende, tu seras vraiment grande.

Est-ce que j’oublierai l’odeur de ton cou quand tu ne voudras plus que j’y mette mon nez ?
Est-ce que j’oublierai tes bras qui se tendent quand tu veux que je te câline ?
Est-ce que j’oublierai tes premiers pas, la douceur de ta peau, la courbe de tes joues, les boucles de tes mini-cheveux ébouriffés au réveil, ton sourire à 6 dents, ta façon de sauter sur le trampoline, ta mine réjouie quand je vais te chercher dans ton lit, ta mou quand je suis obligée de me fâcher, ta manière de rapprocher tes bras quand tu ris, tes pas de danse quand je chante, ton regard quand tu observes ton frère, celui que tu as quand tu vois Toto passer la porte… et est-ce que j’oublierai tes grandes billes marrons qui me regardent profondément quand tu es dans mes bras ?

Non c’est impossible. J’ai fait des photos avec mes yeux. 

Tu comprendras quand tu seras plus grande

Ça y est. C’est terminé. Je me sens seule, ils me manquent déjà. Comme à chaque fois j’ai hésité. Est-ce que je fais faire ça vite ou prendre mon temps ? Partagée entre l’avidité, aller plus loin, encore un peu plus loin…et l’envie de savourer, lentement, délicatement.

C’est terminé. J’ai refermé le livre.

Ce livre c’est « Tu comprendras quand tu seras plus grande », de la talentueuse Virginie Grimaldi. Un bon bouquin pour s’évader, rire aux éclats, pleurer, être touché, bouleversé et prendre une bonne leçon de vie.

Je ne vais pas t’en faire un résumé, je vais te dire comment ça s’est passé plutôt.

Je l’ai acheté il y a plusieurs semaines, mais c’est bien connu : je n’ai pas le temps. Et puis un jour ça m’a prise. Je l’ai attrapé sur l’étagère un après-midi. Le temps faut que je décide ce que j’en fais au lieu de le subir. J’avais mes enfants avec moi mais ils étaient calmes, alors je me suis lancée.

J’ai lu pendant des heures. Aux toilettes pour être sûre qu’on ne me trouve pas. Dans le jardin parce que quand même il fallait que je garde un oeil sur mes enfants (je peux lire avec un oeil et surveiller avec l’autre, j’ai l’air con mais c’est un don précieux). J’ai lu appuyée contre la table à langer pendant qu’ils prenaient leur bain. J’ai lu pendant que je leur préparais à manger. J’ai lu dans mon lit sans arriver à décrocher. Dans le hamac chez mon amoureux avec ma fille sur les genoux qui ne cessait de répéter « les pieds les pieds !!!!! » (oui il y a des pieds sur la couverture du livre et ma fille est fétichiste… je l’aime bien quand même, mais parfois elle me fait peur). J’ai songé à lire en conduisant. Puis en fait c’est dangereux. Alors j’ai pensé à développer une appli qui me ferait la lecture pendant que je suis au volant parce que vraiment c’est du temps perdu.

J’ai envoyé des passages à ma soeur (que j’aurais pu écrire tellement c’est ce que je ressens. Mais je l’aurais écrit moins bien, alors autant laisser faire ceux qui savent toucher avec des mots). J’ai lu des extraits à mes enfants. Mon grand me disait « encore maman, parle, moi je sais pas » (« parle » dans son langage primaire de nain de 3 ans, c’est « lis », oui il ne sait pas encore lire, je suis déçue mais je l’aime bien quand même lui aussi). J’ai probablement saoulé mon amoureux parce que « Ah faut qu’on bouge ? Mais attend j’ai pas fini il me reste 22 chapitres ». Il s’est gentiment moqué de moi : « tu fais des trucs bizarres avec ta bouche quand tu lis… ah mais tu pleures ? J’aime pas quand tu pleures. »

Bref, ses personnages vont me manquer, les doutes de Julia vont me manquer, les répliques de Marine vont me manquer, les blagues de Gustave vont me manquer, l’odeur de l’océan à chaque fois que j’ouvrais le livre va me manquer (celle du cannabis aussi), l’humeur massacrante de Léon va me manquer, Pilou va me manquer… et puis Raphaël…

J’ai pris une bonne claque aussi. Parce que je n’aime pas parler de la vieillesse et que c’est lourdement abordé dans son bouquin. Alors j’ai pris une décision, je vais « Faire de chaque jour un souvenir heureux. A la fin le bonheur est la seule chose que l ‘on emporte avec soi. »

Bref, à lire, à prêter, à savourer…
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Maintenant je pense à Ginie quand je vide mon lave-vaisselle et que je vois des couteaux à bouts ronds.

Ce soir-là

On était tous un peu plus excités que d’habitude, ce soir-là. On avait le sourire et on regardait nos montres toutes les 3 minutes. Qu’il est long le temps quand on attend des réjouissances. On avait expliqué aux enfants comment ça allait se passer. Ils n’étaient pas franchement motivés pour aller se coucher du coup…

On n’a pas mangé grand chose, ce soir-là. Peut-être à cause du stress ou de la chaleur. Mais on a beaucoup fumé.

Il a fallu mettre de la peinture sur nos joues, ce soir-là. Il fallait bien ça pour aller avec les étoiles dans nos yeux. Chez nous on n’a pas trop de rituels. Certains ont des places particulières, d’autres gardent la main sur le coeur pendant les premières minutes ou ne lavent pas leurs tenues spéciales pendant 1 mois 1/2… J’ai été tentée quand même, d’éloigner ma mère, des fois qu’elle porte la guigne…

Finalement, après négociations,  on a réussi à coucher les enfants, et ce fut l’heure. Je n’ai pas osé éloigner ma mère. Je l’aime bien quand même.

Drapeaux tricolores sur les joues, super Victor sur la table du salon, on n’était pas à l’aise sur le canapé. On se tortillait, on avait envie de bondir à chaque action. On a dû remettre en place mon père parce qu’il était trop bruyant. Il a fait la gueule.

Ma mère m’a fait un bleu sur le bras. Elle qui n’arrive pas à ouvrir une confiture n’a pas senti sa force quand Gignac a pris le poteau.

J’ai découvert que mes enfants avaient le sommeil plus lourd que ce que je croyais (ou alors ils s ‘habituent à l’agitation et au volume sonore de mon père les soirs de match).

Chez nous le foot c’est une histoire de famille… et l’Euro a touché à sa fin, ce soir-là.